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Question sur la prise en charge des enfants endeuillés

Journal officiel de la République française, édition « Débats parlementaires – Sénat », nº 47 S (Q), 29 novembre 2018

Sutour (Simon), Question écrite nº 267 au ministre de l’éducation nationale sur la prise en charge des enfants endeuillés [Journal officiel de la République française, édition « Débats parlementaires – Sénat », nº 27 S (Q), 13 juillet 2017, pp. 2227-2228].

Simon Sutour (© D.R.)

Simon Sutour (© D.R.)

M. Simon Sutour attire l’attention de M. le ministre de l’éducation nationale sur la prise en charge des enfants endeuillés.

En effet, en France, 800 000 enfants et jeunes adultes confiés à notre système sont orphelins, dont 500 000 de moins de 25 ans, soit deux à trois enfants par classe au collège et au lycée et trois orphelins de père pour un orphelin de mère (Institut national de la statistique et des études économiques – INSEE, 1999, étude de l’histoire familiale).

L’école est un lieu où l’enfant orphelin évolue, la plupart du temps, de manière anonyme, parce que les adultes qui l’entourent se sentent impuissants et ne savent pas quoi dire.

La famille reste encore aujourd’hui un lieu où l’enfant orphelin a du mal à trouver sa place et à s’exprimer, par peur de peiner son entourage.

Face à ce constat une prise de conscience collective peut réellement changer l’avenir de nos enfants et faire chuter les chiffres de tentatives de suicide chez les jeunes, le suicide étant la deuxième cause de mortalité chez les 14-25 ans en France, ce chiffre augmentant avec l’âge, selon le « baromètre » de la santé en 2010 (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé, INPES, janvier 2014).

De plus, l’école est un lieu où il peut arriver qu’une perte d’un proche, d’un camarade, d’un enseignant ou un traumatisme général lié à une actualité violente, comme les attentats du 13 novembre 2015, entraîne des incompréhensions chez l’enfant.

C’est pourquoi il lui demande ce que l’éducation nationale compte mettre en place sur ce sujet, afin d’accompagner l’enfant confronté à un deuil.


Réponse du Ministère de l’éducation nationale et de la jeunesse publiée dans le Journal officiel de la République française, édition « Débats parlementaires – Sénat », nº 47 S (Q), 29 novembre 2018, pp. 6029-6030.

Jean-Michel Blanquer (© Jérémy Barande)

Jean-Michel Blanquer (© Jérémy Barande)

L’enfant peut être confronté à la mort lors de la perte de parents, de frères ou sœurs, de personnes proches dans le cas de pathologies, d’accidents ou d’événements traumatiques comme les risques majeurs ou les attentats. Le bouleversement déclenché par une telle perte induit un travail de deuil. Chaque enfant va alors appréhender et vivre un tel événement en fonction de son niveau cognitif et psychoaffectif et de l’accompagnement qu’il reçoit. La communauté éducative a une attention particulière pour les enfants dans cette période et veille à ce qu’ils soient accueillis dans les meilleures conditions, conformément à la mission de l’école d’assurer à tous un environnement serein. L’ensemble des acteurs éducatifs doit être sensibilisé et mobilisé. Ainsi, le référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l’éducation (arrêté du 1er juillet 2013) précise que le professeur ou le conseiller principal d’éducation (CPE) doit contribuer à identifier tout signe de comportement à risque et contribuer à sa résolution. À cet effet, les professeurs peuvent recevoir une formation sur le développement psychologique de l’enfant et de l’adolescent en formation initiale ou continue. Des actions de promotion de la santé mentale et du bien-être peuvent être mises en place. Elles doivent s’inscrire tout au long de la scolarité dans le cadre du développement des compétences psychosociales, du travail sur l’estime et la confiance en soi, compétences mises en avant dans le parcours éducatif de santé (PES). Les conduites suicidaires et le suicide sont des phénomènes complexes, identifiés comme un problème de santé publique, qui demande l’attention de l’ensemble de la société ainsi que sa prévention. Dans le cadre du conseil national de santé mentale, un groupe de travail « prévention du suicide » a été constitué et travaille actuellement sur un projet de kit national de prévention du suicide. Cela comprend un projet sur un numéro téléphonique unique de prévention du suicide, une réflexion sur la formation des personnels et l’appui sur des programmes tel que le programme Papageno, visant à améliorer la qualité du traitement médiatique du suicide en vue de la prévention de celui-ci. Par ailleurs, ces actions s’inscrivent également dans le cadre du plan « Bien-être et santé des jeunes », qui a pour objectifs de : permettre aux professionnels de mieux identifier les signes de souffrances psychiques des adolescents et aider les personnels à faire face à ces situations ; faire en sorte que les jeunes se sentent davantage soutenus et écoutés ; mieux orienter les jeunes vers les professionnels compétents, faciliter des interventions précoces, diversifier et améliorer les prises en charge, tout en réduisant les inégalités dans ce domaine ; construire une veille partagée sur ces problématiques et sur les symptômes émergents de l’adolescence contemporaine. Un guide « Une école bienveillante pour tous » est en cours d’élaboration, afin d’accompagner les équipes éducatives et pédagogiques des écoles, collèges et lycées pour repérer et orienter les élèves en situation de souffrance psychique. De plus, l’école renforce les alliances éducatives notamment avec des réseaux comme l’association nationale des maisons des adolescents (ANMDA) afin d’apporter la réponse la plus adaptée aux situations des jeunes en souffrance psychique. À la suite des attentats de janvier 2015, dans un contexte de forte mobilisation des enseignants, et pour créer une véritable résilience de l’ensemble de la communauté éducative, le ministère a développé des ressources afin de permettre aux équipes éducatives et pédagogiques d’accueillir la parole des jeunes après un attentat. Une attention particulière est donnée aux élèves du primaire exposés, plus particulièrement du fait de leur vulnérabilité, à l’impact médiatique de la crise (images violentes, adultes en désarroi…). Permettre aux jeunes d’exprimer leur émotion requiert une approche inter-catégorielle avec une gradation de l’intervention selon les compétences de chacun : la prise en compte de la diversité des expériences des élèves (âge, expérience familiale, sujet évoqué ou non en famille, religion, rapport à la mort, sujet tabou ou non…) est un des leviers de la résilience. De façon globale, un accompagnement des victimes, personnels, élèves, et parents des élèves concernés est proposé au sein de l’institution. De plus, des soutiens extérieurs d’ordre juridique, psychologique et social sont mis en place dans le cadre du dispositif d’aide aux victimes prévu par la convention conclue entre le ministère de l’éducation nationale et France Victimes. Dans les quartiers ou/et pour un public directement confrontés aux violences (proximité, médiatisation), la place des cellules d’écoute est importante. Les recteurs d’académie et directeurs académiques des services de l’éducation nationale (DASEN), souvent en lien avec les cellules d’urgence médicopsychologiques (CUMP), interviennent selon la gravité de la situation. Les enseignants et tout adulte ont, par la mise à distance, un rôle protecteur et peuvent, le cas échéant, revenir sur le déroulement des faits. De manière générale, il faut rendre les élèves actifs (dessiner, écouter/lire une histoire, dialoguer, débattre, écrire…) pour libérer la parole, tout en acceptant l’attitude d’un élève qui ne souhaite pas s’impliquer. Les équipes restent vigilantes relativement à la persistance de préoccupations chez certains élèves, manifestée par des comportements inhabituels (isolement, tristesse, agressivité…) et communiquent vers les personnels spécialisés et les parents des élèves concernés.


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