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Réseau paternel

Entretien avec Didier Quiertant

SOS PAPA Nord-Picardie

Bonjour, Didier, et merci de m’accueillir chez toi. Pourrais-tu te présenter à nos lecteurs ?

Didier Quiertant (© D.R.)

Didier Quiertant (© D.R.)

Didier Quiertant, né le 13 décembre 1962, pharmacien libéral, président de l’association SOS PAPA Nord Picardie. J’ai connu une première séparation en 1998, lorsque la mère de mon fils Lucas s’est sauvée chez sa propre mère. C’est là que j’ai commencé à fréquenter les permanences parisiennes de SOS PAPA, qui avaient lieu à l’époque au 21 rue des Grands-Champs, près de la porte de Vincennes, au fond d’une galerie. J’y allais le soir, après le boulot. Au début, je pensais que les autres pères ne voyaient pas leur enfant parce qu’ils avaient fait quelque chose de grave…

Comment avais-tu connu SOS PAPA ?

Je ne sais plus du tout. Quoi qu’il en soit, j’ai obtenu un droit de visite pour un bébé de dix-huit mois, si facilement que mon avocate m’a dit : « Monsieur Quiertant, je n’ai rien eu à faire avec vous, c’était vraiment du billard, je n’ai jamais vu ça ! » Et, personnellement, je n’ai jamais revu ça non plus… Finalement, la psychologue qui suivait la mère m’a convaincu, après plusieurs appels téléphoniques, de la laisser revenir chez moi avant même que j’aie pu exercer ce droit de visite. Mais elle s’est sauvée à nouveau en 2001, trois mois après que je me sois installé en pharmacien libéral. Je suis donc retourné aux permanences de SOS PAPA, où j’ai rencontré Me Dominique Charles, qui est décédée par la suite d’un cancer. Elle m’a dit : « Monsieur, je suis très chère, mais on peut régler votre affaire. » On n’a rien réglé du tout ! Je pensais récupérer rapidement l’enfant, que j’avais en fait élevé seul de ses deux ans à ses cinq ans, en plus de mon travail de pharmacien salarié. J’avais demandé à être libre les mercredis, la directrice de l’école maternelle avait attesté que je m’occupais très bien de mon fils et qu’il était ravi d’être avec son papa toute la semaine. De son côté, la maman ne s’en occupait pas, elle ne l’avait pas élevé. Mais je me suis retrouvé comme tous les autres pères, avec quatre jours par mois et la moitié des frais d’avion à ma charge…

J’ai ensuite été contacté par un adhérent de SOS PAPA, Claude Bailly, qui avait créé une délégation à Compiègne, dans l’Oise. Il avait obtenu une résidence alternée pour un bébé, face à une mère psychologue. Je pense que la juge de Compiègne avait été bien influencée par le fait qu’il élevait déjà seul une fille née d’une première union, la mère étant morte en couches. Il a donc organisé des permanences une fois par mois à Compiègne, ainsi que des réunions de bénévoles chez lui, où on se retrouvait une dizaine autour d’une table, à discuter de tout et de rien en buvant des jus de fruits. Il y avait aussi le premier délégué de l’Oise, Patrice Coignec, qui organisait des permanences à Beauvais avec deux autres bénévoles. Il a pris sa retraite il y a quelques années, mais je peux toujours compter sur lui : il assure encore une ou deux permanences par mois, c’est lui qui va voir les politiques pour la réserve parlementaire, etc. Il y avait aussi de temps en temps des gens qui venaient de loin, tels ce motard qui mettait bien deux heures pour venir de Dunkerque, ou Richard Lierre, qui venait d’Amiens : c’était une grande gueule qui avait travaillé en Afrique, d’où il avait ramené une femme qui l’avait planté ; la mère avait obtenu la garde, mais le gamin passait dix heures par jour dans une crèche alors que son père était retraité !

Des liens se sont ainsi créés. J’ai commencé à militer avec Claude Bailly et les autres, à Compiègne. J’allais aux groupes de parole, mais je parlais très peu – je n’avais pas grand-chose à dire, j’écoutais et je regardais ce qui se passait. J’allais aussi aux réunions de bénévoles le soir.

Nous avons organisé des manifestations. L’une des premières a eu lieu à Amiens. Nous avons distribué des tracts pour SOS PAPA devant la mairie, où étaient célébrés des mariages – c’était un samedi après-midi. Mon père avait disposé autour de lui des cartons sur lesquels était écrit « Je ne vois plus mon petit-fils ! » Le secrétaire général de l’époque, Alain Bensimon, était venu de Paris avec son mégaphone. Je te laisse imaginer comme cela a fait du foin ! Nous avons été suivis par la presse, la radio, la télévision. C’est ainsi que nous avons commencé à nous faire connaître. C’est aussi lors de cette manifestation que j’ai fait la connaissance d’un adhérent qui s’appelle Jacques Bergez, qui a maintenant quatre-vingt-douze ans, et qui est devenu notre mentor et Président d’honneur.

En 2002, Claude Bailly avait fait une demande pour intégrer l’Union départementale des associations familiales de l’Oise, qui nous a acceptés en 2003. Nous avons ainsi été la toute première délégation à intégrer une union départementale des associations familiales ; SOS PAPA 78 l’avait déjà fait, mais en tant qu’association autonome.

Jean-Louis Touchot (© D.R.)

Jean-Louis Touchot (© D.R.)

À un moment, je ne sais plus pour quelles raisons, Claude Bailly a voulu créer sa propre association, et s’est rapproché de la Fédération des mouvements de la condition paternelle, de Stéphane Ditchev. Les beauvaisiens sont restés dans l’expectative. Sur le secteur de Nogent-sur-Oise et Saint-Maximinn, nous ne savions pas trop comment nous positionner ni quoi faire. Il y a eu une réunion un samedi après-midi, à laquelle assistait Richard Lierre, qui a suggéré que nous allions discuter avec Jean-Louis Touchot, qui était alors le président de SOS PAPA. Après un grand silence, j’ai manifesté mon approbation, et, quelques jours plus tard, nous sommes donc allés voir Jean-Louis Touchot à Sartrouville, sous la pluie. Nous lui avons expliqué la situation et il nous a proposé de redémarrer une délégation. Nous lui avons objecté que nous ne pouvions pas demander dans notre région sinistrée les 130 euros de l’adhésion nationale. Dans les années 2000, nous étions fauchés. Moi-même, pour voir mon fils, j’étais obligé de dépenser 900 euros par mois, plus la pharmacie à rembourser. La loi dit que l’entretien de l’enfant est prioritaire ; certes, mais alors il ne faut pas que la mère se barre à sept cents bornes ! Jean-Louis Touchot nous a répondu que nous pouvions faire bénéficier nos adhérents d’un tarif social à 20 euros. Nous sommes donc repartis avec le soutien assuré de Jean-Louis Touchot et nous avons essayé de redémarrer une délégation, alors que j’étais à l’époque en plein rush procédural, avec enquête sociale, juge des enfants, psychiatre, psychologue…

Qu’est devenu Claude Bailly ?

Il a créé son association, obtenu deux ou trois articles de presse, puis tout a disparu en moins d’un an. De mon côté, il n’y a pas eu grand monde pour me suivre au début. Nous avons trouvé une salle à Creil, mais qu’il fallait payer. Bernard Thiverny en a trouvé une gratuite à Saint-Maximin, à quelques kilomètres d’ici. Je n’ai pas voulu chercher à Nogent-sur-Oise, parce que je tenais à séparer ma vie privée de ma vie professionnelle. Nous avons donc fait nos premières permanences à Saint-Maximin, une fois par mois, avec Bernard et Jacques Bergez. Je faisais aussi des permanences à Beauvais, où j’avais également obtenu une salle, mais c’était quand même à une bonne demi-heure de route et il n’y avait pas grand monde. Je faxais les horaires de permanence à la presse. FR3 a fait un reportage avec Patrice Coignec sur le problème des élections de parents d’élèves, et cela nous a bien boostés. Deux gars de Beauvais nous ont rejoints, ainsi qu’un de Compiègne et un autre de Noyon. Patrice Coignec a repris les permanences de Beauvais, ce qui m’a un peu soulagé.

Puis est venu se greffer Philippe Lefebvre, notre actuel secrétaire général, qui était alors en plein divorce ; il a commencé à venir aux réunions de Beauvais, puis a démarré des permanences à Amiens avec ceux que j’ai surnommés « les tontons flingueurs de la Somme » : mon père, qui est toujours dans le circuit, et Richard Lierre. C’était vraiment une équipe de folie : Philippe organisait des barbecues avec les pères et leurs permanences ont vite été blindées. Des gens descendaient de Berck, de la Côte d’Opale, de Douai, de Dunkerque, etc. Olivier d’Hervé, notre actuel vice-président, a ensuite démarré des permanences à Noyon. Nous avons eu de nouveau du monde à Compiègne.

Un soir, à une permanence d’Amiens où j’étais présent, est venu un couple de Douai, Françoise Garnier et son mari. C’était en novembre et ils avaient fait une heure et demie de route en plein brouillard pour leur fils ; il ne voyait plus ses trois filles, qui vivaient à Chamant, à côté de Senlis, et il avait à payer une prestation compensatoire d’un montant astronomique car sa mère s’occupait de Renault Véhicules industriels à Douai et elle avait fait don de ses entreprises à chacun de ses deux fils… J’ai promis à Françoise que son fils aurait les résultats scolaires de ses filles dans les quinze jours, et elle m’a assuré qu’elle s’engagerait dans l’association si je tenais ma parole. Je suis intervenu auprès des autorités académiques, le père a tout reçu, et Françoise Garnier s’occupe de la délégation de Douai depuis plus de dix ans ! Elle y tient des permanences une fois par mois, aidée de Jean-Claude Descarpentries, un gars qui avait été accusé d’attouchements sexuels sur sa fille polyhandicapée.

Nous avons aussi fait quelques permanences à Dunkerque, mais cela n’a pas tenu. Nous avions donc Amiens, Beauvais, Compiègne, Douai et Noyon. Barbara Canler est ensuite arrivée à Douai, dans la zone de Françoise Garnier. Elles ont à peu près réussi à travailler ensemble.

Tout cela se faisait encore dans le cadre de SOS PAPA « national » ?

Oui. J’étais alors délégué de l’Oise ; Philippe Lefebvre, notre actuel secrétaire général, était délégué de la Somme ; et Françoise Garnier était déléguée du Nord Pas-de-Calais, avec une base à Douai, puisque, pour des raisons historiques, la cour d’appel pour le Nord est à Douai.

C’est donc dans le cadre d’une délégation que j’ai constitué un dossier « Plan local de développement de l’économie sociale et solidaire » pour la Caisse d’épargne, et un dossier « Réseau d’écoute, d’appui et d’accompagnement des parents » pour la caisse d’allocations familiales de Douai. C’est alors qu’Olivier Laurence, un ingénieur, nous a contactés pour des problèmes de stock-options. Françoise Garnier et moi l’avons rencontré à Douai, et il a souhaité démarrer des permanences à Valenciennes. J’ai donc également fait une demande à la caisse d’allocations familiales de Valenciennes, car il y avait encore à l’époque une caisse d’allocations familiales par grande ville – elles ont été fusionnées par la suite. J’ai fait aussi des demandes dans l’Oise et dans la Somme. Nous avons ensuite organisé une réunion avec les quatre responsables du Nord : Barbara Canler, Françoise Garnier, Jean-Claude Descarpentries et Olivier Laurence. C’est là que j’ai présenté un projet régional, conçu avec Jacques Bergez, qui m’avait fait comprendre que la Picardie était trop petite, qu’il fallait se structurer à grande échelle, que je devais me décharger de tous les problèmes de clefs ou de réservation de salle, et qu’il nous fallait un salarié pour cela. Je me suis donc renseigné sur la possibilité d’avoir un salarié, j’ai constitué des dossiers pour les caisses d’allocations familiales et la Caisse d’épargne, tout cela sous l’égide de SOS PAPA « national », avec leur relevé d’identité bancaire.

Alain Cazenave (© D.R.)

Alain Cazenave (© D.R.)

Étant parvenu à convaincre les nordistes, j’ai commencé à tâter le terrain auprès d’Alain Cazenave. Nous étions un groupe assez soudé depuis plusieurs années : il y avait Jacques Bergez à Gouvieux, à dix kilomètres d’ici ; Laurent Chartier, le futur trésorier, à Compiègne ; Patrice Coignec à Beauvais ; Olivier D’Hervé, l’actuel vice-président, à Noyon ; Françoise Garnier à Douai, avec une extension à Valenciennes ; Philippe Lefebvre, l’actuel secrétaire général, à Amiens ; et moi à Nogent-sur-Oise. Alain Cazenave m’a donc autorisé à créer une association loi de 1901. Nous avons tenu une assemblée générale constitutive à dix dans un préfabriqué à Amiens, où nous avons intégré Barbara Canler et Michel Demuyter, un gars d’Hellemmes. Le député communiste Maxime Gremetz nous a honoré de sa présence à la fin, c’était très sympathique. Je suis ensuite allé déclarer l’association SOS PAPA Nord Picardie à la sous-préfecture de Senlis le 10 septembre 2007.

Déclaration de SOS PAPA Nord Picardie

Nous avons eu cette même année les premiers financements des Réseaux d’écoute, d’appui et d’accompagnement des parents : les caisses d’allocations familiales de l’Oise et de la Somme nous avaient rejetés, mais nous avons reçu quelque chose comme trois mille euros à Valenciennes, autant à Douai, plus quatre ou cinq mille euros de la Caisse d’épargne. Je m’étais rapproché de Pôle emploi : un contrat aidé coûtait quatre mille euros l’année. Avec notre petit pécule, nous avons donc pu nous structurer, mais cela a pris un peu de temps. En effet, l’argent avait été versé sur le compte de SOS PAPA « national » et il a fallu attendre qu’il nous soit reversé. Le papy qui tenait la comptabilité sur Ciel nous avait envoyé les livres de grand compte, où apparaissaient nos subventions : nous étions les seuls en France à en recevoir…

Dans la foulée, j’ai demandé une reconnaissance d’intérêt général, qui a été accordée au bout d’un mois par les services fiscaux. Je suis ensuite allé à Pôle emploi pour recruter une secrétaire, mais il nous fallait avoir préalablement un numéro SIRET. Là, j’ai vraiment galéré : c’était pénible, car on ne pouvait pas le faire par internet à l’époque. Il y avait d’énormes imprimés à remplir, c’était un truc de fou, et j’ai fait du ping-pong entre Pôle emploi et l’Urssaf.

Tout ce qu’il faut pour encourager les jeunes entrepreneurs… Tu étais pourtant déjà chef d’entreprise ?

Oui, mais j’étais passé par une agence quand j’avais racheté ma pharmacie, et c’était elle qui s’était occupée de toutes les démarches. Bref, j’ai quand même fini par pouvoir recruter notre première secrétaire, Dominique, une dame éligible au contrat aidé. Elle a créé le cadre administratif de l’association et s’est chargé des relations avec le secrétariat de Paris.

Malheureusement, Barbara Canler et Michel Demuyter ont commencé à vouloir organiser des choses à Lille sans l’accord de Françoise Garnier. Conformément à nos statuts, et conseillés par Jacques Bergez, nous avons décidé de les convoquer pour leur demander de démissionner. J’en ai référé à Alain Cazenave, qui a pris de son côté des mesures similaires au niveau national.

Te souviens-tu comment Barbara Canler était arrivée à SOS PAPA ?

Non, et je n’ai jamais compris ce qu’elle faisait chez nous. Il paraît que son ex ne voulait pas voir leurs enfants…

Elle a ensuite rejoint l’association de Gérard Révérend, Les papas = Les mamans, dont elle a été déléguée pour le Nord. Il y a quelqu’un d’autre dont tu n’as pas parlé, mais que tu as dû connaître, et qui a fait beaucoup de choses : Loïc Brunet. Il a notamment été le webmestre assez actif de sospapa.net au tout début du quinquennat d’Alain Cazenave. Il avait énormément travaillé sur le design, parce qu’il voulait remodeler tout ce qu’avait fait Michel Thizon, qui était effectivement un peu daté.

Il était présent avant nous dans le Nord, où il s’était effectivement plus ou moins occupé de SOS PAPA à une époque. Son ex-femme l’avait collé en point-rencontre. Je sais qu’il était assez proche de Barbara, mais je n’ai pas eu beaucoup de contacts avec lui – je ne l’ai même jamais rencontré – car il n’avait plus vraiment d’activité militante sur le terrain et n’a pas cherché à se rapprocher de nous.

Lui aussi a ensuite rejoint Les papas = Les mamans, dont il est devenu le webmestre.

Pour revenir à ces démissions, elles ont eu un seul rebond négatif : Barbara Canler a complètement intoxiqué notre secrétaire, en lui téléphonant sans cesse pour lui conseiller de se révolter, au prétexte que le bureau n’était pas confortable, qu’il y faisait froid, etc., et j’ai dû m’en séparer, alors qu’elle faisait du bon boulot. Heureusement, je n’ai pas eu à le regretter car celle que j’ai recrutée ensuite était une perle.

C’était Marielle Simon ?

Oui. Elle avait arrêté de travailler pendant dix ans pour élever ses trois filles, et elle était très timide quand elle est arrivée. Elle a démarré tout doucement, et puis elle a fini par mener la barque. Avec elle, nous sommes montés en puissance. Nous étions autonomes, et libérés de tous les problèmes internes chronophages. Pendant que les uns et les autres passaient leur temps à s’engueuler par courriels au niveau national, nous, nous constituions des dossiers, nous défendions l’autorité parentale des pères vis-à-vis de la caisse d’allocations familiales ou de l’Éducation nationale, nous demandions de l’argent, nous voyions des gens. Malheureusement, le contrat de Marielle n’a pas été renouvelé par Pôle emploi. Moi, je l’aurais bien gardée.

Il aurait fallu lui signer un autre contrat ?

Oui, un CDI, mais nous n’en avions pas les moyens : nous serions passés directement de quatre à vingt mille euros par an, et ce n’était pas possible. Mais nous l’avons bien remise en selle puisqu’elle a eu le choix entre deux ou trois postes après son départ, tant son curriculum vitæ avait été épaissi. Ici, tu fais de tout : accueil d’un père en pleurs, chargé de projet, relations téléphoniques avec des avocats ou des députés, secrétariat… À la fin, c’est le type de profil qui anticipe les besoins d’une association. Heureusement, Marielle a été remplacée par une autre perle, Delphine.

Durant cette période de développement, quelles relations entreteniez-vous avec le niveau national ?

Nous tenions à aller aux assemblées générale de SOS PAPA, car le planning prévoyait une trentaine de minutes pour que chaque délégation puisse rendre compte de ses activités. Et j’y retrouvais les secrétaires, auxquelles j’aimais bien téléphoner de temps en temps. Nous ne parlions pas que du fonctionnement de la délégation, mais de tout et de rien. Même quand on est seul dans son coin, on peut ainsi échanger, cela entretient la relation, cela met du lien. C’est pourquoi j’ai tenu à ce que nous en ayons aussi. Ici, les salariées passent beaucoup de temps avec les délégués, sur Skype et au téléphone. Je trouve que c’est positif, cela les remotive. Ils parlent du fonctionnement de l’association, mais aussi un peu de leur propre affaire.

Je me souviens notamment de l’assemblée générale de 2006. Nous étions venus à quatre dans une grosse bagnole : Bernard Thiverny de Saint-Maximin, Patrice Coignec de Beauvais, Jacques Bergez et moi. C’est là que j’ai fait physiquement connaissance avec Gérard Révérend, Amedeo Piromalli, qui avait « pété un câble », et Christian Maréchal, qui est décédé quelques années plus tard. Et surtout, Évelyne Sullerot était venue aussi.

Assemblée générale de SOS PAPA, 13 mai 2006. De gauche à droite : Jeannette Guet, Alain Cazenave, Évelyne Sullerot, Michel Thizon, Philippe Josse, Thierry Doriot (© D.R.).

Assemblée générale de SOS PAPA, 13 mai 2006. De gauche à droite : Jeannette Guet, Alain Cazenave, Évelyne Sullerot, Michel Thizon, Philippe Josse, Thierry Doriot (© D.R.).

Oui, c’est là qu’elle est devenue la marraine de SOS PAPA en remplacement d’Anny Duperey.

Pilule, sexe, ADNElle venait de faire publier son ouvrage Pilule, sexe, ADN. Nous, elle nous a motivés. Elle avait dit que la mission de SOS PAPA était d’aider l’État à gérer la parentalité :

« SOS PAPA va aider les pères à gérer leur responsabilité privée et aider l’État à gérer les aides et soutiens aux familles, responsabilité publique de première importance.

« SOS PAPA jouera de plus en plus le rôle constructif et fécond d’une association exemplaire revendiquant la responsabilité parentale dans l’intérêt de tous. Je serais heureuse et fière d’être à vos côtés dans cette nouvelle phase de votre vie associative. Ce sera un honneur pour moi de rester à vos côtés. »

Cela a été un virage pour nous et nous avons mis ce programme sur nos flyers. Je projetais de la faire interviewer mais elle est malheureusement décédée avant.

J’avais le même projet… SOS PAPA a brillé par son absence lors de son décès.

Lamentable ! Il n’y a même pas eu un communiqué de presse.

Si, mais un mois plus tard… Nous avons évoqué Gérard Révérend, décédé il y a pratiquement un an jour pour jour : tu le connaissais bien ?

Gérard Révérend (© D.R.)

Gérard Révérend (© D.R.)

Je lui téléphonais régulièrement. Il était kinésithérapeute à Marseille, et il avait vécu un divorce difficile. J’aimais bien discuter avec lui parce qu’il était en capacité d’avoir un certain recul et une réflexion sur la problématique sociologique, comme le philosophe Jean-Marc Ghitti, dont plusieurs textes ont été publiés dans le magazine qu’Alain Cazenave s’astreignait à maintenir.

Jean-Marc Ghitti est un cas-type : il a été complètement « sous-exploité » par SOS PAPA, alors qu’il a été un des rares intellectuels du mouvement des pères.

Le délégué de Lille m’avait un jour traité d’activiste. En fait, on a besoin des deux : des activistes et des penseurs. Gérard était assez riche sur le plan de la réflexion, il remontait à la politique familiale de Pétain ! L’introduction de notre rapport d’activité venait d’ailleurs d’un de ses topos. Par ailleurs, il avait « refait sa vie », comme on dit maintenant : il avait une nouvelle femme, avec laquelle il avait eu un bébé ; il avait changé de travail et exerçait en libéral, en centre de rééducation ou en hôpital. Il a quitté SOS PAPA, en même temps que Christian Maréchal et Amedeo Piromalli, pour créer Les papas = Les mamans avec Jérôme Messinguiral, et il a continué de fournir un excellent travail sur son site.

Ce travail a malheureusement disparu en bonne partie lorsque le site est passé de SPIP à WordPress

Je te racontais tout à l’heure comment nous avions obtenu nos premiers financements : c’est grâce à Gérard que cela a pu se faire. Il m’avait dit un jour qu’il était allé présenter son association à Valenciennes. Je lui avais demandé comment il avait fait, et il m’avait répondu qu’il se faisait financer par les REAAP, les réseaux d’écoute, d’appui et d’aide à la parentalité. Je lui avais demandé comment cela fonctionnait, et il m’avait expliqué qu’il fallait faire un dossier tous les ans à la caisse d’allocations familiales pour bénéficier de financements. Comme quoi certaines conversations sont plus enrichissantes que d’autres… En me renseignant, j’ai donc découvert les programmes REAAP des caisses d’allocations familiales du Nord, de l’Oise et de la Somme, puisque nous sommes présents sur les trois départements. Comme nous n’avions pas encore de secrétaire à l’époque, j’ai fait moi-même des dossiers manuscrits, ainsi qu’un dossier pour la Caisse d’épargne dans le cadre d’un plan local de développement de l’économie sociale et solidaire.

Par la suite, j’ai revu Gérard une fois à Paris, lors d’une réunion inter-associative avec une quinzaine de personnes. Je pensais que ce serait intéressant, mais chacun s’est contenté de raconter son histoire personnelle. Cette pollution du militantisme par les histoires personnelles est un problème assez courant, qui brouille l’écoute – comme on dit dans l’Album de la Comtesse… Il faut réussir à bien séparer les deux, notamment quand on est face à des chercheurs ou des journalistes.

Tu étais aussi en relation avec les bretons Christian Maréchal et Amedeo Piromalli ?

Oui. Christian Maréchal, qui est décédé lui aussi, était tombé sur la même juge scientologue que moi à la cour d’appel de Rennes. Il était au chômage mais elle avait considéré qu’il n’y avait pas lieu de lui donner une prestation compensatoire car il pouvait retrouver du travail. Comme son ex-épouse était scientologue, il avait pu me certifier que cette juge l’était aussi. Il y avait des rapports psychiatriques en ma faveur dans mon dossier mais rien ne bougeait : forcément, les scientologues ne reconnaissent pas la psychiatrie.

Quant à Amedeo, j’ai gardé des contacts avec lui. Il est sympathique et avec lui, c’est du pratique. Avec Bruno Lagadec, il est le seul qui m’ait aidé quand je suis allé voir mon fils à Lorient ; il a perdu une journée pour moi, en faisant venir deux ou trois témoins bénévoles du fin fond de la Bretagne. Un jour où j’avais une audience à la cour d’appel de Rennes, nous avons passé la soirée ensemble au cours d’une réunion de son association. Il voulait monter des programmes comme la conciliation familiale et le passage de bras, mais dans un cadre bénévole. Comme nous avions du personnel, il voulait que nous mettions en œuvre son programme dans la région. J’ai tenté de lui faire comprendre qu’on ne pouvait pas utiliser des ressources humaines comme ça, gratuitement. Nous avions toute une région à gérer, avec des espaces rencontres, des prisons, et nous ne pouvions pas faire ça sans subventions. Alors, il a continué à faire son petit truc tout seul, en bricolant.

J’étais également en contact avec Philippe Étienne, qui a longtemps été délégué de SOS PAPA à Brest, et qui est à l’origine de notre logo, ainsi qu’avec Sylvie Oberling à Rennes, du fait de mes procédures familiales en Bretagne. Un reportage télévisé a même été réalisé lorsque Sylvie Oberling et ma mère sont allées me défendre au tribunal administratif à la suite de problèmes avec l’école de mon fils.

Revenons maintenant au développement de SOS PAPA Nord Picardie.

2008 a été une bonne période. L’argent commençait à rentrer, Marielle continuait de structurer notre bazar et suivait les procédures. Quand quelqu’un voulait créer une délégation, il s’adressait à Marielle et elle gérait – c’est d’ailleurs le même processus qui est en œuvre actuellement pour la Fédération nationale SOS PAPA.

Nous avons continué à demander des subventions. Marielle avait automatisé ce processus, de sorte que nous avons au moins un dossier qui part chaque semaine. Elle a aussi automatisé les demandes de subventions, les plannings, les renouvellements de salles, la relance des donateurs, etc.

Vers 2008, nous avons été appelés par les services pénitentiaires de l’Oise, qui cherchaient une association relais pour accompagner en prison des enfants de détenus. Notre trésorier nous avait prévenus que se tenait un forum public un soir à Verberie, du côté de Compiègne, sur la mise en place de nouvelles procédures, avec le procureur de la République de Compiègne, un juge des enfants, le bâtonnier et tous les avocats de Compiègne. J’y étais allé avec une amie ; Laurent Chartier, le trésorier, était venu aussi avec une amie, une amie commune, qui venait d’Uccle, du côté de Bruxelles – c’est l’actuelle présidente de SOS PAPA Belgique. À un moment, le procureur s’est étonné de l’absence de questions, alors que tous les avocats de Compiègne étaient là. Je me suis donc levé et j’ai exposé notre point de vue sur les dysfonctionnements du système judiciaire, les éloignements géographiques, etc. Je pensais que j’allais me faire massacrer, mais personne n’a bronché. Nous avons laissé nos flyers à la sortie, et l’un d’eux s’est retrouvé entre les mains d’une responsable du Service pénitentiaire d’insertion et de probation de Compiègne. Elle nous a demandé de venir la voir pour discuter. J’y suis allé un lundi matin, et elle m’a dit qu’elle cherchait une association relais parents-enfants pour l’Oise. Je lui ai répondu que nous pourrions faire un essai, à condition de trouver des bénévoles, car nous n’avions pas de professionnels salariés. Nous avons alors établi une convention pour la mise en place du dispositif.

Avec un financement approprié ?

Ah non ! La convention engageait simplement SOS PAPA Nord Picardie à respecter une certaine procédure pour les droits de visite. Puis le temps a passé : trois mois, quatre mois, pas de nouvelles. J’ai pensé qu’ils avaient dû se renseigner sur internet, constater que nous étions des activistes, et laisser tomber. La responsable a quand même fini par me rappeler un jour pour m’expliquer qu’elle avait été débordée, mais qu’elle était sur le point de nous envoyer la convention. Et nous avons effectivement reçu le document, une convention pour trois ans entre le ministère de la Justice et SOS PAPA Nord Picardie. Ne restait plus qu’à trouver les bénévoles…

J’ai appelé ceux qui ne faisaient pas de permanences. Il y avait un grand-père qui m’avait déjà accompagné pour présenter l’association, avec un petit projecteur, aux différentes structures du département, comme les maisons de la solidarité – les centres des assistantes sociales du département. Je lui ai demandé si cela pouvait l’intéresser, et il a accepté avec enthousiasme. Il accompagne d’ailleurs toujours des enfants de détenus, depuis dix ans.

J’ai appelé un autre gars sur Compiègne pour lui proposer de m’accompagner à une réunion à la prison de Compiègne, avec les directrices de l’établissement et du Service pénitentiaire d’insertion et de probation. Il a aussi accepté. Et nous avons finalement eu les bénévoles nécessaires pour assurer ce service.

Par contre, il n’y avait pas de financement. Nous nous sommes rapprochés du directeur du Service pénitentiaire d’insertion et de probation de Beauvais, qui nous a toujours soutenus, mais il n’y avait pas de ligne budgétaire pour nous.

Les choses ont évolué avec le temps. Quand Beauvais et Liancourt ont vu ce que nous faisions à Compiègne, ils nous ont appelés pour établir eux aussi une convention. Les premières années, nous avions une convention par établissement. Ensuite, le directeur du Service pénitentiaire d’insertion et de probation, qui était complètement avec nous, a établi une convention de renouvellement commune pour les trois établissements, spécifiant pour chacun les différents jours de visite.

Puis la responsable du Service pénitentiaire d’insertion et de probation de Compiègne nous a demandé de faire des séances d’information collectives pour les pères : droits et devoirs du code civil, exercice de l’autorité parentale, intervention auprès des écoles, et présentation de notre service de conduite en voiture. Nous étions enfermés avec les détenus dans la bibliothèque, et nous expliquions ces thèmes. Sur la douzaine de gars présents, la moitié seulement était vraiment intéressée, les autres venaient parce qu’il y avait de la lumière !

Nous allions volontiers à Compiègne, parce que c’était vraiment une prison de campagne. Les gars y restaient en moyenne trois mois ; comme nous faisions une formation collective tous les six mois, nous ne voyions jamais les mêmes. À la fin de la première séance, il nous a fallu sonner pendant dix minutes, montre en main, avant que quelqu’un vienne ouvrir pour que nous puissions sortir. La deuxième fois que j’y suis allé, j’ai tourné longtemps dans la prison sans voir personne ; j’ai fini par croiser un psychologue qui venait faire des consultations, je l’ai suivi, et c’était fabuleux : nous tournions dans la prison sans voir de gardien ! Les gars étaient très sympathiques, et ça se passait bien. Pour Noël, les bénévoles aidaient les pères à écrire des cartes postales, nous apportions des jouets que distribuaient ensuite les pères, nous participions aux animations. Et il n’y avait pas grand-chose à faire pour l’accompagnement des enfants, parce que les mecs étaient sortis avant qu’on ait eu le temps de mettre en place quoi que ce soit.

Par contre, à Beauvais et Liancourt, c’était plus lourd. À Beauvais, c’est la cour d’assises, et à Liancourt ce sont des durs. Là, nous avons fini par abandonner les ateliers.

Comme nous n’avions pas de financement des services pénitentiaires, nous nous sommes adressés à la Fondation de France Nord Pas-de-Calais Picardie. Ils ont étudié notre dossier, ils l’ont soumis au jury, et ils nous ont subventionnés. Et dans la foulée, nous avons eu le Laurier régional pour ce projet, avec un petit raout à Pont-Sainte-Maxence le 14 mai 2012, dans le local de SOS Racisme, dont le responsable était un de nos adhérents. C’était du lourd : il y avait des maires, les responsables de la Fondation de France et du Service pénitentiaire d’insertion et de probation, tout le milieu associatif picard… Une vidéo a été réalisée.

Il y a même eu un blog créé pour l’occasion.

Oui, une de nos volontaires en service civique avait fait un blog. Et ce Laurier de la Fondation de France nous a mis le pied à l’étrier. J’ai participé l’année suivante au jury des Lauriers, en tant qu’ancien titulaire. C’est là que j’ai appris qu’ils ne retenaient qu’un tiers des dossiers reçus, et qu’ils ne finançaient que la moitié de ce tiers. Nous avions donc passé ces deux étapes… Notamment grâce au dossier monté par Clémentine, notre volontaire en service civique. Jacques Bergez disait toujours qu’il nous fallait des gens qui puissent monter des dossiers. Quand le service civique a été institué en 2010, nous avons donc été une des premières associations de l’Oise à être agréée. Nous avons demandé un poste à Lille et un dans l’Oise. À Lille, nous avons eu la chance d’avoir cette fameuse Clémentine, qui avait un master de chargée de projet, et qui nous a donc monté des projets bien argumentés, dont un dossier européen pour intégrer Platform for European Fathers. Nous avons d’ailleurs continué à la faire travailler sur des dossiers par la suite. Ici, nous avons eu une volontaire moins diplômée, plus pragmatique.

Chez nous, les jeunes en service civique font généralement de la distribution de flyers dans les institutions, dans les villes. Là, par exemple, Léa va aller à Amiens, Compiègne, Douai et Lille avec un bénévole – quand elles sont un peu jeunes, on essaie de faire en sorte qu’elles soient encadrées par un bénévole – pour faire du porte-à-porte : caisse d’allocations familiales, commissariat, gendarmerie…

Cet agrément service civique, c’est vraiment pas mal. On a eu des volontaires qui avaient le permis de conduire ; c’était intéressant parce qu’elles pouvaient s’occuper des enfants de détenus. Un jour, l’une d’elles a d’ailleurs connu une belle mésaventure. Pour Noël, les services pénitentiaires nous communiquaient la liste des enfants, avec leur âge et leur sexe, afin qu’on leur choisisse des jouets appropriés. Notre volontaire avait passé plusieurs jours à tout préparer et avait rempli la Kia de jouets, avec du papier pour les emballer – ils nous demandaient d’emballer après le passage au détecteur. La responsable des services pénitentiaires lui avait dit qu’elle pourrait entrer dans la prison de Beauvais avec tous ces jouets sans autorisation particulière, mais une fois sur place un surveillant lui a refusé l’accès. Catastrophe ! Elle m’a téléphoné en pleurs pour que j’arrange le coup.

Il faut dire que le milieu carcéral est très particulier. Par exemple, nous avions une armoire dans laquelle nous avions stocké trois cents euros de jouets, mais qui n’était pas fermée à clef. Des gens étaient venus se servir et tout avait disparu en quinze jours. Nous avons donc demandé une clef, mais il a fallu organiser une réunion spéciale, avec la sous-directrice et trois ou quatre gradés responsables de la surveillance, pour, d’une part avoir une clef, et d’autre part avoir accès à la clef. Résultat : l’armoire – dans laquelle nous avons remis des jouets – est maintenant fermée par un cadenas, mais les trois clefs du cadenas ont disparu… Cela dépasse complètement l’entendement !

Bref, notre convention a donc été renouvelée. Nous avons eu des fonds de la Fondation de France, puis de la SNCF et de Bouygues Telecom, mais toujours rien des services pénitentiaires… Cela dit, nous avons participé un jour à une réunion de relais parents-enfants à la Direction interrégionale des services pénitentiaires de Lille, qui gère la Normandie, le Nord, le Pas-de-Calais et la Picardie. Avec APRÉMIS dans la Somme et le Relais Enfants-Parents du Nord, nous allons donc maintenant être impliqués, en plus de la convention dans l’Oise, dans un programme plus large, pour lequel, normalement, il devrait y avoir un financement. C’est important parce que le Réseau d’écoute, d’appui et d’accompagnement des parents de l’Oise ne nous finance plus. Nous avons reçu cinq cents euros une année, mais ils mettaient en doute notre capacité à remplir ce service. Ayant fait nos preuves, nous avons ensuite reçu cinq mille euros, et puis plus rien. Alors qu’on passe dix heures à faire le dossier nécessaire ! L’accompagnement en lui-même, c’est un tiers du temps passé ; le reste, c’est de l’administratif, du remplissage de fichiers sur Google Docs. Il faut indiquer tous les ans le nombre de kilomètres parcourus dans et hors de l’Oise, s’il s’agit de détenus et d’enfants de l’Oise, le temps passé…

Outre les bénévoles, nous avons aussi maintenant une travailleuse sociale, Isabelle, qui accompagne des enfants en prison. Il y a une maman qui amène ses quatre enfants des Ardennes ; on les récupère à la maison des familles, et Isabelle les conduit ensuite au parloir, pour deux heures de visite.

Nous essayons aussi d’être présents sur les blogs et les forums consacrés à l’univers carcéral, où nous nous sommes construits une petite réputation, et nous intervenons sur demande : nous recevons chaque semaine, de toute la région, un ou deux courriers pour des reconnaissances de paternité ou des résultats scolaires. L’Observatoire international des prisons, dont j’avais rencontré les responsables au forum des associations de Lille, nous transmet aussi des courriers.

Nous avons essayé une paire de fois d’intervenir à Bapaume et dans le Nord, mais il y a certains conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation qui refusent nos services par principe. Ils préfèrent solliciter l’association avec laquelle ils ont une convention, même si ça n’avance pas. C’est ainsi qu’un père a été privé de ses enfants pendant un an : sa conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation était partie en congé maternité et la remplaçante n’a pas voulu travailler avec nous, alors que nous étions prêts en un mois et demi…

À ce service s’est greffé « Papa raconte-moi une histoire », un programme que j’avais découvert en Angleterre. Quand je l’ai soumis en 2013 à notre chargée de projet de Lille, Meriem, elle était enthousiasmée, et elle a proposé qu’on réponde à l’appel à projet innovant de la caisse d’allocations familiales du Nord. Sur trente dossiers, quatorze ont été retenus, et nous étions le quatrième – alors que des projets avaient été soumis par des centres sociaux et autres structures beaucoup plus importantes que la nôtre. Nous n’avons malheureusement pas pu concrétiser ce projet parce que le conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation nous a refusé l’accès aux prisons du Nord, pour lesquelles nous n’avions pas de convention. Nous avons alors recyclé ce projet auprès des fondations Orange et M6, et là ça a marché, pour Beauvais et Liancourt – où nous allons commencer dès septembre.

Enfin, cette année, nous avons fait une nouvelle demande, après avoir découvert l’existence d’un fonds de prévention de la délinquance sur le site du relais enfants-parents de Rennes. Avec Isabelle, nous avons cherché sur le site de la préfecture de l’Oise, mais l’appel à projet venait de se terminer deux ou trois jours plus tôt. Comme c’est du copier-coller, nous avons quand même constitué un dossier. Nous avons travaillé une bonne trentaine de minutes sur le budget prévisionnel, nous avons soumis le projet… et nous avons eu l’argent, trois ou quatre mille euros ! C’est la première fois qu’un ministère nous donne de l’argent pour notre activité en prisons.

Je me souviens avoir lu un jour sur Facebook que la Kia, dont tu parlais tout à l’heure, avait été offerte par un sponsor

La Kia Rio de SOS PAPA Nord Picardie (© Paternet)

La Kia Rio de SOS PAPA Nord Picardie (© Paternet)

C’est effectivement la Caisse d’épargne qui nous l’a payée. Après le plan local de développement de l’économie sociale et solidaire que j’évoquais tout à l’heure, nous l’avons de nouveau sollicitée en répondant à un appel à projet de la Fondation Caisse d’épargne, qui nous a attribué huit mille euros pour acheter une voiture. Nous avons donc acheté la Kia, dépense ensuite contrôlée par deux personnes de leur conseil d’administration. Nous avons également eu par la suite une aide de la Caisse d’épargne du Nord pour équiper des espaces rencontre.

En effet, en continuant de nous développer, nous avons commencé à nous intéresser aux espaces rencontre, parce que nous en avions vraiment marre de voir pleurer les pères. Dans le Nord, c’est épouvantable : il y a plus de six mois d’attente, les juges désignent des points rencontre qui sont fermés… Nous avons donc réfléchi, tergiversé pendant deux ou trois ans, puis nous y sommes allés. Un chargé de projet a confectionné un dossier, nos volontaires en service civique ont créé des dépliants, mais, alors que nous allions ouvrir notre structure, un agrément préfectoral a été imposé sur les conditions d’accessibilité. Nous nous sommes retrouvés le bec dans l’eau et nous n’avons pas pu ouvrir. Des espaces rencontre ont d’ailleurs dû déménager à cause de cela : à Amiens, par exemple, l’Association d’enquête et de médiation était installée dans une petite maison amiénoise typique, avec deux petites marches pour y accéder, qui ne pouvait pas être agréée. Nous nous sommes donc retournés vers la Fondation de France Nord Pas-de-Calais Picardie, qui avait un programme sur l’enfance en difficulté. Nous leur avons demandé sept ou huit mille euros afin de pouvoir embaucher des personnes compétentes et mettre en place les espaces rencontre.

J’ai recruté une chargée de projet, qui était à Lille, ainsi qu’une éducatrice, qui était du côté de Bavay me semble-t-il, et nous avons travaillé avec Skype. Nous avons prospecté Amiens, Beauvais, Calais, Lille, Noyon et Valenciennes afin de voir un peu ce qui existait déjà ou pas, et nous nous sommes décidés pour Amiens, Beauvais et Lille. Comme nous n’avions pas les moyens d’avoir des structures permanentes, nous avons alors prospecté des lieux existants, quitte à payer un petit peu tous les mois pour avoir accès à leurs locaux. À Amiens et Lille, nous avons fait appel aux auberges de jeunesse, qui sont aux normes en matière d’accessibilité ; à Beauvais, j’ai bénéficié d’un très bon tuyau pour avoir une salle gratuite dans un foyer de jeunes travailleurs, que nous pourrons repeindre et décorer à notre goût.

Il a fallu ensuite attendre que le ministère publie un décret d’application, avec la liste des pièces à fournir : cartes d’identité, conditions d’accessibilité, curriculum vitæ, diplômes, lieux, etc. Nous avons alors soumis nos dossiers aux préfectures respectives et nous avons reçu les agréments au bout de quatre ou cinq mois. Nous avons ensuite fait une nouvelle demande de subvention à la Caisse d’épargne pour la mise en place : nous avons reçu trois ou quatre mille euros de la Caisse d’épargne de Picardie et à peu près l’équivalent de la Caisse d’épargne de Lille. La remise de chèque a eu lieu devant trois cents personnes au Golf de Chantilly, lors de l’assemblée générale. C’était super, parce que je peux mettre cela en avant quand je vais voir des juges ou des députés : le soutien de la Caisse d’épargne et de la Fondation de France nous donne une certaine crédibilité.

Bien sûr, c’est une marque de respectabilité.

Quand on te parle des grues ou de SOS PAPA « national », il est important pour nous de pouvoir répondre que nous sommes une association loi de 1901 autonome, éligible au mécénat. Bref, ce programme d’espace rencontre est en cours : en plus de l’agrément préfectoral, il faut être conventionné par la caisse d’allocations familiales – les deux ne vont pas de pair. Avec le secrétaire général, j’ai donc rencontré les responsables de la caisse d’allocations familiales et du conseil départemental de la Somme : comme il n’y a pas d’espace rencontre à Amiens, ils sont prêts à nous subventionner pour 2018. Cerise sur le gâteau, il y a aussi, normalement, une ligne de fonds proposée par le tribunal…

Pour le Nord, je dois encore voir une personne de la caisse d’allocations familiales, qui s’occupe du financement. Pour Beauvais, c’est en stand-by : j’ai rencontré la juge trois quarts d’heure un lundi matin, et elle était… rigide – je n’en dirai pas plus puisque tu m’enregistres ! En tout cas, elle ne nous a toujours pas envoyé de dossier.

Ce sont des bénévoles de l’association qui s’occupent de ces points rencontre ?

Des bénévoles, des travailleurs sociaux, et parfois nos jeunes en service civique. En premier lieu, les travailleurs sociaux, ou bien moi, ou quelqu’un d’expérimenté, mais cela dépend de la « lourdeur » du dossier. Actuellement, nous n’en avons qu’un seul en milieu fermé, les autres sortent plus ou moins.

J’ai rencontré récemment à la permanence un père qui râlait parce qu’il n’avait qu’une heure de visite deux fois par mois et que le travailleur social était toujours sur son dos pour lui faire des remarques. Je lui ai demandé son jugement, qui disait : « Point rencontre, libre appréciation des travailleurs sociaux et des parents ». C’est la première chose que nous vérifions : les conditions. Il faut vraiment bien regarder les contraintes sur les jugements. Et avec ce genre de mention, nous, au bout de deux mois, nous demandons à la mère si le père peut avoir deux ou trois heures et sortir. Ailleurs, le père est surveillé pendant une heure durant six mois ou un an, alors que son jugement lui accorde un droit de visite libre ! Par contre, on a un père en Belgique qui va au point rencontre à la mairie de Mouscron pour voir ses gamins : le travailleur social s’en va au bout de trois minutes et ne revient qu’une heure plus tard pour la fin de la visite. Au père qui lui avait demandé pourquoi il ne restait pas, il avait répondu qu’il avait bien vu que ce n’était pas nécessaire. Il y a aussi une maman qui, avant même la première visite, nous a dit qu’elle souhaitait que le père puisse sortir avec les enfants. En point rencontre, j’ai aussi parfois des entretiens avec des pères de cinquante ans, qui ont déjà élevé des enfants, qui sont même grands-pères, et à qui on fait la leçon pour un enfant d’un deuxième lit…

L’espace rencontre est aussi un lieu où on peut rappeler aux parents l’importance de la notion d’autorité parentale. Quand j’explique par exemple aux pères qu’ils ont le droit d’aller voir le directeur de l’établissement scolaire même s’ils ne voient plus leurs gosses, cela change leur vie, c’est fabuleux. L’un d’eux nous rappelait après chaque réunion scolaire pour nous dire à quel point il était content ! Récemment, il était heureux comme tout parce qu’il avait pu participer à une réunion avec les professionnels qui s’occupent de sa fille, qui est un peu handicapée.

Nous sommes donc en pourparler avec différents interlocuteurs afin d’avoir du financement pour 2018. Sachant que c’est en N+1 pour le Nord, c’est maintenant qu’il faut avoir les financements pour 2018. Alors nous remplissons des tableaux avec le nombre d’heures que nous passons sur cette activité : entretiens, rédaction, supervision avec notre psychologue à Lille par Skype, etc. Notre travailleuse sociale dit parfois que c’est compliqué, mais c’est nécessaire. C’est de la prestation de service : sur 130 euros, la caisse d’allocations familiales peut payer 30 % de la prestation, le conseil départemental et le ministère de la Justice complètent éventuellement, et les parents payent le reste en fonction du quotient familial. Nous essayons petit à petit d’articuler tout cela pour augmenter les lignes de financement.

Comme je le disais récemment à un de nos adhérents délégué de la CGT, le capitalisme a tellement bien réussi son coup, il est tellement intégré, qu’il isole les individus, les coupe de leur famille, et parvient ensuite à « marchandiser » les relations familiales. La marchandisation des relations familiales, c’est une aliénation au financement. Quand tu y penses, quand tu étudies cela, tu réalises au bout du bout qu’isoler un enfant de son père est un choix politique. Quand j’ai un peu le temps, c’est ce que je dis aux journalistes : atomiser la famille et paupériser les mamans seules, c’est un choix politique, promu par des féministes bourgeoises qui n’élèvent pas leurs enfants mais qui demandent à d’autres femmes de le faire à leur place… Et puis ce sont des rentes : le travailleur social fait une enquête sociale, puis il préconise un an de point rencontre – le beurre et l’argent du beurre…

Par rapport à des associations comme celles que je connais en région parisienne – Assoedy, Olga Spitzer, OSE, etc. – et qui ont des locaux et des salariés permanents, SOS PAPA Nord Picardie ne fait que de la prestation de service ponctuelle, en louant des locaux le weekend…

Peu importe, nous sommes dans le même cadre institutionnel : un espace rencontre fonctionne toujours dans le cadre d’une prestation de service.

D’accord, mais vous n’avez pas une structure permanente.

Si : nous sommes censés pouvoir répondre en permanence aux demandes. C’est pour cela que je dis qu’il est important que la vice-présidente de la cour d’appel nous envoie des dossiers. Lors de la première réunion à laquelle j’ai participé avec les autres espaces rencontre, je n’avais que trois ou quatre dossiers, alors qu’eux en avaient plus d’une centaine. De toute évidence, nous n’étions pas dans la même catégorie, mais il faut aussi un certain temps pour établir une relation de confiance avec les juges. Et quand ceux-ci partent ailleurs, il nous faut les avoir favorablement convaincus, parce que nous pouvons être désignés par un juge de Chambéry ou Marseille

Nous avons aussi des demandes faites par des centres de détention pour des pères en foyer, qui peuvent ainsi rencontrer leurs enfants dans un lieu neutre et de bonnes conditions, ainsi que des demandes spontanées. Par exemple, une maman nous a appelés parce que son mari sortait de prison – il l’avait frappée – et qu’elle voulait qu’il puisse quand même voir son fils. Nous avons regardé les tarifs de location de salles et on lui a fait une prestation pour trente euros l’heure.

Nous sommes donc en train de structurer les points rencontre et de monter en charge. C’est un bon challenge : il nous faut convaincre la caisse d’allocations familiales que nous sommes capables de répondre aux demandes, et les juges que nous faisons correctement le boulot. C’est très lourd, parce qu’il faut faire des rapports tous les six mois, mais nous échappons aux contraintes hiérarchiques des grosses structures.

Nous avons également dans nos cartons depuis dix ans un projet de structure mobile que nous aimerions mettre en place, parce que, d’un point de vue sociologique, les juges sont parfois un peu décalés. Nous avons par exemple deux dossiers dans la Somme où des gens qui vivent à la campagne sont obligés de prendre leur journée pour venir une heure en point rencontre. On nous répond qu’ils peuvent se déplacer grâce à des applications comme BlaBlaCar ! Mais dans nos permanences nous voyons bien qu’en réalité les gens se déplacent en auto-stop ou en mobylette parfois pour aller à une audience ou à un point rencontre. La vice-présidente de la cour d’appel d’Amiens m’avait d’ailleurs raconté qu’elle avait reçu un jour un père qui avait fait plus de 80 kilomètres en mobylette pour venir de Saint-Quentin… Pour éviter ce genre de choses, nous pourrions utiliser un fourgon ou nous adosser à un réseau de salles municipales, en vérifiant les conditions d’accessibilité.

Une étape importante de notre développement a été notre implantation à Lille, décidée en 2009. Au début, je n’étais pas d’accord, parce qu’il y avait déjà deux associations – dont les Enfants du Divorce, de la Fédération des mouvements de la condition paternelle, avec Pascal Cazé. Je pensais qu’il ne serait pas possible d’en implanter une troisième, et que cela ne marcherait pas. Mais Olivier D’Hervé, notre vice-président, a insisté pour qu’on y aille. Nous avons donc démarré, dans des conditions d’ailleurs assez fatigantes : je fermais ma pharmacie à 19 h 00, puis je récupérais Olivier D’Hervé sur l’autoroute à Roye pour faire la permanence à Lille à 20 h 30… Et sociologiquement, c’était complètement différent d’ici, avec des cas plus lourds, du pénal, comme les accusations de pédophilie. C’était Pulp Fiction ! Puis un jour, un gars est arrivé, Marcel Devigne, pas rasé, dans un état de décomposition avancé… En fait, c’était un gars très bien, et il a pris le relais des permanences au bout de six mois.

Marielle Simon m’a très rapidement décroché des rendez-vous avec différents interlocuteurs. Je montais donc souvent passer des weekends entiers à Lille – c’est à cette époque que j’ai commencé à ne plus avoir de relations avec mon fils, ce qui me libérait les weekends. En plus, j’aime bien Lille et j’y ai de la famille. Cela m’a aussi permis de m’occuper des jeunes lillois en service civique : Clémentine et moi avons pu ainsi constituer pas mal de dossiers, je l’ai envoyée dans des réunions à l’union départementale des associations familiales, au conseil d’administration de L’Egide, etc.

Les bénévoles de Lille me disent que nous aurions plus de monde si nous ne nous appelions pas SOS PAPA. C’est vrai que c’est une barrière par rapport aux juges. Il y a un a priori quand nous participons à de grosses réunions. Mais je constate qu’il n’y a plus de soucis à partir du moment où on s’intègre dans le tissu local. Par exemple, notre intégration dans L’Egide, la maison régionale des associations LGBT de Lille, nous a fait énormément de bien. Dès que nous avons fait paraître des annonces dans le 20 minutes de Lille, les professionnels – avocats, médiateurs familiaux et psychologues – nous ont appelés. Maintenant, ce sont les gens qui viennent vers nous, et nous avons pu constituer une bonne équipe avec une médiatrice familiale, Audrey Ringot, et une psychologue qui peut intervenir dans les trois jours en cas de maltraitance.

Quelles relations as-tu eu avec SVP PAPA ?

Philippe Lefebvre et moi avons reçu Yann Vasseur un jour à Amiens, parce qu’il voulait ouvrir une antenne – dans ce cas, nous avons toujours au moins un ou deux entretiens avec le postulant. Nous n’avons pas voulu qu’il intègre SOS PAPA, et il a donc créé SVP PAPA, avec un type qui voulait aussi monter une antenne à Arras. La création de SVP PAPA a surtout interféré avec Douai, où il y a eu des interactions malencontreuses, dont une manifestation à l’initiative de Françoise Garnier qu’ils ont récupérée dans la presse. Un jour, ils sont aussi venus à vingt perturber une permanence de Françoise.

Ils étaient assez virulents, et les choses sont allées très vite pour eux : ils ont réussi à mettre le député Thierry Lazaro dans leur poche, à être reçus au ministère de la Justice avec SOS PAPA, etc. Mais j’ai vu un message sur Facebook il y a trois mois annonçant qu’ils arrêtaient… Cela ne m’a pas étonné : la différence entre nos deux associations, c’est qu’ils n’ont pas eu un Jacques Bergez pour leur conseiller de se structurer.

Yann Vasseur m’avait dit que, comme dans beaucoup d’associations, il était le seul à travailler, et que c’était devenu trop lourd au bout d’un moment.

C’est pourquoi Jacques m’avait dit de trouver du monde pour ne pas avoir à me préoccuper d’histoires de clefs de salle à chercher, la charge mentale des appels téléphoniques, etc., alors que j’ai une pharmacie à faire tourner. C’est quelque chose que Bruno Lagadec, par exemple, ne semble pas comprendre. Je lui ai dit une paire de fois que son projet de reprendre SOS PAPA « national » en créant des groupes de trois ou quatre bénévoles à droite à gauche ne marcherait pas. On ne peut pas fonctionner sans un secrétariat permanent – ce qu’Alain Cazenave avait, lui, parfaitement compris.

Nous, nous essayons de montrer que nous sommes différents, que nous sommes structurés, que nous avons des mécènes, que les institutions sont avec nous, bref que nous sommes crédibles. Thierry Lazaro nous a d’ailleurs rejoints l’an dernier, et il nous a fait bénéficier de sa réserve parlementaire.

Jusqu’à présent, tu as bien exposé l’action de SOS PAPA Nord Picardie pour assurer ce que j’appelle le service après-vente du système. Mais qu’est-il fait pour au moins essayer de changer le fonctionnement de ce système, de sorte que le service après-vente devienne inutile ?

Nous faisons du lobbying auprès des députés. Par exemple, une dizaine de bénévoles se sont répartis l’an dernier tous les députés du secteur pour, d’une part demander à bénéficier de leur réserve parlementaire, et d’autre part les sensibiliser à la résidence alternée, aux problèmes d’autorité parentale, d’éloignement géographique, etc. Nous rédigeons aussi des questions écrites, qui ont été relayées par Édouard Courtial, Maxime Gremetz, Thierry Lazaro, Jean-François Mancel, Barbara Pompili, etc. J’ai par exemple rédigé une question écrite destinée à Laurence Rossignol sur le fait qu’il n’y ait pas de programme de valorisation de la paternité en France, qui a été relayée par Édouard Courtial et Barbara Pompili – qui s’est d’ailleurs fait critiquer par des féministes sur Twitter parce qu’elle nous avait financés ; j’avais regardé comment elle avait utilisé sa réserve parlementaire : douze mille euros pour les féministes, deux mille pour nous…

Réserve parlementaire pour SOS PAPA Nord Picardie

C’est bien de solliciter les uns et les autres pour poser des questions parlementaires, mais comment se fait-il que celles-ci ne soient répertoriées nulle part, ni sur la page Facebook ni sur le blog de SOS PAPA Nord Picardie ? Nous essayons justement de recenser sur une page dédiée de P@ternet toutes les questions parlementaires en rapport avec la paternité, afin qu’il en reste une trace publique plus facile à consulter que le Journal officiel. Il est dommage que personne d’autre ne s’en préoccupe.

Elles figurent dans nos bilans d’activité mais j’hésite à les mettre en ligne : il y a des féministes tellement radicalisées qu’elles passent leur temps à nous surveiller. Et quand tu vois le niveau de leurs tweets, tu comprends vite que nous ne sommes pas dans le même monde !

Certes, mais les questions parlementaires sont des données publiques, publiées au Journal officiel de la République française, et tu n’es pas obligé de dire qu’elles ont été posées à l’initiative de SOS PAPA Nord Picardie.

Quoi qu’il en soit, Laurence Rossignol s’est arrangée pour ne pas répondre. Elle a d’ailleurs toujours refusé de nous recevoir, alors que je lui ai envoyé plusieurs courriels à cette fin. Un ami de SOS Racisme avait réussi une fois à la faire venir à je ne sais plus quelle occasion : un premier temps était consacré au thème que j’ai oublié, un deuxième à nous, et elle est partie à la fin de la première partie… Il est vrai que notre avocate avait commencé à l’attaquer dès le premier sujet ! En fait, je pense qu’elle est incapable de débattre sur ce sujet.

Mais je reviens sur la question de la valorisation de la paternité. Il existe au Québec un mouvement qui s’appelle le Regroupement pour la valorisation de la paternité, et c’est après avoir lu un de leurs bilans d’activité que j’ai fait demander pourquoi il n’y avait pas de programme de valorisation de la paternité en France. Nous, nous avons pris deux initiatives sur ce sujet. Nous avons d’abord contacté les grands responsables de la parentalité à la Caisse nationale d’allocations familiales. Avec Clémentine, notre volontaire en service civique, Delphine, notre secrétaire, et Laurent Verfaille, militant de SOS PAPA 78, je leur ai demandé si existaient des programme de valorisation de la paternité. On nous a répondu que non. J’ai alors présenté notre projet de structure itinérante, ainsi que l’initiative québécoise Maison Oxygène, des lieux où les pères peuvent se réfugier avec leurs enfants, que nous aimerions bien lancer en France. Là, on nous a dit que quelque chose pourrait être envisagé si nous devenions tête de réseau. Ensuite, le député Édouard Courtial nous a permis de rencontrer un cadre technique du ministère des affaires sociales. Avec deux ou trois bénévoles, j’ai donc eu un entretien avec un médecin, qui nous a confié que c’était la première fois qu’il recevait SOS PAPA, et nos idées sont bien passées.

Cela dit, pour nous le lobbying a ses limites : nous sommes géographiquement éloignés des lieux de décision, et nous manquons de bénévoles pour s’en occuper. Il nous faudrait un chargé de projet dédié.

Depuis quelques années, le développement de SOS PAPA Nord Picardie s’étend hors de ses limites géographiques natives… Y a-t-il une explication à ce phénomène ?

Il y a quelques années, nous avons essayé de nous occuper de SOS PAPA 78, dont le président était à l’époque Laurent Dagot. Nous avions recruté une secrétaire et commencé à restructurer l’association avec nos procédures, quand Jean Latizeau et Arié Sarfati ont tout fait clapoter d’une façon lamentable. La secrétaire est partie parce qu’elle en avait assez : par exemple, elle devait s’arrêter de travailler à 17 h 00 parce qu’il n’y avait plus d’éclairage ! Ils ont aussi voulu sous-louer leur local au black à une société d’informatique, etc. Avec Olivier D’Hervé, notre vice-président, et Laurent Dagot, nous avons préféré laisser tomber…

SOS PAPA La Fédé

Par ailleurs, nous avons voulu créer une Fédération nationale SOS PAPA. Là encore, c’est Jacques Bergez qui en est à l’initiative ; puisque notre système fonctionne pour la région Nord-Picardie, il nous a conseillés de faire du copier-coller sur une plus grande échelle. Nous avons donc commencé à mettre en place des délégations – en partie grâce à toi, d’ailleurs – à Albi, Nantes, en Guyane, etc. Comme le faisaient autrefois les secrétaires de SOS PAPA « national », notre secrétaire Isabelle fait le nécessaire pour tout mettre en place : interlocuteurs divers, médias, salles, etc. Ultérieurement, si les gars tiennent, nous pourrons peut-être passer à la vitesse supérieure et créer des points rencontre ou monter d’autres projets.

Nous avons eu beaucoup de problèmes avec Jean Latizeau lorsque nous nous sommes implantés dans le Val-d’Oise et les Hauts-de-Seine. Un essai dans le Val-de-Marne a même tourné au pugilat ! Et nous nous attendons au pire, parce que nous voudrions venir à Paris. Une de nos jeunes en service civique s’est déjà renseignée auprès des maisons des associations, et il y aurait moyen d’y faire des permanences.

Ayant trente ans d’activité associative dans différents domaines derrière moi, je connais bien les maisons des associations, et je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Tout dépend du mode de fonctionnement envisagé, mais il faut savoir qu’elles ferment très tôt. Le seul créneau intéressant, c’est le samedi. Il faudrait trouver des alternatives, comme la mise à disposition d’un local professionnel qui ne serait pas utilisé le soir.

Dans notre région, les maisons des associations confient des badges d’accès, voire même les clefs.

Les maisons des associations parisiennes n’ont malheureusement pas ce genre de pratique. C’est dommage parce que ce sont de belles structures, bien équipées.

Je sais que la mairie de Paris peut fournir d’autres types de locaux.

Sinon, il y a une autre piste que tu peux explorer, c’est celle du Café des pères, créé par la caisse d’allocations familiales de Paris il y a quelques années, avec mon aide. C’est juste un lieu de parole ; il n’est pas de question d’y donner des conseils pratiques, ni d’y rencontrer des avocats, encore moins d’y critiquer le système, mais c’est une idée intéressante. Finalement, cela n’a pas très bien pris, il y a seulement deux ou trois personnes à chaque réunion. La mobilisation d’un travailleur social pour ce maigre public n’étant pas très intéressante, je sais que la caisse d’allocations familiales souhaite s’en désengager et cherche une association pour reprendre l’idée.

La caisse d’allocations familiales a aussi essayé de créer un Café des pères dans le Nord Pas-de-Calais, mais il n’y avait personne non plus. Un sociologue qui travaille avec nous nous a dit qu’il voyait plus de monde chez nous en une soirée que là-bas en trois mois.

C’est dommage, car il y a du financement derrière, et personne n’en profite. En fait, leur communication est très mauvaise.

Oui, et on en revient au problème du nom : si tu mets SOS PAPA, les gens viennent, pas si tu mets CAF. Nous, nous voudrions créer et animer une maison des pères : un lieu de discussion et de ressources sur la parentalité, avec un accueil permanent, un coin espace rencontre, et un appartement à l’étage où les pères pourraient se réfugier. Nous en parlons depuis quinze ans, et je pense que cela peut se faire sur Lille, le Pas-de-Calais et, pourquoi pas, Paris.

Sur Paris, cela nécessiterait des moyens financiers considérables, ne serait-ce que pour avoir un espace d’hébergement. Mais je suis étonné que cela n’ait pas déjà été fait en province.

Effectivement, il n’y a pas de refuges pour les pères. Ou bien ils abandonnent parce qu’ils n’ont pas de « clients ». Par exemple, je suis allé voir un jour une structure en Seine-Saint-Denis, une maison dédiée avec des appartements relais pour que les pères puissent exercer leur droit de visite et d’hébergement, avec un budget de 150 000 euros par an : ils n’ont eu que deux pères… L’idée était bonne, mais ils ont abandonné. Je suis sûr que cela aurait marché avec le logo SOS PAPA.

Outre l’étiquette, les caisses d’allocations familiales communiquent mal. J’ai vu des cartons de flyers pour le Café des pères qui traînaient dans un coin parce qu’ils ne savaient pas où les distribuer. L’existence du Café est bien mentionnée sur le site de la caisse d’allocations familiales de Paris, mais il faut chercher dans un dédale de menus et sous-menus. Et il y a aussi un problème relationnel entre les caisses d’allocations familiales et les pères : il faut reconnaître que très peu de pères s’occupent des prestations familiales, c’est souvent un domaine géré par les mères ; ils sont donc aussi responsables de leur méconnaissance d’une institution qu’ils perçoivent trop souvent comme dédiée aux seules mères. Quoi qu’il en soit, merci pour cet entretien, et bonne continuation !

La Kia Rio de SOS PAPA Nord Picardie (© SOS PAPA)

La Kia Rio de SOS PAPA Nord Picardie (© SOS PAPA)

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