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Note sur la déconsidération des pères dans la société contemporaine

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Pour information
Le texte qui suit a été rédigé à la demande d’un auteur avec lequel nous collaborons. Il nous a semblé que cette note pourrait intéresser nos lecteurs et être diffusée plus largement.

La paternité est un sujet en fait assez peu traité par les sciences sociales, notamment en France. Il est assez significatif de constater, par exemple, l’absence dans notre pays de toute institution qui lui soit consacrée, à l’instar de la National Fatherhood Initiative américaine, du Fatherhood Institute britannique ou du Regroupement pour la valorisation de la paternité québécois. On trouve certes quelques associations cherchant à défendre les pères divorcés ou séparés, dont la plus connue est SOS PAPA, mais leur action est circonscrite à une situation de détresse très spécifique, sur laquelle nous reviendrons plus loin. Surtout, outre que leur action et leur efficacité soit assez limitée, aucune de ces associations ne semble avoir compris que l’éviction des pères mise en œuvre à une vaste échelle par le système judiciaire résultait d’une crise globale de la paternité.

La féminisation de la recherche menée sur la paternité est tout aussi significative. Ainsi, le projet de recherches international Fatherhood Global, qui regroupe trente-six chercheurs du monde entier, compte vingt-deux femmes et quatorze hommes – le seul membre français étant Élise de La Rochebrochard (Institut national d’études démographiques). Le programme franco-espagnol « Paternités », mené de 2009 à 2012, comptait lui aussi une majorité de chercheuses. Plus symbolique encore, le volume consacré à la paternité dans la célèbre collection « Que sais-je ? » a été écrit par la sociologue Christine Castelain Meunier [1] – par ailleurs très bien disposée à l’égard des pères puisqu’elle fut membre du comité d’honneur de l’association SOS PAPA.

Ce traitement indigent illustre déjà bien à quel point la paternité est l’objet de peu de considération, si ce n’est même de déconsidération. Ce phénomène a été récemment étudié par Marc Mangin, lequel, à notre connaissance, est même l’un des rares à avoir effectué un véritable travail de recherche sur ce sujet. L’auteur va jusqu’à envisager la disparition programmée de la paternité [2]. Cette approche vient d’être utilement complétée par le dernier ouvrage de Patrick Guillot, qui inscrit la dépréciation de la paternité dans le cadre plus vaste de la misandrie [3].

Ces deux études offrent déjà de bonnes bases pour des recherches ultérieures. Pour notre part, nous allons amorcer ici une petite réflexion sur un fait troublant : les pères sont les auteurs, au moins les complices, de leur propre dépréciation.

Avant d’instruire un procès à charge, il nous paraît toutefois nécessaire de mettre en évidence une circonstance – peut-être – atténuante, un fait dont la banalité voile l’importance pourtant décisive. De nos jours, au moins dans cette partie du monde qui s’autoproclame « développé », l’apparition de nouveaux acteurs sur la grande scène de la vie se produit – à quelques exceptions près – dans un lieu appelé « maternité », par là-même consacré à un seul des deux parents – sans que l’autre s’offusque de son exclusion. Les « produits » de la maternité sont ensuite confiés aux bons soins d’une institution dénommée « protection maternelle et infantile ». On remarque là que seuls la mère et l’enfant – et dans cet ordre – auraient donc besoin d’être protégés. De qui ? Vraisemblablement de celui qu’il n’a pas été jugé utile de protéger, le père, qui est donc déjà perçu – plus ou moins consciemment – comme un prédateur potentiel. Quoi qu’il en soit, les enfants sont ensuite confiés aux bons soins d’« assistantes maternelles », avant d’être enrégimentés dans un système scolaire dont la première étape a été baptisée « école maternelle »…

L’entrée du petit homme sur la scène de la vie est donc placée sous le signe de la mère, dont l’omniprésence, l’omnipotence, impriment une marque pratiquement indélébile. À l’évidence, aucun rôle n’a été prévu pour le père dans la pièce à jouer. Mais si le père est de trop, c’est aussi parce qu’il le veut bien – quand bien même sa volonté aurait été influencée par le conditionnement qui vient d’être décrit. Car il n’y a en fait ni fatalité, ni justification tirée d’un ordre naturel dans cet état des choses : le petit homme pourrait tout aussi bien, sinon mieux, naître dans une « maison parentale », être confié aux bons soins de la « protection familiale » et d’« assistants parentaux », avant d’entrer dans le premier degré de l’école primaire…

La suite de notre propos se bornera chronologiquement au siècle dernier, où peuvent être repérées quelques étapes symboliques de l’autodépréciation paternelle. Sans doute, et nous le rappellerons, y avait-il matière à réforme, mais réformer est une chose, supprimer en est une autre.

18 février 1938

La première étape importante, nous semble-t-il, est la disparition progressive de la puissance maritale (la puissance du mari dans le mariage), amorcée par la loi du 18 février 1938 portant modifications des textes du code civil relatifs à la capacité de la femme mariée, promulguée sous la présidence d’Albert Lebrun. La mobilisation des féministes réussit alors notamment à faire supprimer la fameuse sentence de l’article 213 du Code Napoléon de 1804 : « Le mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari. » La nouvelle loi supprima l’incapacité juridique de la femme mariée, qui put donc dès lors agir seule – sans l’autorisation de son mari – pour accepter une donation, avoir une carte d’identité et un passeport, conclure un contrat de travail, ouvrir un compte en banque, passer des contrats pour ses biens propres, séjourner dans une clinique ou un hôpital sans être accusée d’abandon de domicile, ou s’inscrire dans des facultés.

La loi n’instaurait pas pour autant l’égalité des sexes, ni dans la famille ni dans le mariage. L’époux conservait l’autorité sur les enfants (puissance paternelle) et le droit d’imposer le lieu de la résidence de la famille. Son monopole sur la gestion de l’ensemble des biens dans le régime de la communauté était laissé intact, il détenait un droit de veto sur l’exercice professionnel de son épouse et était désigné comme « chef de la famille ».

13 juillet 1965

L’œuvre fut achevée par la loi nº 65-570 du 13 juillet 1965 portant réforme des régimes matrimoniaux. La loi établit alors l’égalité des époux dans la gestion des biens, introduisit la communauté réduite aux acquêts (qui devient le régime légal en l’absence d’un contrat de mariage), et rendit effective la capacité juridique de la femme mariée. Le mari ne pouvait plus s’opposer à l’exercice par son épouse d’une profession séparée et chaque époux pouvait ouvrir un compte bancaire en son nom propre.

Une petite trentaine d’années auront donc suffi pour passer d’une époque où, <i, la femme – plus précisément l’épouse – ne pouvait rien faire sans l’aval de son mari, à une situation d’égalité – au moins dans la loi. Redisons-le, sans doute y avait-il matière à réforme en ce domaine. Il est cependant particulièrement remarquable que des millions de maris français se soient ainsi laissé déposséder, sans contrepartie aucune, sans rien dire, de leur pouvoir [4] – peut-être exagéré, mais c’est un autre sujet. On connaît peu d’exemples dans l’Histoire où les détenteurs d’un quelconque pouvoir, aussi ténu fût-il, s’en soient laissé déposséder de la sorte. Et quand ce genre d’événement s’est produit, l’issue en a généralement été dramatique. Qu’on pense à la nuit de folie du 4 août 1789, dont la plupart des protagonistes eurent à connaître par la suite l’exil ou le « rasoir national »… Qui plus est, ces réformes législatives ont été entreprises dans des assemblées composées presque exclusivement d’hommes [5], mariés pour la plupart.

4 juin 1970

La deuxième grande étape, qui est d’ailleurs une conséquence assez logique de la première, est la suppression de la puissance paternelle par la loi nº 70-459 du 4 juin 1970 relative à l’autorité parentale. La puissance paternelle, qu’il faut bien distinguer de la puissance maritale évoquée supra, fut alors remplacée par l’autorité parentale conjointe, régime sous lequel nous vivons encor aujourd’hui. Trois cas de figure furent envisagés par le législateur, les deux derniers marquant très fortement la fin des visées égalitaires promues jusqu’alors et ce qu’on peut considérer comme le début officiel, légal, d’une entreprise de « dépaternisation » – si on veut bien nous passer ce néologisme – qui n’a cessé de croître par la suite.

  1. Pour l’enfant dit « légitime », c’est-à-dire conçu dans les liens du mariage, le législateur pose que « l’autorité appartient aux père et mère pour protéger l’enfant dans sa sécurité, sa santé et sa moralité. Ils ont à son égard droit et devoir de garde, de surveillance et d’éducation. »
  2. En cas de divorce ou de séparation de corps, il est cependant prévu que l’autorité parentale continuera d’être exercée par le seul parent ayant la « garde » de l’enfant, c’est-à-dire la mère le plus souvent.
  3. Pour l’enfant dit « naturel », c’est-à-dire né hors mariage, la mère seule, par défaut, exerce l’autorité parentale…

Si la puissance paternelle a bel et bien disparu du corpus législatif français, il n’en a donc pas été de même pour la puissance maternelle, laquelle, sans être mentionnée explicitement, s’en est au contraire trouvée accrue de facto.

Fondamental à bien des égards, ce texte invite à la réflexion sur deux notions qu’il convient de bien distinguer pour en mieux comprendre l’articulation : autorité et puissance.

Le remplacement de la puissance paternelle par l’autorité parentale constitue en effet un changement de paradigme : la puissance est une chose, l’autorité une autre. Pour le dire le plus simplement possible : l’autorité, c’est le droit d’agir ; la puissance, c’est la capacité effective à agir. Chacun est à même de comprendre que l’une peut exister sans l’autre, avec des conséquences d’ailleurs souvent fâcheuses. L’impuissance de l’autorité est un phénomène bien connu dans la vie politique, notamment face aux manifestations diverses de puissances sans autorité : gesticulations verbeuses d’un côté, application de la loi du plus fort de l’autre. La reconnaissance par la loi de la puissance paternelle, comme auparavant de la puissance maritale, légitimait l’autorité du père, ou du mari, à faire usage de sa puissance, de sorte que la société familiale était autonome dans son ordre. Extirpant la puissance de la famille, le législateur lui a donc substitué une autorité illusoire, puisque inopérante à deux titres.

Une autorité sans puissance

Tout d’abord, cette nouvelle autorité parentale conjointe est dépourvue de la puissance nécessaire à son exercice, de sorte que tout problème en matière d’exercice de l’autorité parentale requiert l’intervention d’une autorité supérieure dotée, elle, de la puissance nécessaire. Cette autorité supérieure, on l’aura peut-être deviné, est celle de l’État, qui détient désormais seul l’autorité et la puissance nécessaires pour gérer tous les problèmes intrafamiliaux, par l’action de divers tentacules – dont le juge aux affaires familiales et le juge des enfants.

Dans le contexte général de l’État-providence moderne, et particulièrement avec l’état d’esprit civique afférent qui s’est développé après la deuxième guerre mondiale, le citoyen a une propension de plus en plus forte à solliciter la protection de l’État en tous domaines. Le juge est l’un des représentants symboliques de cet État-papa protégeant les individus. C’est ainsi que les couples en instance de divorce ou séparation, tels des enfants se disputant, font appel au juge qui, comme papa, dirimera le conflit et décidera pour eux. C’est l’un des aspects, et non le moindre, de la mainmise progressive de l’État sur la vie de chaque citoyen, et ce phénomène nous paraît mériter un développement particulier.

L’organisation de la démission parentale – ou comment l’État prend la place des parents

Le terrain avait en fait été préparé de longue date, puisque les parents avaient déjà abdiqué sans dire mot une de leurs responsabilités majeures au profit de l’État : l’éducation de leurs enfants. En effet, l’État français s’est officiellement arrogé le monopole de l’éducation de ses jeunes citoyens le 3 juin 1932, à l’occasion de la formation du troisième cabinet d’Édouard Herriot : le ministère de l’instruction publique prit alors le nom de ministère de l’éducation nationale [6]. Anatole de Monzie en devint le premier titulaire, et on ne peut s’empêcher de faire un rapprochement avec la réforme similaire entreprise trois ans plus tôt par le Duce Benito Mussolini (qui bénéficiait d’ailleurs de toute la sympathie d’Anatole de Monzie), lorsqu’icelui créa le ministerio dell’ Educazione nationale le 12 septembre 1929. Cette nouvelle titulature donnait le point d’orgue à la réforme scolaire entreprise en 1923 sous l’égide du ministre Giovanni Gentile, dont Mussolini disait qu’elle était « la plus fasciste de [ses] réformes [7] ». Dans un discours prononcé le 14 septembre 1929, Mussolini s’expliquait ainsi :

« Valendomi dell’articolo 4 della legge sul primo ministro, ho trasformato il ministero dell’Istruzione pubblica in ministero dell’Educazione nazionale. Con questa decisione, che sembra puramente nominale, ho inteso invece riaffermare, nella forma più esplicita, un principio : e cioè che lo Stato ha non solo diritto, ma dovere di educare il popolo, e non soltanto quello d’istruirlo, per la qual cosa potrebbe bastare, alla fine, anche un appalto e un’impresa privata. »

Traduction : « Me prévalant de l’article 4 de la loi sur le premier ministre, j’ai transformé le ministère de l’Instruction publique en ministère de l’Éducation nationale. Avec cette décision qui peut sembler être de pure forme, j’ai au contraire voulu réaffirmer, de la façon la plus explicite, un principe : lequel est que l’État a non seulement le droit mais aussi le devoir d’éduquer le peuple, et pas seulement celui de l’instruire, chose pour laquelle, en fin de compte, un appel d’offre à une entreprise privée pourrait aussi bien suffire. » [Al gran rapporto del fascismo, 14 settembre 1929, in : Edoardo e Duilio Susmel (a cura di), Opera omnia di Benito Mussolini, vol. XXIV, Dagli accordi del Laterano al dodicesimo anniversario della fondazione dei fasci (12 febbraio 1929 – 23 marzo 1931), Firenze, La Fenice, 1958, p. 138.]

Dans les deux cas, en France comme en Italie, ce fut le triomphe des tenants du modèle spartiate, visant à former l’enfant dans une école totalitaire, sur ceux qui estimaient que l’éducation était une prérogative de la famille, le rôle de l’école se limitant à l’instruction [8]. Cette emprise de l’État sur l’enfance, et donc sur la formation précoce des esprits, était revendiquée de longue date. Nous n’en donnerons ici qu’un exemple historique, qui nous paraît particulièrement significatif.

À la fin du XIXe siècle, Jules Guesde, un des théoriciens français du socialisme, avait expliqué pourquoi l’État devait se substituer aux parents et prendre entièrement en charge l’éducation des enfants :

Essai de catéchisme socialiste« D. – Qui doit-être chargé de l’éducation ? Est-ce la famille, est-ce la société ?

« R. Pour répondre à cette question, il suffit de se rappeler ce qu’est l’éducation et de se demander qui de la société ou de la famille a le plus d’intérêt à développer le plus possible l’intégralité des facultés de l’enfant et qui a le plus d’expérience ou de science pour diriger ses facultés vers ce qui est le plus utile à chacun et à tous.

« Or, pour ne pas parler de la famille actuelle, fondée sur le sacrifice constant et nécessaire de l’enfant aux besoins et à l’ignorance ou aux préjugés du père et de la mère, il n’est pas douteux :

« 1º Qu’en tant que groupe temporaire, destiné à se dissoudre du vivant de l’enfant, la famille, même réformée, aura toujours un intérêt moindre à développer toutes ses forces que la société qui ne passe pas et ne saurait par suite échapper aux conséquences d’une éducation incomplète ;

« 2º Que l’expérience ou la science dont disposera la famille, retardera, dans la majeure partie des cas, sur celle de la société, et sera pour les facultés de l’enfant un guide moins éclairé et moins sûr. »

Guesde (Jules), Essai de catéchisme socialiste, Bruxelles, Librairie socialiste de Henri Kistemaeckers, Collection « Petite bibliothèque socialiste », 1878, pp. 44-45.

Certains tentèrent d’appliquer ces thèses dès le début de la révolution bolchevique, mais Lénine, puis Staline, les combattirent au cours des années 1920 et 1930 au vu des troubles engendrés par la désagrégation de la famille [9]. L’Histoire a toutefois conservé de cette période confuse la trace d’un épisode, certes anecdotique, mais particulièrement intéressant pour notre propos en ce qu’il illustre concrètement ce que peut être l’étatisation de la famille.

En mai 1921 fut ouvert au centre de Moscou le Детский дом (« Maison des enfants »), également connu sous le nom de лаборатория «Международная солидарность» (laboratoire « Solidarité internationale ») en raison du soutien financier du syndicat allemand UdHuK (Union der Hand- und Kopfarbeiter). Fondée sous la houlette du Наркомпрос (acronyme de Наро́дный комиссариа́т просвеще́ния, Commissariat du peuple à l’éducation, c’est-à-dire le ministère de l’Éducation publique), cette école maternelle très originale fut dirigée par Vera Fedorovna Schmidt (1889-1937), alors une des principales figures du mouvement psychanalytique en Russie. Le but de l’institution était de forger l’« homme nouveau » dont avait besoin le régime soviétique, par une éducation basée sur les principes marxistes et psychanalytiques. À l’origine, une cinquantaine de personnes s’occupaient d’une petite trentaine d’enfants mais les effectifs décrurent, et ne restaient plus en 1923 que dix-huit éducateurs avec douze enfants âgés de deux à quatre ans. Bien que l’expression Детский дом désignât communément un orphelinat, il s’agissait là d’une institution d’élite : la majeure partie des pensionnaires étaient des enfants de cadres du Parti communiste qui s’étaient voués à la politique et n’avaient pas le temps d’élever leurs enfants – parmi ceux-ci figurèrent le deuxième fils de Staline, Vasiliy, et le propre fils de Vera Schmidt, Vladimir. Les parents ne venaient visiter leurs enfants que le dimanche, les emmenant parfois chez eux pour une partie de la journée – une situation assez similaire à celle que connaissent de nos jours certains enfants placés. Un minimum de lien familial était ainsi préservé, mais sans aucune influence éducative, celle-ci étant du ressort de spécialistes.

Psychoanalytische Erziehung in Sowjetrussland. Bericht über das Kinderheim-Laboratorium in MoskauDes dissensions internes, des pressions extérieures contestant l’approche psychanalytique (notamment le traitement de la sexualité infantile) ainsi que des problèmes financiers dus à la fin du soutien du syndicat UdHuK affaiblirent l’organisation du Детский дом, de sorte que le Наркомпрос ferma l’institution le 14 août 1925. Les expériences et observations conduites dans le Детский дом avaient été soigneusement consignées dans un journal par Vera Schmidt, qui utilisa ces données pour rédiger un livre sur l’éducation psychanalytique en Russie soviétique [10]. Cette expérience originale d’organisation d’un système éducatif collectiviste a suscité en son temps l’intérêt de plusieurs psychanalystes, marxistes ou non, tels Karl Abraham, Sigmund Freud lui-même, Alexandre Luria, Anna Mänchen-Helfen, Otto Rank, Annie et Wilhelm Reich, Sabina Spielrein, etc. Elle aurait pu tout autant intéresser Platon, le premier théoricien du collectivisme [11], et pourrait sans doute encore séduire les thuriféraires de la dislocation familiale, telle Laurence Rossignol affirmant que « les enfants n’appartiennent pas à leurs parents [12] ! »

Il est important de remarquer ici encore que la prise en charge de l’éducation par l’État, quelle qu’en soit la forme, n’a pratiquement jamais rencontré d’opposition de la part des parents, la plupart étant probablement assez satisfaits d’être ainsi libérés à bon compte d’une de leurs responsabilités premières. Quant à ceux qui persistent à penser qu’il leur revient de pourvoir à l’éducation de leur progéniture, ils se trouvent en butte à la suspicion, voire l’hostilité plus ou moins ouverte des pouvoirs publics [13].

Un militant de SOS PAPA Loiret, Jean-Paul Conan, avait modélisé en 2014 cette étatisation de la famille dans un schéma intitulé ANPE. Les initiales correspondent à quatre fonctions familiales fondamentales : Amour, Nourriture, Protection, Éducation. Autrefois assumées par la famille, elles le sont maintenant par l’État.

Le modèle ANPE (Aimer Nourrir Protéger Éduquer)

ANPE

La maman est souvent la plus proche de l’enfant. C’est souvent elle qui semble fournir à l’enfant tout ce dont il a besoin. Mais cela serait impossible sans la présence du père.

On a remplacé le père par l’État quand il faisait défaut (mais c’est toujours le père qui paye l’impôt et la pension…).

Le rôle du père est de créer cet environnement, et de fournir à la mère les bases de l’ANPE.

© Jean-Paul Conan

La famille face au Léviathan

Tout ce qui vient d’être évoqué correspond en fait au développement de l’État moderne, théorisé pour la première fois par Thomas Hobbes dans son Léviathan. L’État moderne est par essence totalitaire, c’est-à-dire qu’il tend naturellement à être tout, indépendamment de sa forme. La précision est d’importance car le totalitarisme est souvent confondu avec la dictature, qui n’en est qu’une forme, la plus visible ; en fait, la démocratie peut être tout aussi totalitaire, sinon davantage, car de façon insidieuse. La grande propension de l’État moderne est de ne rien laisser subsister entre lui et le citoyen, contrairement à l’État ancien, ou traditionnel, qui devait composer avec de multiples contre-pouvoirs, dont le premier était la famille, et tout ce qu’on appelait les corps intermédiaires (la « société civile » d’aujourd’hui) : associations, collectivités territoriales (communautés locales, divisions territoriales diverses, municipalités), communautés religieuses, institutions politiques intermédiaires, professions organisées (chambres professionnelles, entreprises, syndicats), etc.

Le citoyen doit donc être affranchi de tous les liens qui pourraient, d’une manière ou d’une autre, le protéger et ne pas lui rendre nécessaire la puissance de l’État. Le premier ensemble de liens qui doit être défait de toutes les façons possibles, c’est évidemment la famille, puisqu’elle est ontologiquement le premier rempart face à la puissance de l’État. D’où la nécessité pour celui-ci de laisser se développer, voire d’encourager, tous les courants de pensée qui contribuent à la décomposition, à la dévalorisation et, in fine, à la destruction de la famille, ainsi que du mariage qui doit en garantir la stabilité. C’est ainsi que toutes les lois sur le divorce, pour le rendre d’abord acceptable puis de plus en plus facile à mettre en œuvre, participent du développement de l’État moderne. L’éradication des pères s’inscrit bien sûr dans le même mouvement. Une fin possible – et malheureusement assez probable – de ce processus a été décrit par George Orwell dans son célèbre roman d’anticipation, 1984 : l’État omnipotent régentant des citoyens complètement isolés, qui ne peuvent que se méfier les uns des autres, parce qu’ils sont tous seuls.

Cette perspective est suffisamment grave pour inviter chacun à approfondir le sujet, ce que ne permettent pas les limites que nous nous sommes fixés pour ce petit exercice de réflexion. Parmi toutes les recherches menées sur le totalitarisme, celles d’Hannah Arendt méritent une attention toute particulière.

L’autorité parentale conjointe : un oxymore législatif

Nous abordons maintenant la deuxième raison pour laquelle l’autorité parentale conjointe issue de la réforme législative du 4 juin 1970 est illusoire et inopérante : c’est tout simplement son caractère « conjoint ». La bonne compréhension de notre propos demanderait un exposé préalable sur la notion d’autorité ; puisque nous avons cité le nom d’Hannah Arendt, nous renvoyons le lecteur à un de ses livres, La crise de la culture, dont l’un des chapitres traite justement, et avec brio, du sujet [14].

Pour peu qu’on se donne la peine d’y réfléchir un tant soit peu, l’autorité ne peut s’exercer de façon conjointe. Par définition, l’autorité ne se partage pas. Elle peut être déléguée, mais son exercice est toujours, in fine, le fait d’une seule personne. Dans la pratique, on constate d’ailleurs qu’il en va ainsi dans tous les groupes sociaux, quelle que soit leur importance et leur nature. Prenons un exemple simple, qui permettra également de mieux comprendre l’utilité de l’autorité : dans une association, on prévoit toujours qu’un membre, généralement le président, aura une voix prépondérante ; de la sorte, lorsque les adhérents sont également divisés sur une décision à prendre, le titulaire de la voix prépondérante, une voix qui compte double, permet de surmonter la division afin qu’une décision puisse être prise. Sans cette précaution, la situation serait bloquée, au risque de provoquer la disparition de l’association.

En fait, il en va de même dans un couple parental. L’exercice conjoint de l’autorité parentale ne pose évidemment pas de problème tant que les deux parents sont d’accord. Mais il est peu probable que deux parents soient toujours d’accord sur tout. En cas de désaccord, l’un ou l’autre cédera peut-être, pour ne pas « faire d’histoires », une fois, deux fois, trois fois s’il est vraiment de bonne composition. Puis il cessera de céder… Comment règle-t-on alors un litige en matière d’autorité parentale ? Nous l’avons déjà dit plus haut : par le recours à un tiers, le juge aux affaires familiales. Dans la pratique, il est rare que deux parents fassent appel à un juge aux affaires familiales simplement parce qu’ils sont en désaccord sur l’orientation scolaire de leur enfant, par exemple, ou sur le choix d’une école, privée ou publique. Ce qui est par contre très courant, c’est que des parents finissent par se séparer à force de désaccords, et qu’ils se retrouvent alors devant un juge aux affaires familiales pour régler leur séparation – dont l’origine n’est qu’un problème d’exercice conjoint de l’autorité parentale.

Disons-le sans détour : cette notion d’exercice conjoint de l’autorité parentale constitue l’une des plus vastes fumisteries perpétrées par le législateur français – qui n’est pas avare en la matière. Il suffit d’ailleurs de relire les débats parlementaires ayant précédé le vote de la loi du 4 juin 1970 pour saisir que personne n’était dupe. La meilleure preuve en est que cet exercice conjoint disparaissait dès la séparation du couple parental. En réalité, le seul objectif de cette réforme était de faire disparaître la puissance paternelle, et à travers elle d’attenter à l’existence même des pères.

« Les hommes sont des individus de pouvoir soutenus par l’environnement social. Les femmes, elles, conservent leur puissance intrinsèque, notamment à travers les liens forts qu’elles entretiennent avec leurs enfants.

« Cette dialectique pouvoir/puissance est fondamentale. Il est fondamental que les hommes ne soient pas démunis de leur pouvoir. Et tout aussi fondamental que les femmes ne soient pas démunies de leur puissance. Les deux sont nécessaires au développement de tout être humain. […]

« Dans nos sociétés occidentales, il se produit un déséquilibre entre pouvoir et puissance. Entre limite et non limite. Sous prétexte d’introduire de la démocratie dans la cellule familiale, on a retiré au père tout soutien social. Dans le code de la famille, ces prérogatives paternelles ont été rognées les unes après les autres.

« On a supprimé en 1972 [sic] la dernière qui lui restait : celle qui le laissait être chef pour la résidence de la famille. On ne fait plus la différence entre les parents. La co-parentalité est un leurre ! C’est, au sens le plus étroit du terme, une homoparentalité. »

Rappelons également que cette suppression de la puissance paternelle n’a pas suscité beaucoup d’opposition. Non seulement dans les deux assemblées parlementaires, Assemblée nationale et Sénat, très majoritairement constituées d’hommes, mais aussi dans la société civile. C’est-à-dire que la majeure partie de la population masculine, la majeure partie des pères, s’est laissé déposséder de son pouvoir sans rien dire, sans rien faire. C’est intéressant, et même assez extraordinaire. Ces hommes se sont en fait laissé émasculer – il n’y a pas d’autres termes que celui-ci.

« Il faut admettre en toute justice que l’homme a été dépouillé de sa paternité. […] Tout semble montrer pourtant, dans notre société régie par des hommes, que cette privation n’alla pas sans complaisance chez ceux qui étaient victimes. »

Il convient tout de même de préciser que cette complaisance ne fut pas totale. Nous avons évoqué dans l’introduction de ce propos l’existence de quelques associations de pères divorcés ou séparés, qui ont effectivement tenté de s’opposer à l’entreprise de « dépaternisation » présentée ci-dessus. Force est de reconnaître que leur action n’a pas rencontré le succès escompté. Pour conclure ce petit travail de réflexion, nous allons rapidement exposer les principales raisons qui nous paraissent pouvoir expliquer leur échec.

Un contexte social défavorable

Comme nous l’avons rappelé plus haut, l’émergence de l’État moderne a provoqué la désagrégation progressive des corps intermédiaires et, conséquemment, l’isolement croissant des personnes – ce qu’on appelle communément la montée de l’individualisme. En d’autres termes, le « Diviser pour régner » tend de plus en plus à l’emporter sur « L’union fait la force ». Trois faits majeurs suffiront à illustrer ce phénomène.

  1. Observée depuis longtemps, la faible représentativité des partis politiques a encore été confirmée lors des élections du printemps 2017. La surestimation du nombre d’adhérents revendiqué par chaque formation et le processus d’adhésion gratuite mis en œuvre par La République en marche ! ne permettent pas de la quantifier avec précision, mais le principe même de la démocratie représentative en est affecté. Quelles que soient les causes de cette désaffection, il en résulte la disparition d’une certaine forme de militantisme : à l’engagement dans l’action collective sur le long terme au sein d’organisations visant à des réformes structurelles se sont substitués « des engagements ponctuels, flexibles, distanciés, dans des communautés plus ouvertes, pour défendre des causes d’un moment [15] », ou, pour le dire d’une façon moins policée, les réactions spasmodiques aux flux d’actualités des réseaux sociaux.
  2. La faible représentativité des syndicats est aussi connue, et avec plus de précision. Le taux de syndicalisation en France n’a cessé de décroître depuis l’après-guerre : environ 30 % de syndiqués dans les années 50, environ 20 % pendant les Trente Glorieuses, on ne comptait plus que 11 % de salariés français (rapportés à environ 29 millions d’actifs) adhérant à une organisation syndicale en 2013, ce qui place la France en queue du classement européen – la moyenne européenne est de 23 %, le plus fort taux est de 74 % en Finlande [16]. Mutatis mutandis, cette érosion suscite des problèmes assez similaires à ceux évoqués au point précédent, et le « dialogue social » en est fortement biaisé – comme l’atteste l’actualité récente, le président de la République semble d’ailleurs parfaitement maîtriser l’art du dialogue avec des ectoplasmes.
  3. Plus grave encore est la très faible représentativité de l’Union nationale des associations familiales, l’institution chargée de défendre, promouvoir et représenter auprès des pouvoirs publics les intérêts des 18 millions de familles vivant sur le territoire français. Adopté le 23 juin dernier lors de son assemblée générale, son rapport d’activité 2017 fait état de seulement 612 390 familles adhérentes, soit à peu près 3,4 % de l’ensemble des familles de France – en réalité moins, eu égard à la surévaluation du nombre de familles adhérentes, contestée à plusieurs reprises par la Cour des comptes [17].

Dans ce contexte général, il n’y a guère lieu de s’attendre à ce que les associations de pères divorcés ou séparés fassent meilleure figure. La plus connue, SOS PAPA, n’a jamais réussi à rassembler plus de mille adhérents dans l’ensemble de ses différentes composantes, soit un effectif totalement dérisoire au regard du nombre effarant de séparations parentales (estimé à environ 175 000 chaque année, concernant près de 200 000 enfants). Il est dès lors évident que les revendications exprimées par ce qu’il faut bien appeler un groupuscule ont fort peu de chances d’être entendues et prises au sérieux…

Des adhérents, mais pas de militants

… Surtout lorsque ledit groupuscule compte essentiellement des adhérents consommateurs que personne n’a encore réussi à transformer en acteurs. Il s’agit là d’un problème de fond auquel toutes les associations de pères divorcés ou séparés ont été confrontées : déjà fragilisés dans leur légitimité paternelle par les tropismes du matriarcat ambiant, la plupart des pères qui font appel à ces associations viennent uniquement y chercher de l’aide pour tenter de résoudre leurs difficultés personnelles. La relation qui s’établit alors est du type client-fournisseur, au point que certains responsables associatifs ont d’ailleurs fait de la détresse des pères un fonds de commerce assez lucratif – l’activité d’une association comme SOS PAPA, par exemple, consiste principalement à faire du courtage en avocats. Surtout, la démarche de ces pères est radicalement différente de celle qui mène vers les trois entités évoquées précédemment : partis politiques, syndicats et associations familiales reçoivent en effet des adhésions de conviction, en tout cas pour l’essentiel – syndicats et associations familiales proposent également des prestations de service, mais on peut considérer que le taux d’adhésion afférent est relativement marginal. En tout état de cause, l’adhésion de conviction conduit plus naturellement au militantisme que l’adhésion de consommation.

Par ailleurs, comme nous l’avons déjà relevé, les pères divorcés ou séparés ne se distinguent en rien des autres : avant même d’être confrontés à des problèmes de couples, la plupart sont déjà des pères fragiles. La manifestation la plus visible en est leur faible implication dans la vie de leurs enfants, qui se traduit ensuite dans les demandes adressées au système judiciaire. La critique est récurrente : s’il y a peu de résidences alternées et de résidences principales chez les pères, c’est tout simplement parce que ceux-ci ne les réclament pas et se satisfont d’un « droit de visite et d’hébergement ».

« Une majorité de pères ne revendiquent pas la résidence principale ou en alternance, par principe, pour des raisons pragmatiques de plus grande disponibilité de la mère, ou par autocensure. »

Boisson (Marine), Wisnia-Weill (Vanessa), « Désunion et paternité », La note d’analyse (Centre d’analyse stratégique), nº 294, 16 octobre 2012, p. 4.

La situation présente, pour inégalitaire qu’elle apparaisse, résulterait donc de l’accord des parents et non d’une discrimination systémique. Les motifs allégués (principe, pragmatisme, autocensure) mériteraient certes une analyse critique ; il faut toutefois reconnaître que l’argument a un poids réel, et qu’il pose effectivement le problème d’une paternité mal assumée chez de nombreux hommes. Dès lors, on ne peut guère s’attendre à trouver chez ces derniers la motivation suffisante pour défendre la cause paternelle.

Pas de réflexion globale, ni même de réflexion tout court…

Enfin, comme nous l’évoquions dans l’introduction de ce propos, l’action des associations de pères divorcés ou séparés est circonscrite à une situation de détresse très spécifique. Trop spécifique même. Le sujet de la paternité ne se réduit pas aux problèmes engendrés par un divorce ou une séparation, et, paradoxalement, nombre de ces associations se sont en fait donné un objet beaucoup plus vaste. Ainsi lit-on à l’article 2 des statuts de l’association SOS PAPA qu’icelle a pour objet :

  • la défense du droit des enfants à être aimés et éduqués par leurs deux parents,
  • la préservation du rôle essentiel de chacun des parents dans la famille,
  • la préservation du rôle fondamental de la famille dans la société moderne,
  • l’assistance aux parents et aux enfants en difficulté, ou séparés de façon abusive,
  • la sauvegarde et la défense des liens juridiques et affectifs parent-enfant,
  • la surveillance et l’exigence du respect des engagements internationaux pris par la France en matière de Droits de l’Homme et de l’Enfant,
  • le combat contre le racisme et l’assistance aux victimes de discrimination fondée sur leur origine nationale, ethnique, raciale ou religieuse,
  • la lutte contre les violences sexuelles ou contre les violences exercées sur un membre de la famille,
  • la défense et l’assistance à l’enfance martyrisée,
  • le combat contre les discriminations fondées sur le sexe, sur la situation de famille ou sur les mœurs,
  • la lutte contre l’exclusion sociale ou culturelle des personnes en raison de leur situation de famille.

Nous laissons à d’autres le soin d’expliquer comment cette association a fini par faire de la résidence alternée son unique cheval de bataille. Quoi qu’il en soit, le fait est que, dans l’ensemble, les associations de pères divorcés ou séparés ne semblent pas avoir compris que l’éviction des pères par le système judiciaire n’était qu’une conséquence d’un problème de fond, la crise globale de la paternité, et qu’il convenait de s’attaquer à ses causes. De façon générale [18], le mouvement des pères divorcés ou séparés n’a pas su engager de réflexion d’envergure sur ce sujet et s’est enlisé dans la vaine recherche de solutions législatives propres à résoudre d’apparents dysfonctionnements judiciaires. Alors que la législation française va peut-être prochainement entériner le fait que des enfants puissent être privés de père par des couples de femmes ou des femmes seules ayant recours à la procréation médicalement assistée, ce mouvement est totalement absent du débat ouvert sur le sujet. De ce fait, il est à craindre que la vision du docteur Pierre Simon ne corresponde un jour à une sinistre réalité :

« Ce n’est pas la mère seule, c’est la collectivité toute entière qui porte l’enfant en son sein. C’est elle qui décide s’il doit être engendré, s’il doit vivre ou mourir, quel est son rôle et son devenir. […]

« Avec l’insémination artificielle, la procréation va se dérouler sans acte sexuel. […] La sexualité sera dissociée de la procréation et la procréation de la paternité. C’est tout le concept de famille qui est en train de basculer ici : le père n’est plus le géniteur mais celui qui élève l’enfant. […] D’un côté, le couple affectif et sexuel – la femme procréatrice, l’homme non géniteur –, de l’autre, la société médiatisée par le médecin, qui rapproche la demande d’enfant d’une disponibilité de semence anonyme, contrôlée et gouvernée par la “banque du sperme”. C’est en un sens la société tout entière qui féconde le couple. »

Notes
  1. Castelain-Meunier (Christine), La paternité, Paris, Presses universitaire de France, collection « Que sais-je ? » (nº 3229), 1997.
  2. Mangin (Marc), Au nom des pères. De leur disparition à une société déshumanisée, Paris, Presses de la Cité, 2017.
  3. Guillot (Patrick), Misogynie, misandrie, il y a deux sexismes, Montrouge, Éditions De Varly, 2018.
  4. Nous employons ici « pouvoir » comme synonyme de « puissance », comme on l’entend dans le langage courant. À très strictement parler, le pouvoir est ce par quoi s’exerce ou se manifeste la puissance.
  5. Aucune femme en 1938, par la force des choses (les femmes n’étant encore ni électrices ni éligibles) ; l’Assemblée nationale comptait 8 femmes pour 482 sièges en 1965 (IIe législature de la Ve République), tandis que le Sénat en comptait 5 pour 274.
  6. Décret du 3 juin 1932, publié au Journal officiel de la République française, nº 130, 4 juin 1932, p. 6115.
  7. « Considero la riforma Gentile come la più fascista fra tutte quelle approvate dal mio Governo. » [Circolare ai prefetti delle città sedi universitarie del 6 dicembre 1923, in : Edoardo e Duilio Susmel (a cura di), Opera omnia di Benito Mussolini, vol. XX, Dal viaggio negli Abruzzi al delitto Matteotti (23 agosto 1923 – 13 giugno 1924), Firenze, La Fenice, 1956, p. 366.]
  8. Pour approfondir : Muller (Pierre-Eugène), « De l’instruction publique à l’éducation nationale », Mots, nº 61, décembre 1999, pp. 149-156.
  9. Cf. Yvert-Jalu (Hélène), « L’histoire du divorce en Russie soviétique. Ses rapports avec la politique familiale et les réalités sociales », Population, nº 1, janvier 1981. pp. 41-61.
  10. Schmidt (Vera), Psychoanalytische Erziehung in Sowjetrussland. Bericht über das Kinderheim-Laboratorium in Moskau, Leipzig–Wien–Zürich, Internationaler Psychoanalytischer Verlag, 1924. Cf. Neyrand (Gérard), L’enfant, la mère et la question du père. Un bilan critique de l’évolution des savoirs sur la petite enfance, Paris, Presses universitaires de France, collection « Éducation et formation », 2000, pp. 87-90.
  11. Cf. Platon, La République, V, 457c-d : Τὰς γυναῖκας ταύτας τῶν ἀνδρῶν τούτων πάντων πάσας εἶναι κοινάς, ἰδίᾳ δὲ μηδενὶ μηδεμίαν συνοικεῖν· καὶ τοὺς παῖδας αὖ κοινούς, καὶ μήτε γονέα ἔκγονον εἰδέναι τὸν αὑτοῦ μήτε παῖδα γονέα. [Les femmes de nos guerriers seront toutes communes à tous : aucune d’elles n’habitera en particulier avec aucun d’eux ; de même les enfants seront communs, et ni les parents ne connaîtront leurs enfants ni ceux-ci leurs parents.]
  12. Émission Ce soir (ou jamais !) sur France 2, 5 avril 2013.
  13. Dernier exemple en date : la loi nº 2018-266 du 13 avril 2018 visant à simplifier et mieux encadrer le régime d’ouverture et de contrôle des établissements privés hors contrat (Journal officiel de la République française, nº 87, 14 avril 2018, texte nº 1).
  14. Arendt (Hannah), La crise de la culture. Huit exercices de pensée politique, traduit de l’anglais, Paris, Gallimard, collection « Folio/Essais », 1972 (édition 1996), pp. 121-185.
  15. Yves Sintomer, in : Joignot (Frédéric), « Fin de partis », Le Monde Idées, nº 22486, 29 avril 2017, p. 3.
  16. Source : Pignoni (Maria Teresa), « La syndicalisation en France. Des salariés deux fois plus syndiqués dans la fonction publique », Dares Analyses, nº 25, 12 mai 2016.
  17. Voir notamment le référé de Didier Migaud, Premier président de la Cour des comptes, adressé le 5 janvier 2017 à Michel Sapin, ministre de l’économie et des finances, et Laurence Rossignol, ministre des familles, de l’enfance et des droits des femmes.
  18. Citons néanmoins quelques exceptions pour modérer la sévérité de notre constat : Michel Thizon, le fondateur de SOS PAPA, avait su prendre la mesure de l’étendue du problème ; avant lui, André Pérot, co-fondateur du mouvement de la Condition masculine, avait produit une réflexion intéressante dans Le pouvoir féminin (Paris, La Table ronde, 1978) ; Philippe Veysset, philosophe et fondateur de l’association Défense des enfants séparés d’un de leurs parents, de même dans Le défi des pères séparés. Si papa m’était conté (Paris, L’Harmattan, collection « Sexualité humaine », 1997) ; enfin, le philosophe Jean-Marc Ghitti, ancien délégué auvergnat de l’association SOS PAPA, a exposé une réflexion globale très remarquable dans de nombreux articles et quatre ouvrages : La séparation des familles (Paris, Éditions du Cerf, collection « Recherches morales », 2003), L’État et les liens familiaux. Mécanismes de la domination (Paris, Éditions du Cerf, collection « Recherches morales », 2004), Pour une éthique parentale. Essai sur la coparentalité contemporaine (Paris, Éditions du Cerf, collection « Recherches morales », 2005), Appel à une réforme de la justice familiale (Paris, Éditions du Cerf, collection « Recherches morales », 2010).

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