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Question sur l’accès des femmes aux métiers du numérique

Journal officiel de la République française, édition « Débats parlementaires – Sénat », nº 43 S (Q), 1er novembre 2018

Laborde (Françoise), Question écrite nº 5659 à la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation sur l’accès des femmes aux métiers du numérique [Journal officiel de la République française, édition « Débats parlementaires – Sénat », nº 24 S (Q), 14 juin 2018, p. 2923].

Françoise Laborde (© D.R.)

Françoise Laborde (© D.R.)

Mme Françoise Laborde attire l’attention de Mme la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation sur la problématique du faible taux de femmes exerçant dans le secteur du numérique.

Dans un monde qui se transforme, par de nouveaux usages, de nouvelles technologies, de nouvelles innovations qui émergent très rapidement, le numérique est partout. Ce phénomène est l’occasion de repenser notre société. Porteur de valeurs et de progrès, ce secteur stratégique doit être inclusif. Or, aujourd’hui les femmes en sont exclues : seulement 9 % de femmes dirigent des start-up et 11 % de femmes exercent dans la cybersécurité, par exemple.

Il est impératif d’encourager les femmes à s’approprier les compétences numériques et favoriser ainsi leur montée en expertise, contribuant à anticiper les évolutions de ces métiers sur le marché du travail. Cette démarche volontariste doit être engagée pour relever les défis futurs sans laisser de côté une partie de la population. Ainsi, elle demande comment ses services, en partenariat avec ceux du ministère de l’éducation nationale, entendent assurer cette inclusion indispensable des femmes dans le secteur du numérique.


Réponse du Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation publiée dans le Journal officiel de la République française, édition « Débats parlementaires – Sénat », nº 43 S (Q), 1er novembre 2018, pp. 5599-5600.

Frédérique Vidal (© Université Nice Sophia Antipolis)

Frédérique Vidal (© Université Nice Sophia Antipolis)

Les ministères de l’éducation nationale, et de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, comme le secrétariat d’État au numérique, sont pleinement engagés sur la question de la place des femmes dans le secteur du numérique. La situation actuelle n’est en effet pas satisfaisante, un seul constat : seulement 33 % des salariés dans les métiers du numérique sont des femmes et parmi elles 75 % sont en fait sur des fonctions supports (ressources humaines, marketing, administration, communication) et très peu sont sur des fonctions techniques. Cette situation a des conséquences sur le plan sociétal mais aussi économique. Des conséquences sociétales car il est dommageable que la société numérique, dont les impacts sur notre quotidien sont croissants, soit pensée et développée sans les femmes, et promouvoir la mixité dans la conception et le développement de nouveaux services numériques, c’est, de fait, s’assurer de mieux répondre aux besoins et aux usages de toute la population. Des conséquences économiques, dans la mesure où l’ensemble des secteurs d’activité éprouve de plus en plus de difficultés à recruter en nombre suffisant, mais aussi en qualité, les talents nécessaires pour mener les transformations numériques indispensables à leur compétitivité. Selon France Stratégie et la Dares, entre 170 000 et 212 000 postes seront à pourvoir dans le numérique en France en 2022. Le Président de la République a déclaré l’égalité entre les femmes et les hommes « grande cause nationale » du quinquennat, et l’École compte parmi ses missions fondamentales celle de faire acquérir le respect de l’égalité entre femmes et hommes. À cette fin, elle veille à favoriser, à tous les niveaux, la mixité et l’égalité, notamment en matière d’orientation. Les filles réussissent mieux que les garçons avec notamment un taux de réussite au baccalauréat plus élevé mais s’orientent davantage vers l’enseignement général et technologique que vers l’enseignement professionnel (et très rarement dans les sections industrielles) et elles délaissent plus facilement les filières scientifiques et techniques. La féminisation des études scientifiques a donc progressé mais dans leur grande majorité les femmes se tournent vers la médecine ou l’agronomie plutôt que vers le numérique. Les différences d’orientation entre filles et garçons ont des conséquences sur leur insertion dans l’emploi. Filles et garçons continuent à se conformer à ce qui est présenté comme leur domaine respectif de compétence dans les schémas socioprofessionnels fortement stéréotypés, aussi l’objectif du Gouvernement est de rééquilibrer les filières. L’action du ministère de l’éducation nationale et du ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation en matière de promotion de la mixité et de l’égalité professionnelle s’inscrit à la fois dans les objectifs de la plateforme d’actions pour la mixité des métiers et dans ceux du premier plan interministériel en faveur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes (2016-2020). La coopération avec le monde professionnel et le partenariat avec les associations a été renforcée : cinquante-deux accords-cadres et conventions engagent le partenaire à participer à des actions corrigeant toutes les formes de discrimination dans la représentation sociale des métiers, notamment celles liées au sexe, et encouragent le développement de l’esprit d’initiative et du goût d’entreprendre, notamment pour les femmes. Ces coopérations peuvent prendre plusieurs formes : valorisation de modèles de réussite dans des parcours atypiques ; accompagnement par des actions de tutorat et de marrainage ; rencontres et témoignages de professionnelles, salariées et entrepreneures ; développement des expériences en milieu professionnel ouvertes aux jeunes filles (stages, périodes de formation en milieu professionnel, apprentissage). Le ministère de l’éducation nationale comme le ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation sont eux-mêmes engagés dans un projet de labellisation « égalité diversité » s’agissant de sa [sic] propre politique de ressources humaines. Le projet a été engagé suite aux décisions du comité interministériel « égalité et citoyenneté » du 6 mars 2015, qui a invité l’ensemble des ministères à candidater à ce ou ces labels délivrés par l’AFNOR. Par ailleurs le Gouvernement s’est engagé et soutient les actions de la fondation Femmes@Numérique, une initiative portée par l’AFMD, la CGE, le Cigref, Talents du numérique, Social Builder, Syntec Numérique, soutenue par un collectif de plus d’une trentaine d’associations. La mobilisation Femmes@Numérique ambitionne avant tout de communiquer des messages percutants et de mener des actions adaptées pour attirer les jeunes filles et les femmes vers cette discipline qui révolutionne nos vies. Cette fondation porte un certain nombre d’actions : rendre visibles et valoriser les femmes dans le numérique ; rassembler des personnalités féminines qui vivent avec passion leur métier dans le numérique et les faire intervenir, en tant que points de référence, au plus près des jeunes filles et des femmes, dans les médias, les écoles et les événements pour les encourager à s’approprier les compétences numériques, et leur permettre de se projeter dans les métiers du numérique et les conquérir ; favoriser la mixité dans les métiers du numérique ; rassembler dans un livre blanc les bonnes pratiques existantes dans de nombreuses entreprises et organisations concernant l’intégration des femmes dans les métiers du numérique pour aider les entreprises à évoluer en interne et les accompagner dans la démarche d’intégration, du recrutement à la reconversion ; sensibiliser les filles aux métiers du numérique ; intervenir au plus près des jeunes filles dans les écoles pour démystifier le numérique et au travers d’ateliers collaboratifs et de kits pédagogiques, leur donner l’appétence et le désir de découvrir et de s’orienter vers les métiers du numérique. En Europe, le processus de Lisbonne s’est fixé un objectif : l’excellence scientifique et technologique. Augmenter la part des femmes dans ces métiers est un des moyens d’y parvenir. La mixité dans le secteur numérique est donc un enjeu prioritaire d’actualité. Un métier est mixte lorsque la part des emplois occupés par les hommes ou les femmes représente entre 40 et 60 % de chaque sexe. Le chemin est donc encore long, mais le Gouvernement entend poursuivre et accéléré l’effort.


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