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Protection de l’enfance : l’Utah libère enfants et parents

Utah

L’Utah a adopté aujourd’hui une proposition de loi (S.B. 65) qui redéfinit la notion de neglect (« négligence ») dans la loi de l’État afin que les enfants puissent mener et participer à des activités non surveillées par leurs parents, sans que ces derniers soient inculpés de maltraitance ou de négligence. Les parents pourront ainsi désormais laisser leurs enfants aller seuls à l’école, attendre seuls dans une voiture, faire seuls des courses ou jouer seuls dehors. La loi stipule que l’enfant doit être suffisamment mature pour gérer cette liberté, mais sans préciser d’âge.

En adoptant ce texte, les législateurs de l’Utah ont voulu réagir à la politique abusive de protection de l’enfance menée dans d’autres États, où des enfants sont parfois retirés à leurs parents après de curieuses enquêtes des services sociaux. Au Maryland, par exemple, où les enfants de moins de quatorze ans ne peuvent être laissés sans surveillance, un couple avait vécu cette mésaventure en 2015 après avoir autorisé ses enfants de six et dix ans à rentrer seuls d’un parc.

Nonobstant le fait que l’Utah soit un État très particulier, comme nous l’exposerons plus bas, ce texte – premier du genre aux États-Unis – est le bienvenu dans une société hyper-protectrice au point d’empêcher les enfants d’explorer et d’interroger le monde, voire même simplement d’y jouer, et ainsi d’acquérir progressivement l’autonomie qui leur permettra de devenir adultes. Ce processus requiert évidemment que les parents puissent librement enseigner le sens des responsabilités à leurs enfants, ce qui devrait leur être accordé dès lors qu’on veut bien admettre que, d’une façon générale, les parents aiment et connaissent leurs enfants mieux que quiconque…

Free-Range KidsPrincipal promoteur de la proposition de loi, le sénateur Lincoln Fillmore a reçu le plein soutien de Lenore Skenazy, la très médiatique présidente de Let Grow et auteure de Free-Range Kids, dans lequel elle explique comment elle a permis à son fils de neuf ans de prendre seul le métro à New York.

Les législateurs de l’Arkansas avaient examiné une proposition de loi similaire l’année dernière mais l’avaient finalement rejetée. Au niveau fédéral, le sénateur Mike Lee, de l’Utah, avait également déposé un amendement à un projet de loi fédérale sur l’éducation en 2015 visant à ce que les parents puissent autoriser leurs enfants à se rendre seuls à l’école sans être pour autant accusés de négligence.

Il n’est en fait guère surprenant que cette loi ait pu être adoptée sans difficulté dans l’Utah, où la religion joue un rôle très important dans la vie des citoyens. Les mormons, notamment, représentent plus de la moitié de la population – le siège mondial de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours se trouve d’ailleurs à Salt Lake City, capitale de l’État. Or les mormons se méfient notoirement des autorités extérieures, étatiques ou locales, toujours suspectées de vouloir s’immiscer indûment dans leur vie privée. En l’espèce, un mormon normalement constitué ne peut que dénier toute capacité à des bureaucrates pour déterminer la marge de liberté qui peut être laissée à des enfants.

Par ailleurs, les mormons ont un sens communautaire très développé, qui se traduit par un haut degré de confiance mutuelle. Un sondage de l’institut Gallup publié à l’automne 2009 avait ainsi montré que « Utah and South Dakota residents are the most likely to express trust in their neighbors, with 85% in these states saying they would expect a neighbor who found a lost wallet or purse containing $200 to return it. » Dans un tel contexte, les parents peuvent aisément faire confiance à autrui pour veiller sur leurs enfants dans un parc ou sur le chemin de l’école.

Enfin, la structure familiale des mormons explique également la faveur dont a pu bénéficier la nouvelle législation. Ils se marient plus tôt que les autres américains, ont donc aussi des enfants plus tôt, et fondent souvent des familles nombreuses. Ces facteurs génèrent une approche parentale particulière : des parents jeunes ont moins tendance à être surprotecteurs que des parents plus âgés, et des parents d’enfants nombreux délèguent plus souvent le soin des plus jeunes aux aînés – ce qui contribue à développer les capacités et la confiance des uns et des autres.

Adoptée à l’unanimité des deux chambres de la législature de l’État et signée aujourd’hui par le gouverneur Gary Herbert, la nouvelle loi entrera en vigueur le 8 mai prochain.


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