Courrier d’Hélène Conway-Mouret au président de la République sur le sort des enfants franco-japonais

Japon

M. Emmanuel Macron
Président de la République
55 rue du Faubourg Saint-Honoré
75008 Paris

Paris, le 16 juillet 2021

Monsieur le Président de la République,

À l’approche de votre déplacement à Tokyo, les 23 et 24 juillet prochains, je me permets d’attirer votre attention sur le sort de Vincent Fichot et, plus généralement, sur celui des enfants franco-japonais privés de leur parent français à la suite d’un enlèvement commis par leur parent japonais.

Hélène Conway-Mouret (© D.R.)

Hélène Conway-Mouret (© D.R.)

Vincent Fichot a entamé une grève de la faim le 10 juillet devant le stade des Jeux Olympiques de Tokyo et souhaite la poursuivre jusqu’à ce qu’il ait à nouveau le droit de voir ses deux enfants, enlevés par son épouse le 10 août 2018 avec la complicité de la justice japonaise. Après avoir multiplié en vain les recours au Japon et après avoir été menacé par la police d’être arrêté pour tentative d’enlèvement d’enfants s’il cherchait à revoir ses enfants, Monsieur Fichot a estimé qu’il n’avait plus d’autre choix que de recourir à cet acte radical de désespoir qu’est la grève de la faim, répétant à plusieurs reprises qu’il ne quitterait les lieux « qu’avec […] ses enfants dans les bras ou entre quatre planches ».

Vous aviez vous-même rencontré Monsieur Fichot le 26 juin 2019, avec trois autres pères français confrontés à cette même situation dramatique, et vous aviez alors déclaré avoir conscience de leurs difficultés et de leur souffrance, tout en affirmant que la France était à leurs côtés et qu’elle continuerait à mener le combat pour leur permettre de revoir leurs enfants.

Malheureusement, deux ans plus tard, en dépit des efforts menés par le personnel de l’ambassade de France à Tokyo et par les conseillers consulaires, qui se mobilisent activement pour faire évoluer la situation, force est de constater que rien n’a changé. Grâce à l’aide du conseiller des Français du Japon, François Roussel, j’ai pu parler lundi 12 juillet avec Monsieur Fichot, qui m’a confirmé sa volonté d’aller jusqu’au bout.

En 2018, 26 ambassadeurs européens en poste au Japon ont interpelé le Premier ministre Shinzō Abe à ce sujet, et vous en avez fait de même en 2019, jugeant « ces drames inacceptables » ; en 2019, le Conseil des droits de l’Homme des Nations-Unies a été saisi de plusieurs plaintes de pères français contre le Japon pour violation des droits de l’enfant ; le 8 juillet 2020, le Parlement européen a adopté une résolution condamnant les enlèvements d’enfants au Japon et « la réticence des autorités nippones à se conformer au droit international ». Mais ces pressions internationales n’ont pas suffi.

Or, comme l’a rappelé le tribunal administratif de Paris dans une ordonnance récente en date du 9 avril 2019, l’État a un « devoir général de protection de ses ressortissants sur le territoire français, mais également hors de ses frontières ». Il est donc urgent que la France se mobilise pour aider les ressortissants français séparés de leurs enfants au Japon et pour faire prévaloir le droit international, dont la promotion constitue un axe fort de la diplomatie française.

Aussi, je souhaite, Monsieur le Président, que vous puissiez réitérer auprès des autorités japonaises les vives inquiétudes de la France à ce sujet et en appeler à des réformes juridiques pour lutter contre les enlèvements d’enfants par leurs parents, pratique qui ne concerne pas uniquement les couples binationaux mais également les couples japonais (dans la très grande majorité des cas). Si le Japon persistait dans l’inaction, la France pourrait envisager de saisir la Cour internationale de justice, peut-être seule à même de lui faire respecter ses obligations internationales, notamment l’article 9-3 de la Convention internationale des droits de l’enfant (ratifiée par les autorités japonaises en 1994), qui garantit le droit des enfants à garder un contact direct avec chacun de leurs deux parents.

En vous remerciant pour l’attention que vous porterez à la présente lettre, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération.

Hélène Conway-Mouret


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