Revue de presse du 21 février 2022

Revue de presse









Rapport sur les causes d’infertilitéL’infertilité demeure un sujet mal connu, peu débattu et trop souvent ignoré. Trop douloureux et trop intime, il met mal à l’aise les décideurs publics et les familles. Trop souvent reléguée au second plan, la question de l’infertilité n’avait encore jamais fait l’objet d’une approche systématique de politique publique, alors qu’elle toucherait directement 3,3 millions de Français – un chiffre qui va croissant – et que la fréquence de l’infertilité féminine et masculine n’a cessé d’augmenter de façon particulièrement inquiétante – notamment au cours des vingt dernières années. Le ministère des Solidarités et de la Santé a enfin lancé aujourd’hui la première étape d’une stratégie nationale de lutte contre l’infertilité, prévue par la loi nº 2021-1017 du 2 août 2021 relative à la bioéthique.

C’est dans ce contexte que le groupe de travail sur l’infertilité mis en place en octobre dernier a présenté son rapport. Les auteurs – le professeur Samir Hamamah (responsable du département de biologie de la reproduction du centre hospitalier universitaire de Montpellier) et Salomé Berlioux (« représentante de la société civile ») – ont tenté de répondre à la lettre de mission du ministre de la Santé, Olivier Véran, et du secrétaire d’État chargé de l’Enfance et des Familles, Adrien Taquet, qui les invitait à réaliser un état des lieux des causes de l’infertilité, lesquelles doivent être parfaitement comprises et identifiées pour pouvoir être efficacement combattues. Le groupe était également invité à recommander des actions et priorités pour lutter contre ces causes, en abordant notamment les déterminants environnementaux, génétiques et physiopathologiques, ainsi que le diagnostic de l’infertilité.

Le rapport passe en revue les causes d’infertilité, insistant sur celles d’origine environnementales et l’exposition aux perturbateurs endocriniens qui affectent la fertilité des femmes et des hommes, avec une possible transmission à leur descendance. Les incidences sont particulièrement marquées sur la fertilité masculine : la concentration de spermatozoïdes dans le sperme a diminué de plus de 50 % chez les hommes occidentaux en moins de quarante ans (1973-2011). D’autres expositions sont aussi en cause (cannabis, chaleur, pollution, substances reprotoxiques, tabac, etc.), ainsi que les modes de vie (obésité, sédentarité, troubles de l’alimentation). Il est également essentiel de repérer les causes médicales, souvent inexpliquées ou mal identifiées.

La cause majeure de la hausse de l’infertilité est cependant due au recul de l’âge de la maternité, comme dans tous les pays industrialisés : on observe un recours plus important aux traitements de l’infertilité – « progressant de + 24 % en dix ans » (p. 24) – chez les femmes de trente-quatre ans et plus. Cette cause dépasse clairement les situations individuelles et revêt une dimension politique et sociale. Plusieurs facteurs sociaux sont en effet impliqués dans le recul de l’âge de la maternité : allongement de la durée des études, conciliation travail et vie familiale, diffusion de l’avortement et de la contraception, progression de l’emploi féminin, question du choix (environnement, métier, partenaire), stabilité affective et professionnelle sont autant d’éléments mis en lumière par les auteurs.

« Les femmes attendent de trouver celui, parfois celle [sic], avec qui concevoir un enfant, et doivent également attendre que leur compagnon soit prêt à s’engager. » (p. 27)

L’attitude parfois dissuasive du conjoint, de l’employeur et de l’entourage joue également, tout comme la présence de politiques familiales plus ou moins favorables : « la société considère que la maternité n’est pas compatible avec un emploi au moins dans les premières années de l’enfant » (p. 29). Tous ces éléments retardent la décision de procréer, augmentant les risques d’infertilité liés à l’âge et repoussant la découverte d’une possible infertilité. Il n’est pas inintéressant de remarquer que ces mêmes éléments se retrouvent dans les situations de nombreuses grossesses dites « imprévues » qui se terminent par des avortements : le plus fort taux d’avortement est le fait de jeunes femmes entre vingt-cinq et vingt-neuf ans.

Plus de 3,3 millions de Français seraient touchés par l’infertilité, ce qui conduit un couple sur quatre à recourir à l’assistance médicale à la procréation. Mais icelle n’est pas une baguette magique : il y a environ 20 % de réussite, et donc 80 % d’échec. Cette situation est d’autant plus critique que les auteurs constatent que « le public accorde une confiance excessive à l’AMP pour contrebalancer les effets adverses de l’âge » alors que « bon nombre de couples demeureront sans enfant au terme de ce long parcours de soins » (p. 27). Dénonçant « le stéréotype trompeur d’une grossesse possible à tout âge, grâce au recours à l’AMP » (p. 58), ils insistent sur la nécessité d’informer le public des limites de son efficacité, diminuant à mesure que l’âge avance.

Les auteurs du rapport présentent plusieurs « pistes concrètes » (p. 7) pour combattre l’infertilité. Ils recommandent notamment d’informer davantage le public, en particulier les jeunes, sur les causes de l’infertilité pour mieux anticiper ses conséquences. Une information régulière « sur la physiologie de la reproduction, le déclin de la fertilité avec l’âge, les limites de l’AMP et les facteurs de risques d’infertilité » (p. 7) est préconisée, à partir du collège et tout au long de la vie active, à hauteur d’une heure et demie de cours par an au collège, au lycée et à l’université. De telles mesures avaient d’ailleurs été recommandées par le Comité consultatif national d’éthique durant les débats autour de la révision de la loi de bioéthique.

Constatant que « les actions de prévention de l’infertilité sont aujourd’hui quasi inexistantes en France » (p. 19), les auteurs du rapport insistent donc sur la prévention, notamment vis-à-vis de certains comportements à risque – comme la consommation d’alcool, de café ou de tabac – qui peuvent altérer la fertilité. Ils proposent ainsi de mettre en place « des consultations ciblées », « avec une première consultation médicale prolongée à destination des adolescents » (p. 8), ainsi qu’une consultation préconceptionnelle remboursée pour les couples d’adultes qui souhaitent avoir leur premier enfant. Ils préconisent également des politiques publiques permettant d’avoir des enfants quand on est jeune sans culpabilisation :

« Il apparaît donc urgent d’instaurer, à l’instar des pays d’Europe du Nord, une société qui facilite la vie des jeunes parents, en développant des politiques publiques garantes d’un équilibre familial et professionnel, de manière à permettre aux femmes et aux hommes d’avoir des enfants lorsque la fécondité féminine est optimale : garde d’enfants accessible, employeurs bienveillants, aides pour les couples et femmes jeunes qui veulent avoir des enfants et une carrière professionnelle, garantie du maintien de la progression de carrière et du salaire en cas de maternité, implication des partenaires masculins. » (pp. 29-30)

Les auteurs du rapport précisent également qu’« une politique de prévention efficace permettra d’éviter une saturation des centres d’AMP » (p. 20) due à l’accroissement des demandes faisant suite aux nouvelles dispositions de la loi nº 2021-1017 du 2 août 2021 relative à la bioéthique – droit à l’autoconservation des gamètes et élargissement de l’accès à la procréation médicalement assistée avec tiers donneur aux couples de femmes et aux femmes seules.

Outre la prévention par l’information, les auteurs du rapport préconisent de mieux diagnostiquer et identifier les causes de l’infertilité, de mettre en place une stratégie nationale de recherche coordonnée et globale, et de renforcer la formation des professionnels de santé. Plusieurs recommandations sont développées sur la recherche scientifique, avec des thèmes prioritaires : « l’amélioration des connaissances scientifiques sur la physiopathologie de l’infertilité, la qualité embryonnaire et la qualité des gamètes, les échecs d’implantation et la réceptivité endométriale, la mesure de l’infertilité, ses déterminants environnementaux, la compréhension de ses mécanismes génétiques » (p. 85). Rien n’est cependant proposé sur les recherches de traitements qui permettraient de redonner leur autonomie procréative aux couples et de soigner réellement l’infertilité. Les auteurs du rapport recommandent également la création d’un Institut national de la fertilité pour mieux coordonner les actions des différents ministères concernés.




Francesco Arcuri vs Juana Rivas

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