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Les dérives féministes nuisent au féminisme et à la démocratie !

Jean Gabard (© D.R.)

Peut-on défendre les droits des femmes en ne respectant pas les Droits de l’Homme ?

Dans mes deux essais, Le féminisme et ses dérives – Rendre un père à l’enfant-roi et Materner ou éduquer – Refonder l’école, je critique à la fois l’idéologie de la société patriarcale et une idéologie féministe égalitariste devenue aujourd’hui l’idéologie dominante. Alors qu’il y a encore tant à faire pour que l’égalité en droits soit respectée, ma position n’est pas facile à défendre. Je la justifie cependant avec des arguments et s’il n’est pas toujours possible d’apporter des preuves, notamment quand il s’agit d’étudier l’inconscient de l’humain, il y a une certaine logique dans les propos que j’avance. Il n’en est pas toujours de même dans ceux de certains de mes détracteurs : non seulement ils ne peuvent pas apporter de preuves de ce qu’ils appellent l’ineptie de mes propos, mais il existe des preuves que le postulat fondant leur égalitarisme, qu’ils prennent, eux, pour une théorie scientifique, est totalement faux. Toujours est-il qu’ils continuent de me qualifier de « masculiniste » et de réactionnaire, sans jamais le justifier. Très souvent ils n’ont pas lu mes écrits et se contentent de répéter ce que d’autres ont dit avant eux en se basant sur l’impression que peut laisser le titre de mon premier essai : Le féminisme et ses dérives (comme si le féminisme était la seule vision du monde à ne pas connaître de dérives). C’est ainsi que la plupart des critiques portent sur des propos que l’on me prête mais que je n’ai jamais tenus ni dans mes écrits ni dans mes conférences ni dans des interviews à la radio ou à la télévision.

Les dix commandements contre la violence à l’écoleJe ne dirai rien des personnes peu informées sur les questions que je traite. Elles se contentent souvent de répéter les jugements qu’elles entendent et qui semblent confirmer leurs préjugés. Si celles-ci cèdent à la facilité, d’autres, des militants et même des universitaires, passionnés par le sujet, devraient être en recherche et capables de livrer des informations éclairantes. Certains, pourtant, persuadés de détenir « La Vérité », classent obligatoirement toute personne n’étant pas 100 % d’accord avec leur idéologie, dans le camp du mal : celui des sexistes et des réactionnaires. Ceci leur donne bonne conscience de ne pas se poser de questions et d’interpréter mon propos en lui faisant dire ce qui leur convient pour justifier leur condamnation. Parmi les plus connus, Éric Debarbieux [1], chercheur médiatique, spécialiste des violences, président de l’Observatoire international de la violence à l’école, président du conseil scientifique des États généraux de la sécurité à l’école. À la page 77 du livre Les dix commandements contre la violence à l’école, Éric Debarbieux écrit :

« Après son brûlot intitulé Le féminisme et ses dérives – De l’homme dominant à l’homme contesté (2006), voici ce qu’écrit encore Jean Gabard pour dénoncer les effets de l’idéologie gynocentriste et sexiste que nous subissons :

« Enseignant ayant suivi une formation en psychogénèse, je peux constater chaque jour le malaise de nombreux enfants. C’est pourquoi, j’ai voulu comprendre comment la “révolution libertaire et féministe”, à laquelle j’ai participé, a pu aboutir, trente ans plus tard, à une telle crise de l’autorité et de la transmission, à une telle perte de repères… En se radicalisant, une vision du monde “féministe” a cependant tendance à devenir, chez des hommes et des femmes, une idéologie qui dérive… J’ai essayé de dévoiler ces dérives, en cherchant leurs origines et en montrant les conséquences de celles-ci dans notre vie de tous les jours et particulièrement dans l’éducation des enfants. […] Le thème de mes conférences interpelle et incite au débat. Dans un premier temps, j’étudie, en m’appuyant sur l’histoire de notre civilisation, la réaction légitime du “féminisme” contre l’idéologie de la société patriarcale traditionnelle et les bouleversements intervenus dans la famille. J’analyse ensuite les raisons pour lesquelles il est de plus en plus difficile de faire intégrer les limites, ce qui permet de réfléchir à la place que doivent prendre les pères et les mères afin que les enfants acquièrent les re-pères indispensables pour vivre en société, pour apprendre à l´école… pour devenir des adultes responsables. »

Éric Debarbieux fait-il preuve de bonnes qualités d’observateur ou se contente-il de suivre la « bien-pensance » en jugeant ainsi l’essai mentionné ? S’il avait lu son contenu au lieu de l’imaginer, il n’aurait pas fait la confusion entre « homme » et « mâle », et ensuite entre « homme » et « père » dans le sous-titre. En effet l’essai ne s’appelle pas Le féminisme et ses dérives – De l’homme dominant à l’homme contesté mais Le féminisme et ses dérives – du mâle dominant au père contesté ! Et les mots « mâle » et « père » ont ici un sens important ! S’il avait pris la peine de regarder la couverture avec attention, il n’aurait pas fait une maladresse aussi grossière ! Si, de plus, il avait lu la quatrième partie « Changer de direction sans retour en arrière », et notamment le chapitre 4 « La fonction de mère et la fonction de père », il aurait constaté que des points de vue différents du sien sur la montée de la violence pouvaient être argumentés et pas forcément réactionnaires…

Mais Éric Debarbieux préfère qualifier de « brûlot » un livre qu’il n’a sans doute pas lu ni même vu ! Il se contente de citer quelques extraits d’une présentation de mes conférences (le seul texte d’une page qu’il semble connaître et qui ne dit rien sur la violence à l’école !) et, sans aller plus loin, se permet de dire que l’analyse des personnes dont je ferais partie est une « réponse simple » d’une « idéologie commune et pseudo-savante [2] ».

Nous ne pouvons donc qu’espérer qu’Éric Debarbieux, qui prétend parler au nom de la science, n’ait pas « observé » les violences à l’école aussi rapidement et avec autant d’a priori qu’il étudie le travail d’auteurs qui n’ont pas la même opinion que lui…

Violence envers les femmes. Enjeux politiques, scientifiques et institutionnelsMais ce n’est pas le seul. Si Éric Debarbieux interprète des propos qui n’ont aucun rapport avec le sujet et qui ne font en rien polémique, il cite au moins un texte que j’ai écrit moi-même. Ce n’est pas le cas de Jean-Raphaël Bourge [3], doctorant en science politique à l’université Paris 8, qui écrit dans Violence envers les femmes. Enjeux politiques, scientifiques et institutionnels [4], à la page 70 :

Violence envers les femmes. Enjeux politiques, scientifiques et institutionnels

Ici les propos peuvent être contestables, mais ce ne sont pas les miens [5] ! Jean-Raphaël Bourge, qui n’a pas lu mon livre ou qui n’a pas trouvé d’arguments pour justifier l’étiquette de « masculiniste » qu’il m’accole, ne fait pas qu’interpréter mes idées ; mieux, il les imagine. Il dit citer mon livre alors qu’il invente ce qu’il me fait dire. Nulle part ne se trouvent de telles phrases, ni même des propos semblables à la page 67 et aux pages 117 à 119 de Le féminisme et ses dérives – Du mâle dominant au père contesté, ou même ailleurs. Il s’agit ici [6] ni plus ni moins de citations créées de toute pièce par Jean-Raphaël Bourge (un universitaire prétendant lutter contre les interprétations fantaisistes et « l’imposture intellectuelle [7] »), qui servent à me discréditer.

Une personne dont des écrits sont malhonnêtes et diffamatoires peut-elle encore prétendre faire de la recherche et dans tous les cas peut-elle être crédible lorsqu’elle s’exprime ? En voulant, à n’importe quel prix, défendre le féminisme, ne nuit-elle pas à l’ensemble des féministes ? Peut-on, en effet, défendre les droits des femmes en ne respectant pas les Droits de l’Homme ?

Notes
  1. Éric Debarbieux a été choisi par le ministre de l’éducation nationale, Luc Chatel, pour présider le conseil scientifique des États généraux de la sécurité à l’école. Enseignant en sciences de l’éducation à l’université Bordeaux II, il est également directeur de l’Observatoire international de la violence à l’école.
  2. Debarbieux (Éric), Les dix commandements contre la violence à l’école, Paris, Odile Jacob, 2008, p. 78 : « La recherche scientifique ne peut apporter de réponse simple, car les causes en sont plus complexes que ne le laisse entendre l’idéologie commune ou pseudo-savante. ».
  3. Jean-Raphaël Bourge, Doctorant en science politique à l’université Paris 8 (Laboratoire Théories du politique – LabTop Université Paris 8). Spécialiste notamment des questions de genre et sexualités.
  4. Collectif, Violence envers les femmes. Enjeux politiques, scientifiques et institutionnels. Actes du colloque 26 février 2013, Paris, Centre Hubertine Auclert, 2013.
  5. Je ne suis plus professeur d’histoire et géographie depuis 2010 !
  6. Jean-Raphaël Bourge a participé le 26 février 2013 à la journée d’étude et d’échange « Violence envers les femmes – Enjeux scientifiques, politiques et institutionnels » organisée par Le Relais de Sénart, l’Iris, la Fédération nationale solidarité femmes et le Centre Hubertine Auclert. Son intervention s’intitule « Masculinisme et relativisation des violences faites aux femmes : détournement et instrumentalisation des recherches féministes ».
  7. À propos des lectures féministes faites par les « masculinistes » (dont je ferais partie), Jean-Raphaël Bourge écrit : « force est de constater que cette interprétation est au mieux fantaisiste et, au pire, relève de l’imposture intellectuelle » (« SOS Papa et autres masculinistes : l’antiféminisme comme raison d’être », L’OBS Le Plus, 25 février 2013).

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