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La différence des sexes ! Comment ? Pourquoi ?

Jean Gabard (© D.R.)

Quelle que soit la période de l’histoire à laquelle il appartienne, l’homme a besoin de dénier l’image de la femme idéale qui s’est gravée au plus profond de son être depuis sa venue au monde.

Le ventre de la génitrice est pour tout enfant l’univers avec lequel il se confond, un milieu en apesanteur où tous ses besoins sont satisfaits sans avoir à faire d’efforts, sans même avoir à demander. Après « la chute du paradis » qu’est la naissance et dont l’humain garde la culpabilité, le bébé reste encore dans la fusion-confusion avec sa maman, « dans une situation de dyade, un état mental communautaire [1] ». Dans ces premiers jours de la vie où se forme la psyché et la vision du monde, l’enfant (garçon ou fille) vit une première expérience d’amour inoubliable avec sa maman. Il se complaît dans cette « fusion » et c’est en la perdant qu’il réalise combien elle était source de plaisir. La moindre distance lui apparaît extrêmement douloureuse et lui fait réaliser sa dépendance. Il se rend compte combien cette personne est indispensable pour lui et il la ressent formidablement et effroyablement toute-puissante. Alors qu’il découvre la dualité et le monde, l’univers qu’il a quitté lui apparaît a posteriori paradisiaque. Pour lui, seule une divinité a pu lui apporter ce « paradis ». L’enfant garde dans son inconscient cette image de la déesse créatrice omnipotente qui ne peut avoir mis au monde qu’un dieu tout-puissant. Il se refuse, même en grandissant, à en faire le deuil et reste dans la nostalgie : « Cette première phase, remarque Gérard Mendel, est ineffaçable chez l’homme adulte [2]. » Cette image, qui se retrouve dans de nombreux mythes (Gaïa engendre seule Ouranos, la Vierge Marie…) est une vision fantasmée de la mère que l’humain reporte sur toutes les femmes capables d’enfanter. Ainsi, tout au long de sa vie, il voit dans toute femme qu’il rencontre, non pas une femme telle qu’elle est, mais « La femme » de ses fantasmes. Lacan, voulant rappeler à l’humain que sa vision des femmes est déformée, disait en provoquant : « La femme n’existe pas .»

L’image de la femme suscite à la fois fascination et terreur, attirance et rejet. Ces réactions ambivalentes évoluent différemment chez le petit garçon et la petite fille, à partir du moment où, dans la relation triangulaire avec la maman et l’homme présent, ils vont entendre la différence des sexes avant de la percevoir (lorsque les parents parlent du garçon et du papa, ils disent « il », alors que lorsqu’ils parlent de la maman et de la fille, ils disent « elle »).

La petite fille s’aperçoit, en face de la maman qu’elle considère comme une déesse, qu’elle n’est pas elle-même cette déesse. Cependant, elle réalise qu’elle appartient au même sexe et qu’elle va devenir capable d’accomplir à son tour le miracle de la « création ». Elle croit qu’elle possède en elle cette toute-puissance qui ne demande qu’à s’affirmer avec l’âge. En voyant le regard émerveillé de l’homme se poser sur elle et en mettant au monde un enfant, elle obtiendra la confirmation qu’elle est bien « La femme ». Pour Aldo Naouri, « la mère, enveloppe initiale de la vie qui a poussé en elle, ne cessera pas, en effet, tout au long de la vie de son enfant, d’être perçue par lui comme telle et surtout de se croire elle-même vouée à n’être, de quantité de façons, rien d’autre que cela [3] ».

Pour le garçon, la situation est tout autre. Il réalise qu’il n’est pas comme sa maman et qu’il ne pourra jamais le devenir. Il va devoir renoncer au modèle auquel il s’est identifié dès le début dans la fusion-confusion. Il se voit contraint « d’encaisser » un terrible interdit : renoncer à la toute-puissance qui l’envoûte. Il est ainsi très tôt, avant d’en avoir conscience, jeté dans la loi. C’est pour lui une castration psychique qu’il ne peut endurer qu’en la refoulant. Elle est aussi brutale que l’a été l’intervention du chromosome Y pour ne pas donner une gonade femelle, aussi violente que l’action de la testostérone pour en faire un mâle : le bébé mâle n’est pas conçu homme, il le devient et c’est un arrachement.

La découverte de la différence des sexes entraîne une structuration différente du psychisme chez le petit garçon et chez la petite fille. Pour pouvoir supporter la castration, le garçon l’ignore : il veut croire qu’il n’a aucune raison de souffrir de cet interdit en essayant de se persuader qu’il n’a jamais souhaité être comme sa maman. Alors qu’il est toujours fasciné par « La femme », il cherche à se prouver qu’il ne l’est pas, en déniant la valeur de celle-ci. Il insiste au contraire sur les bienfaits d’être un garçon. Concrètement, le petit garçon exhibe avec fierté son « zizi » et profère avec virulence que « toutes les filles sont nulles ». Ce refoulement est vital pour lui : il lui permet de pouvoir regarder ailleurs d’autres modèles masculins et ainsi de pouvoir se construire différemment de sa maman. Il reste nécessaire tout le temps de sa construction d’homme et perdure jusqu’à ce qu’il arrive à assumer sa non toute-puissance.

Notes
  1. Dumas (Didier), Sans père et sans parole. La place du père dans l’équilibre de l’enfant, Paris, Hachettes Littératures, 1999.
  2. Mendel (Gérard), Apprendre à vivre avec l’incertitude, Paris, Robert Laffont, collection « Réponses », 1979.
  3. Naouri (Aldo), Le couple et l’enfant, Paris, Odile Jacob, 1995.

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