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La féminisation des métiers de la justice (suite)

Syndicat de la magistrature

Le Syndicat de la magistrature a été auditionné aujourd’hui par l’Inspection générale de la Justice dans le cadre de la mission sur la féminisation des métiers de la justice (voir notre article du 8 mars dernier).

De la part de magistrats considérant que les justiciables ne sont que des cons, on ne pouvait guère attendre de réflexions très pertinentes sur le sujet. Nous reconnaissons néanmoins que la critique des « origines socioprofessionnelles des magistrats, autrement plus éloignées en général de celles des justiciables » est juste, quoique dépourvue de propositions de réforme susceptibles de donner à la magistrature « une composition la plus proche possible de celle de la population au service de laquelle [elle] œuvre, et ce notamment pour assurer son impartialité au moins subjective ». Nous laissons à nos lecteurs le soin d’interpréter comme ils l’entendent cette notion d’« impartialité au moins subjective »…

Pour le Syndicat de la magistrature, une des raisons expliquant la féminisation des métiers de la justice serait la faiblesse de la rémunération des magistrats, qui détournerait les hommes de ces carrières : « à nombre d’années d’études équivalent, d’autres professions plus rémunératrices, sont accessibles ». Ainsi la profession d’avocat, dont le statut social serait en outre plus attractif :

« Les avocats continuent, dans les représentations qui sont couramment véhiculées, à apparaître comme “célèbres, autonomes et riches” tandis que l’image des magistrats se serait rapprochée de celle de fonctionnaires, moins valorisée. »

Il semble que rien n’ait changé depuis le constat fait par Honoré de Balzac dans Splendeurs et misères des courtisanes :

« Aujourd’hui le magistrat, payé comme un fonctionnaire, pauvre pour la plupart du temps, a troqué sa dignité d’autrefois contre une morgue qui semble intolérable à tous les égaux qu’on lui a faits ; car la morgue est une dignité qui n’a pas de points d’appui. »

En effet, l’argument ne vaut rien puisque, comme il a encore été démontré récemment (voir notre revue de presse du 2 février dernier), la profession d’avocat est aussi majoritairement féminisée. Il en va de même pour le jugement de valeur selon lequel le métier de magistrat, « métier de pouvoir et d’autorité à l’origine, [serait] désormais identifié aussi comme un métier du care ». Cette perception est peut-être celle des membres du Syndicat de la magistrature, mais certainement pas celle des pères de famille confrontés à des juges aux affaires familiales qui les « dépaternisent » en quelques secondes… C’est bien au juge aux affaires familiales que peut aujourd’hui s’appliquer ce que notre cher Balzac disait autrefois du juge d’instruction :

« Aucune puissance humaine, ni le roi, ni le garde des sceaux, ni le premier ministre ne peuvent empiéter sur le pouvoir d’un juge d’instruction, rien ne l’arrête, rien ne lui commande. C’est un souverain soumis uniquement à sa conscience et à la loi. »

Dès lors, le seul intérêt de la démarche entreprise à l’initiative de Jean-Jacques Urvoas ne résiderait-il pas dans l’interrogation soulevée par les « juges rouges » ?

« Le Syndicat de la magistrature estime qu’il convient de s’interroger sur la pertinence de la question elle-même : est-ce véritablement un problème que les magistrats soient majoritairement de sexe féminin ? Et a-t-on considéré que c’en était un quand, pendant des années, les hommes représentaient 80 % des effectifs de magistrats ? Quelle est dès lors la légitimité du sujet qui nous est soumis ? Une des hypothèses émises pour répondre à cette interrogation est le caractère insupportable de la féminisation de l’image de l’autorité à laquelle les juges renvoient. »


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