p@ternet

Réseau paternel

L’affaire de Cestas (suite)

Ce matin, le thermomètre indique 11 degrés. Sous zéro.

Peu après 15 heures, Francis Fourquet et son père déploient devant la porte de la ferme, accrochée à deux arbres, une grande banderole blanche portant une inscription peinte en lettres rouges. À la jumelle, on peut lire : « ENFANTS TRÈS AFFAMÉS. AVERTIR SERVICES SOCIAUX ».

Enfants très affamés

© D.R.

Devinant des journalistes dans les buissons, Francis Fourquet crie : « Journalistes, du pain ! »

Le commandant François Cardeilhac va déposer, à pied, une bouteille de lait et des biscuits à l’entrée du chemin qui conduit au « fort Fourquet ». Francis Fourquet va chercher ce ravitaillement.

À 17 h 30, une éducatrice spécialisée se présente pour récupérer les enfants et les conduire à une institution d’Andernos-les-Bains. André Fourquet refuse de la recevoir.

Autour des assiégés, l’ambiance est à la kermesse d’hiver. Gendarmes et journalistes tapent la semelle en se chauffant les mains à un brasero. Un chasseur armé d’une carabine, qui voulait « régler son compte à ce forcené », est arrêté, ainsi qu’un autre qui, au contraire, voulait lui prêter main-forte.

Le bruit court que Chantal Fourquet aurait voulu rejoindre sa sœur et son frère. L’entrée du Sayet est interdite à la famille d’André Fourquet.


Par ailleurs, on apprend par la presse qu’Alain Delon et Francine Canovas, désormais ex-Nathalie Delon, sont divorcés. Hier 14 février, jour de la Saint-Valentin, la première chambre du tribunal civil de Paris a conclu aux torts réciproques des deux époux et a confié la garde du jeune Anthony, quatre ans, à sa mère. Alain Delon devra verser à cette dernière une pension alimentaire de 10.000 F (soit un million pour ceux qui comptent encore en anciens francs) par mois [1].

L’entente entre les époux aura été de brève durée. Mariés le 13 août 1964 à La Ville-aux-Clercs (Loir-et-Cher), la procédure de divorce a été engagée le 24 août 1967.

Alain Delon avait également quatre ans lorsque ses propres parents ont divorcé en 1939. Il avait alors été confié à une famille d’accueil.

Alain Delon dans “Le Samouraï”

En pleine affaire Markovic, il ne semble pas que le Samouraï ait l’intention de jouer un rôle dans le drame où André Fourquet occupe pour l’instant le premier rôle…

 

Revue de presse – France

Logo France Inter 1967

Quinze sujets sont traités au journal radiophonique de 20 h 00 sur France Inter, présenté par Henri Pajaud. L’affaire de Cestas est redescendue à la onzième place. Un résumé de la journée est fait par Gérard Berliet, correspondant local.


France Soir, 15 février 1969, p. 1À la une de France Soir, un appel dans la sous-tribune latérale gauche indique simplement que « le forcené de Cestas n’a plus rien à donner à manger à ses enfants ».


Le Monde, nº 7495, 16 février 1969, p. 1Le Monde (nº 7495, daté des 16-17 février 1969) publie un article intitulé « André Fourquet restait encore sourd à tous les appels ».


La Nouvelle République du Centre-Ouest, nº 7425, 15 février 1969, p. 1Illustrée par une photographie de Micheline Berton, l’ex-femme d’André Fourquet, la une de La Nouvelle République du Centre-Ouest (nº 7425) persifle : « Fourquet marchande sa reddition et fait l’intéressant ».


Le Parisien Libéré, nº 7609, 15 février 1969, p. 1En tête de la une du Parisien libéré (nº 7609), un encadré résume la journée d’hier en trois phrases.

« Cestas : Après le médecin, le bâtonnier et le procureur de Bordeaux essaient de sauver les enfants

« “Rendez-vous avec eux” disent les gendarmes à André Fourquet

« “Pas avant d’avoir tué ma femme !” »


La République des Pyrénées, nº 7451, 15 février 1969, p. 1L’affaire occupe la tribune à la une de La République des Pyrénées (nº 7451), illustrée des photographies d’André Fourquet et de ses enfants.

« À Cestas, le forcené est maître des événements

« En dépit de l’“ultime appel” lancé par le Procureur de la République

« Il a décidé de renvoyer à aujourd’hui sa décision »


Sud-Ouest, nº 7612, 15 février 1969, p. 1À la une du grand quotidien régional Sud-Ouest (nº 7612), l’affaire occupe la sous-tribune centrale. À la page 18, un article de Jacques Sylvain donne une relation détaillée de la journée d’hier. On y lit également une nouvelle interview de Micheline Berton, l’ex-épouse d’André Fourquet, qui déclare notamment que sa fille Aline, « un garçon manqué », « était volontaire pour subir un siège ». Le nouveau « fiancé » de Micheline Berton affirme même : « Elle m’a volé ma cartouchière pour la porter à son père. » Sud-Ouest ne nous en autorise malheureusement pas la reproduction ici…

« CESTAS

« Le siège continue

« À toutes les interventions Fourquet a encore répondu : “Je réfléchirai” »

 

Revue de presse – Allemagne

Darmstadt

The Stars and Stripes, vol. 27, nº 301, 15 février 1969, p. 1The Stars and Stripes (vol. 27, nº 301), quotidien des forces armées des États-Unis à l’étranger, dont l’édition européenne est publiée à Darmstadt, reproduit une dépêche de l’agence United Press International en bas de la page 2.

The Stars and Stripes, vol. 27, nº 301, 15 février 1969, p. 2

 

Revue de presse – Suisse

Genève

Journal de Genève, nº 38, 15/02/1969, p. 1Le Journal de Genève (nº 38), quotidien édité à Genève, chef-lieu du canton éponyme et deuxième ville la plus peuplée de Suisse, publie une brève en page 24.

Journal de Genève, nº 38, 15/02/1969, p. 24

Quoique sans rapport direct avec l’affaire qui nous occupe, une dépêche de l’Agence télégraphique suisse publiée à la même page relate un « drame conjugal » meurtrier aux Bayards :

Journal de Genève, nº 38, 15/02/1969, p. 24


Neuchâtel

Feuille d’avis de Neuchâtel, nº 38, 15 février 1969, p. 1À la une de la Feuille d’avis de Neuchâtel (nº 38), quotidien suisse de langue française édité à Neuchâtel, chef-lieu du canton éponyme, la tribune est occupée par une compilation de dépêches de l’Agence télégraphique suisse et de l’Agence France-Presse, illustrée par les photographies de Micheline Berton, l’ex-femme d’André Fourquet, et de leurs deux filles.

On peut difficilement ignorer l’appel jouxtant la tribune : « Drame conjugal aux Bayards : deux morts ». Nous avions déjà relevé plus haut la substance de l’information dans le Journal de Genève, mais l’affaire est ici traitée d’une façon plus complète. Dans une petite commune du canton de Neuchâtel, un homme a abattu sa femme de trois coups de revolver avant de se pendre. En Suisse, comme chacun sait, on a l’habitude de prendre son temps. La mort elle-même considère qu’il n’y a pas le feu au lac. C’est sans doute ce qui explique ce détail piquant relevé dans le corps de l’article (p. 6) : « Joseph Brahier […] s’était tiré une balle dans la tête et pendu. L’arme gisait sous l’arbre. » Obstination suicidaire ou witz journalistique ?


Sion

Nouvelliste et Feuille d’avis du Valais, nº 38, 15 février 1969, p. 1Le Nouvelliste et Feuille d’avis du Valais (nº 38), quotidien régional francophone édité à Sion, dans le canton du Valais, ne publie qu’une brève dépêche d’agence en dernière page (32).

Nouvelliste et Feuille d’avis du Valais, nº 38, 15 février 1969, p. 32


Zurich

Die Tat, nº 39, 15/02/1969, p. 1Die Tat (nº 39), quotidien suisse de langue allemande édité à Zurich, capitale du canton éponyme, publie un long article de son correspondant parisien à la page 30, illustré d’une photographie de la ferme du Sayet.

Traduction P@ternet

[Légende photographique] « La maison assiégée d’André Fourquet

« L’action d’un fou tient la France en haleine

« Rapport téléphonique de notre correspondant à Paris

« Depuis douze jours, à Cestas, un petit village près de Bordeaux, la maison d’André Fourquet, âgé de trente-neuf ans, est devenue une forteresse assiégée. Des centaines de policiers armés jusqu’aux dents, avec des mitrailleuses et des véhicules blindés, ont formé un cordon infranchissable autour de la ferme d’où des coups de feu, tirés à intervalles réguliers, ont déjà tué un policier et blessé un autre. Personne n’ose prendre d’assaut la maison car André Fourquet s’est barricadé à l’intérieur avec deux de ses enfants et menace de tirer sur quiconque l’approcherait.

« Il réclame avec insistance que sa femme, qui a fui il y a deux ans parce qu’elle ne pouvait plus supporter la vie solitaire à Cestas, lui soit renvoyée, afin qu’il puisse la tuer.

« Si sa volonté n’est pas satisfaite, il se vengera sur ses enfants Aline (treize ans) et Francis (dix ans) qu’il a pris en otages avec lui. Mais comme il les aime, on espère parvenir à convaincre le dément, ou au moins à l’assiéger dans sa forteresse jusqu’à ce que la fatigue (il se tient à la fenêtre jour et nuit avec son fusil dans les mains) ou la faim le fassent céder. Pour le moment, cette perspective ne semble pas d’actualité, bien que les provisions soient épuisées, et le commandant de la police Cardeilhac, protégé par un gilet pare-balles, apporte chaque jour quelques bouteilles de lait à la porte de la maison. Même deux médecins, qu’André Fourquet avait laissés entrer pour soigner les enfants, n’ont pu l’amener à la raison. Il veut avoir sa victime.

« Jusqu’à il y a deux ans, les Fourquet étaient une famille heureuse avec trois enfants. Mais quand la femme a quitté son mari et a pris les enfants avec elle, l’homme est devenu un excentrique grincheux, qui a déjà été condamné en 1967 à six mois de prison pour violence, parce qu’il avait pris ses enfants et ne voulait pas les rendre. Là-dessus, sa femme a divorcé, mais un droit de visite pour ses enfants lui a été accordé. C’est ainsi qu’il a pu prendre Aline et Francis le 1er février et téléphoner ensuite à la police pour avertir de son projet dément.

« De telles folies se sont multipliées ces derniers temps d’une façon alarmante. “Ce sont les réflexes de personnes qui ne parviennent pas à maîtriser leurs émotions extrêmes – que ce soit la haine ou l’amour”, a expliqué un psychologue parisien. “Dans leur solitude, ils s’enlisent de plus en plus dans l’idée que le monde entier conspire contre eux, et ils peuvent maintenant s’appuyer sur la force de l’idée de « justice ». Comme ils ne sont plus capables de pensée logique et rationnelle, le risque est de fait assez grand qu’une vie humaine n’ait plus d’importance pour eux, et qu’ils mettent à exécution leur menace de tirer sur leurs victimes.”

« Concernant la cause de la fréquence de ce réflexe, le psychologue ajoute : “L’isolement des personnes dans notre monde matérialiste et de prospérité extérieure contribue à ce que la haine de la société qui les ont placées dans cette situation se transforme en un sentiment de complet désespoir. Elles ne voient plus alors que la seule possibilité d’une révolte finale, jetant leur propre vie et celle des innocents dans la balance d’un combat pour la justice de Michael Kohlhaas. Dans cette situation, un homme peut utiliser toutes les occasions qui lui sont alors offertes, qu’il poursuive des objectifs politiques par un détournement d’avion, ou un mouvement passionnel dans une bataille de siège comme le drame de Cestas.” »

 

Revue de presse – États-Unis

Indianapolis

The Indianapolis Star, vol. 66, nº 255, 15 février 1969, p. 1The Indianapolis Star (vol. 66, nº 255), quotidien édité à Indianapolis, capitale de l’Indiana, publie une longue dépêche de l’agence Associated Press en page 46.

The Indianapolis Star, vol. 66, nº 255, 15 février 1969, p. 46

 

Revue de presse – Brésil

Rio de Janeiro

Diário de Notícias, nº 14182, 15 février 1969, p. 1Le Diário de Notícias (nº 14182), quotidien brésilien édité à Rio de Janeiro, publie une dépêche de l’agence italienne Agenzia Nazionale Stampa Associata en page 10.

Diário de Notícias, nº 14182, 15 février 1969, p. 10

Traduction P@ternet

« Le retranché a assassiné un police et résiste

« Bordeaux, 14 – Dans l’espoir de persuader André Fourquet de se rendre après avoir assassiné un gendarme et s’être retranché dans une maison de campagne, la police locale a décidé d’arrêter le tir, craignant de provoquer la mort d’innocents. À bord d’un “Half Track”, un fonctionnaire armé d’un haut-parleur a essayé de rouvrir le dialogue avec le criminel, mais cela n’a pas pris. L’officier, tout en essayant de dialoguer, a dit : “Nous ne vous voulons aucun mal. Tout ce que vous pouvez faire est de vous rendre, en faisant signe avec un drapeau blanc.” À ces mots, André a répondu : “Je ne vais pas le faire. Si vous voulez entrer, j’espère que…” Ignorant le montant des provisions que le forcené peut avoir stocké dans la maison avant de se retrancher, la police attend patiemment. Tout au long de la journée, on n’a entendu aucun tir ou signe de vie d’André depuis ce bref échange avec l’agent. »

 

Revue de presse – Australie

Canberra

The Canberra Times, vol. 43, nº 12236, 15 février 1969, p. 1The Canberra Times (vol. 43, nº 12236), quotidien de Canberra, capitale de l’Australie, publie une compilation de dépêches des agences Australian Associated Press et Reuters en page 7.

The Canberra Times, vol. 43, nº 12236, 15 février 1969, p. 7


Sydney

The Sydney Morning Herald, nº 40925, 15 février 1969, p. 1The Sydney Morning Herald (nº 40925), très important quotidien australien édité à Sydney, publie à peu près la même compilation de dépêches des agences Australian Associated Press et Reuters en page 3.

The Sydney Morning Herald, nº 40925, 15 février 1969, p. 3

 

Notes

  1. Rappelons que le S.M.I.G. était de 617,29 F par mois pour 45 heures de travail hebdomadaire au 1er décembre 1968 et que le salaire moyen mensuel était de 1100 F en 1968.

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