Communiqué de presse de l’Union nationale des associations familiales

La réforme du complément de libre choix du mode de garde emploi direct du 1er septembre 2025 devait faire 43 % de perdants [1]. Pour l’Union nationale des associations familiales, c’était déjà beaucoup trop ! En fait, le rapport 2025 de l’Observatoire national de la petite enfance en identifie 55 % [2]. C’est pourquoi pour évaluer concrètement cette réforme, l’Union nationale des associations familiales a lancé un appel à témoignages auprès des parents. Les 1 792 retours recueillis permettent de mieux identifier les familles perdantes, de mesurer les conséquences de ces pertes et ainsi de dénoncer les effets de cette réforme, à corriger impérativement.
Six mois après la réforme du complément de libre choix du mode de garde : des objectifs non atteints
La réforme du complément de libre choix du mode de garde, qui aide les parents à financer le recours à une assistante maternelle, affichait pour objectif de : (i) « soutenir financièrement » les familles ayant des « besoins d’accueil importants ou des revenus modestes », (ii) rapprocher les coûts de l’accueil individuel de ceux de l’accueil collectif. Six mois après la réforme, à la lecture du rapport 2025 de l’Observatoire national de la petite enfance et de sa propre enquête auprès des parents, l’Union nationale des associations familiales démontre que ces objectifs ne sont pas atteints.
Les chiffres inquiétants du rapport 2025 de l’Observatoire national de la petite enfance
- Cette réforme fait une minorité de gagnants réels, et beaucoup trop de perdants, pour des montants parfois supérieurs à 150 € par mois. Les chiffres sont clairs, pour plus de la moitié des familles, faire garder son enfant par une assistante maternelle coûte plus cher qu’avant la réforme :
- 39 % des bénéficiaires actuels ont vu leur aide réduite et subi une perte immédiate.
- 16 % des bénéficiaires actuels voient leur aide réduite, et compensée par une aide transitoire (pour cet enfant mais pas pour le ou les suivants).
- La réforme devait soutenir les familles à « revenus modestes » : or, la grande majorité de ces perdants appartient aux classes moyennes ou modestes [3] et inclut beaucoup de familles monoparentales.
- La réforme devait aider les familles ayant des « besoins d’accueil importants » : or, elle crée des perdants pour toutes les durées d’accueil. Par exemple, parmi les familles qui font beaucoup garder leur enfant (entre 125 et 150 heures par mois), 43 % sont perdantes. Et elles sont encore 30 % de perdantes quand elles recourent entre 150 à 175 heures.
- Par ailleurs, certains parents perdent totalement le bénéfice du complément de libre choix du mode de garde emploi-direct, dispositif jusqu’alors universel.
Qui sont les parents qui subissent une hausse de leur reste à charge ?
L’Union nationale des associations familiales a voulu aller plus loin et interroger les parents sur les effets concrets de cette augmentation de leur dépense d’accueil du jeune enfant… Sur les 1 792 parents ayant répondu à l’enquête de l’Union nationale des associations familiales, 63 % sont perdants avec la réforme. Il s’agit principalement :
- Des couples biactifs faisant garder leur enfant à temps plein, principalement issus de la classe moyenne
« Le changement représente une baisse du complément de libre choix du mode de garde de plus de 1 200 € par an. […] Nous avons tous les deux des postes prenants. Heureusement que c’est notre dernière année. Depuis la naissance du bébé, nous avons déjà fortement limité le poste vacances, cela a maintenant un impact sur le poste alimentaire. »
- Des parents qui ne recourent pas à un temps plein d’accueil de leur enfant
« Mon mari prend des postes (personnel hospitalier) pour ne pas avoir trop d’heures de nourrices. Et nous avons 150 € de plus à débourser par mois avec le nouveau calcul au 1er septembre pour un équivalent mi-temps ! Nous n’avons pas le choix que de garder le contrat jusqu’à la scolarité de notre deuxième enfant. Nous travaillons énormément et prenons des horaires décalés (nuit, week-end, fériés) pour qu’ils ne manquent de rien […]. »
- Des couples qui travaillent et qui perdent totalement le bénéfice du complément de libre choix du mode de garde
« Nous ne bénéficions plus du complément de libre choix du mode de garde du fait de nos revenus jugés trop importants alors que nous vivons en Île-de-France et que les prix notamment de l’immobilier sont extrêmement chers donc il devient compliqué pour nous de payer une nounou 900 €/mois sans aucune aide. Je réfléchis à arrêter de travailler si mes parents ne peuvent pas m’aider à garder mon fils. »
Les parents témoignent d’un impact négatif sur leur emploi qui peut décourager leur activité professionnelle
- 12 % des parents nous indique avoir diminué le nombre d’heure d’accueil de leur enfant du fait de la baisse de leur complément de libre choix du mode de garde, et 30 % envisagent de le faire.
« Lorsque j’avais prévu le mode de garde par assistante maternelle, j’avais fait les simulations et il devait me rester 100 € de ma poche, ce qui était acceptable […]. Désormais, je dois payer quasiment 300 € par mois… C’est très difficile de boucler les fins de mois. […] Je ne sais pas si je vais pouvoir continuer à faire garder mon bébé. »
« Je n’ai pas encore diminué le nombre d’heure du contrat mais je réfléchis à diminuer mon temps de travail pour pouvoir la garder une journée de plus dans la semaine. Je suis infirmière et ce n’est déjà pas simple de trouver avec nos horaires atypiques, mais le reste à charge devient trop conséquent pour nous. »
- 35 % des parents ont dû modifier leur organisation professionnelle du fait de l’augmentation de leur reste à charge.
« J’ai dû renoncer à une garde à domicile et n’ayant pas de centre de loisirs les mercredis j’ai dû ne plus travailler les mercredis. Je déménage à 200 km et je change de travail à cause de ça, je retourne vers chez mes parents pour que mes enfants y soient gardés gratuitement. »
« Depuis la nouvelle réforme cela est difficile mais nous n’avons pas d’autres solutions. Nous réfléchissons pour l’année prochaine d’arrêter la nounou et que je travaille à temps partiel. »
Les parents témoignent d’un impact sur la réalisation de leur désir d’enfant
- Plus d’un quart des parents perdants témoignent renoncer ou reporter leur projet de naissance ou d’accueil d’un deuxième ou troisième enfant.
« La question d’un deuxième enfant se posait mais, avec cette réforme, elle n’est plus d’actualité, car nous n’aurons pas les moyens. »
« Nous souhaitions un deuxième enfant. Sans aide complément de libre choix du mode de garde, ce projet est reporté et, vu notre âge, sera peut-être annulé. »
« Ce que j’ai pu constater en parlant avec des parents qui ont également un enfant en bas âge gardé, mais en crèche, c’est que le coût est beaucoup plus important chez une assistante maternelle. Même si on n’arrête pas de nous dire l’inverse. En plus d’avoir vu une baisse du complément de libre choix du mode de garde, nous avons tous les à-côtés à payer : nourriture, couches et les congés payés. C’est un luxe de faire garder son enfant aujourd’hui. Ça remet en question notre désir de faire un second enfant lorsque l’on calcule combien cela va nous coûter avant l’entrée en maternelle. Et dans notre couple nous souhaitons tous les deux conserver notre activité professionnelle, mais pas avoir un salaire qui part pour la garde de nos enfants. »
Les propositions de l’Union nationale des associations familiales pour corriger les effets de cette réforme
Depuis dix ans, le coût de l’accueil des jeunes enfants ne cesse de croître : restrictions des aides publiques, augmentation des tarifs en crèche, diminution du nombre d’assistantes maternelles entraînant une hausse de leur tarif horaire… Pourtant, de nombreux parents peinaient déjà à assumer ces dépenses. Dans ce contexte, la réforme du complément de libre choix du mode de garde, censée marquer le lancement du service public de la petite enfance, part sur de mauvaises bases.
Pour y remédier, l’Union nationale des associations familiales propose plusieurs mesures :
- Instaurer un plafond pour le montant restant à la charge des parents, quel que soit le mode d’accueil choisi.
- Revaloriser le complément de libre choix du mode de garde en fonction du coût horaire médian réel des assistantes maternelles, observé l’année précédente, plutôt que sur l’inflation.
- Après corrections, poursuivre l’évaluation des effets de cette réforme, afin d’ajuster le dispositif.
- Éviter d’évaluer la réforme uniquement à travers l’évolution du complément de libre choix du mode de garde moyen, car celle-ci peut masquer des effets négatifs pour les familles (réduction des petits contrats horaires, hausse des tarifs des assistantes maternelles, etc.).
- Créer un observatoire des restes à charge des familles, incluant des critères d’évaluation précis, pour mieux documenter le coût réel de l’accueil du jeune enfant.
À l’heure où la natalité recule et où le pouvoir d’achat des familles est sous pression, la mise en place du service public de la petite enfance ne doit pas se traduire par une explosion des coûts qui rendrait l’accueil inaccessible pour certaines familles ou contraindrait des parents — notamment des mères — à renoncer à leur emploi.
Notes
- Projet de loi nº 274 de financement de la sécurité sociale pour 2023, 26 septembre 2022, annexe 9, p. 277.
- L’accueil des jeunes enfants. Édition 2025, Paris, Observatoire national de la petite enfance, 2025, p. 32 : 27 % de perdants direct, 12 % de perdants nouveaux entrants et 16 % de perdants qui voient leur perte compensée par le complément transitoire.
- Ibid., p. 28.
L’Union nationale des associations familiales, institution engagée avec et pour les familles depuis 1945 est l’expert des réalités de vie des familles. Porte-parole officiel des familles auprès des pouvoirs publics, elle représente et soutient les 18,6 millions de familles vivant sur le territoire français et défend leurs intérêts. Pluraliste, elle regroupe soixante-treize mouvements familiaux et près de six mille associations familiales d’une grande diversité. Elle anime le réseau des unions départementales des associations familiales et unions régionales des associations familiales qui mènent des missions de représentation et de services aux familles dans chaque département et dans chaque région.
Communiqué archivé au format PDF (233 Ko, 2 p.).

