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Égalité hommes/femmes : une revendication sexiste !!!

Jean Gabard (© D.R.)

L’égalité hommes/femmes semble tellement évidente aujourd’hui dans des pays qui se veulent démocratiques, qu’être encore obligé de la revendiquer procure un sentiment de honte. Qui oserait, aujourd’hui, s’opposer à ce qui apparaît comme la plus élémentaire des justices ?… Et pourtant, il se pourrait que ce mot d’ordre, partant d’une très belle intention, ne soit pas seulement un malentendu mais cache un nouveau sexisme !

Les inégalités créées par des discriminations sexistes, au cours de notre histoire ou encore aujourd’hui, rebutent le citoyen d’un pays moderne. Elles sont les traces d’une époque que nous souhaiterions révolue. Nous n’en voulons plus !

La culpabilité qu’elles engendrent encore chez tout démocrate a cependant tendance à nous aveugler et à faire rimer nos réactions, où la passion n’est pas absente, avec précipitation et confusion. Le caractère exaspérant de certaines distorsions rend en effet tout manque de parité totalement injuste et ce ne sont plus simplement les lois et les comportements sexistes que nous condamnons mais toute différence. Parce que les plus grands abus étaient souvent justifiés par la nature, toute inégalité dans les résultats ou dans les comportements devient aujourd’hui la conséquence du sexisme de l’homme dominant. Celle-ci devient alors inacceptable et toute personne éprise de progrès et de démocratie se doit de la combattre s’il ne veut pas être traité de machiste et réactionnaire.

Il y a effectivement de très nombreuses injustices à éradiquer. De nombreuses inégalités dans les comportements et les résultats peuvent venir d’une construction sociale et de discriminations sexistes mais ce n’est pas toujours le cas, même si les conclusions des études de genre, que nous avons souvent intégrées et qui se veulent scientifiques, sont catégoriques. Ce que l’on appelle à tort la « théorie du genre » n’est en fait qu’un postulat. S’il est en effet évident que la nature ne suffit pas à expliquer les différences de comportements et de résultats, celle-ci n’est cependant pas neutre. Les sciences permettent aujourd’hui de mettre à jour l’influence des incontournables différences biologiques sur nos motivations et nos réactions. Inversement, il est totalement impossible de prouver que celles-ci ne dépendraient que de l’environnement social. Celui-ci joue certainement un rôle important mais il faut même ajouter, à l’influence indéniable du biologique, la structuration différente du psychisme qui intervient après la naissance mais qui est indépendante de la culture. Elle est certes difficile à prouver mais il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas la concevoir. En effet comment pourrait-il y avoir la même structuration du psychisme chez une petite fille née d’une personne du même sexe et ayant un corps de femme et chez un petit garçon né d’une personne du sexe opposé, et ayant un corps d’homme, quand nous savons très bien que tout petit enfant, qu’il soit garçon ou fille, a pour référence première sa maman et que cette empreinte le marque toute sa vie ? Ce que certains semblent prendre pour un détail aurait-il moins d’importance que le fait de proposer comme jouet une poupée ou un camion ?

S’il est vrai qu’il y a encore énormément d’injustices à combattre et qu’il est nécessaire de s’y engager avec détermination, est-il cependant utile de les exagérer pour mobiliser les troupes ? Il n’est pas certain que cette guerre des sexes stérile améliore le « vivre ensemble » ! Il se pourrait même que cet égalitarisme exacerbé favorise la remontée du sexisme traditionnelle des hommes envers les femmes et l’apparition d’un nouveau sexisme des femmes envers les hommes.

La différence des sexes, plus encore que toute autre différence, est difficile à accepter car elle nous empêche de comprendre l’autre, qui a ce que nous n’avons pas et nous fait douter de ce que nous sommes [1]. La trouver anormale est un bon moyen de la mettre de côté et de nous sécuriser. N’est-ce pas ce que nous faisons en adoptant l’idéologie du genre et en disant que la différence de l’autre est uniquement le produit de l’injustice et de la construction sociale ? Alors que pendant des millénaires la différence féminine a été cultivée et dénigrée par l’homme, elle devient l’œuvre du patriarcat, valorisée à la fois comme victime résistante et pour ses qualités. Alors que la femme n’est plus jugée « incomplète », c’est l’homme qui apparaît déviant, soit parce qu’il serait « dominant », soit parce qu’il serait incapable de bien s’éduquer et de devenir, si ce n’est une femme, un troisième type suffisamment androgyne pour faire preuve des qualités, dites autrefois féminines, d’harmonie, de proximité, d’authenticité, de compassion, de sensibilité, de spontanéité, de lâcher prise, devenues aujourd’hui la norme.

Le mal a changé de camp mais il y a, en fait, toujours infériorisation de la différence et ce nouveau sexisme est peut-être plus pervers encore. Alors que la nature était jugée responsable de l’infériorité de l’ensemble des femmes, c’est en effet l’individu homme qui est maintenant rendu coupable de son conditionnement et de son manque d’épanouissement. Ceci suffit à justifier sa mise à l’index par le sexe féminin qui, en toute bonne conscience, comme une mère parfaite, attend « la guérison de l’homme malade [2] »…

Il se peut en effet que l’homme se féminise encore davantage pour correspondre aux nouvelles valeurs modernes. Il se peut aussi que cet homme, qui « s’évapore » davantage qu’il ne se métamorphose, se sente de plus en plus mal à l’aise avec son identité d’homme et qu’il ait besoin de s’affirmer pour se sécuriser. Dans une société qui nie la différence au lieu de la gérer, « plus on vit dans l’uniforme, plus on a besoin de lieu identitaire, plus on a besoin […] de se sentir entre soi », nous prévient Régis Debray.

C’est aussi lorsque l’adolescent n’a pas de modèle d’homme suffisamment solide à imiter qu’il est obligé d’en inventer un et qu’il a alors tendance à caricaturer. Il ne faudrait pas alors oublier que parmi les caricatures de l’homme se trouve le nazi !

Le désir d’unité dans un ventre maternel est naturel. Vouloir le réaliser tient par contre de l’utopie et nous savons déjà où nous ont entraînés les rêves d’unité de race et d’unité de classe. Ne serait-il pas nécessaire d’être attentif à ne pas verser dans la quête d’unité de sexe en confondant les revendications d’égalité en droits, plus que légitimes, et le droit à une égalité hommes/femmes illusoire ?

Notes
  1. Cf. Vasse (Denis), La chair envisagée, Paris, Seuil, 1988, p. 297 : « Le sexe en tant que différence est ce qui interdit radicalement à l’homme de s’enfermer dans l’image qu’il se fait de lui-même. »
  2. Cf. Badinter (Élisabeth), XY. De l’identité masculine, Paris, Odile Jacob, 1992, deuxième partie (« Vers la guérison de l’homme malade »).

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