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Réseau paternel

L’affaire de Cestas (suite)

Vers 8 h 30, devant des dizaines de journalistes, de cameramen et de photographes, un half-track fait mouvement vers la maison d’André Fourquet, transportant à son bord le lieutenant-colonel Gérard et le commandant François Cardeilhac.

Half-track

© Associated Press

Half-track

© Associated Press

 

Après plusieurs appels auxquels André Fourquet ne répond pas, le commandant lui parle à distance avec un porte-voix :

– « Fourquet, rien ne sera tenté contre vous. Nous ne voulons pas qu’il arrive du mal à vos enfants, mais comprenez qu’il vaut mieux vous rendre. Nous allons attendre. Si vous voulez faire savoir quelque chose, faites signe. Un officier viendra seul avec un signal blanc. »

André Fourquet répond simplement : « Je vous attends », ajoutant qu’il n’a plus de vivres et qu’il ne mange plus depuis trois jours.

Vers 9 heures, André Fourquet sort de sa maison, accompagné de ses enfants. Les gendarmes ne bougent pas. Le père et ses enfants font tranquillement leur provision de bois pour la journée. Peu après, une colonne de fumée s’élève à nouveau de la cheminée.

On apprend qu’un médecin parisien, le docteur Arnaud, s’est offert à visiter Aline Fourquet. Après avoir entendu mardi soir les informations radiodiffusées relatant cette affaire, il a offert ses services à la gendarmerie, à la condition de pouvoir conserver le plus complet anonymat. Il sera là dans l’après-midi.

La sœur d’André Fourquet, Simone Bigueries, demeure un moment sur les lieux et lance un appel à son frère par le truchement de Radio Bordeaux : « Je t’en supplie, André, relâche Aline. Elle est malade, il faut la soigner. Pense à papa et maman. »

Ayant ouvert une information judiciaire pour homicide volontaire, le parquet de Bordeaux arrive à Cestas à 15 h 30 : Jean Bérenger, procureur de la République, son substitut Bernard Lataste, et le juge d’instruction Pierre Ellie.

Venu de Paris, le docteur Arnaud arrive vers 16 h 30. Conduit à bord d’un half-track jusqu’au bout de l’allée débouchant sur le Sayet, il poursuit son chemin à pied, seul, sans arme, sans protection. André Fourquet l’attend, la carabine au poing.

Le médecin sort une demi-heure plus tard, se refusant à toute déclaration. C’est le commandant François Cardeilhac qui rapporte brièvement quelques-uns de ses propos : « Les enfants sont dans un état de santé à peu près satisfaisant. Toutefois, la petite Aline est fatiguée et sous-alimentée. »

À la demande du médecin, deux bouteilles de lait sont apportées du village de Cestas par un motard. À bord d’un half-track, le commandant François Cardeilhac va les déposer lui-même à la barrière du Sayet.

 

Revue de presse – France

Logo France Inter 1967

Dix-huit sujets sont traités au journal radiophonique de 20 h 00 sur France Inter, présenté par Jean-Pierre David. L’affaire de Cestas est l’avant-dernier, traité par Philippe Louis, correspondant sur place.


Le Monde, nº 7492, 13 février 1969, p. 1Le Monde (nº 7492, daté du 13 février 1969) publie une correspondance de Bordeaux intitulée « Barricadé avec deux de ses enfants un forcené tue un gendarme d’un coup de fusil ».


Le Parisien libéré, n° 7606, p. 1

À la une du Parisien libéré (nº 7606), l’événement fait l’objet d’un appel discret mais racoleur dans un cheval : « Près de Bordeaux un forcené tue un gendarme avec un fusil de guerre ». Entre guerre et chasse, c’est le lapin qui fait la différence : à la guerre, il riposte. Ce qui ne fut pas le cas ici. Moins spectaculaire, un banal fusil de chasse entre les mains d’un simple père de famille n’en reste pas moins une arme mortelle…

Comme les fusils, les mots sont des armes, de chasse ou de guerre. L’emploi du mot « forcené » en fournit un bel exemple. L’information brute, c’est : un père de famille retranché avec ses enfants dont il a été séparé par une décision judiciaire tient tête aux gendarmes et en tue un. Dans l’esprit du plumitif de service, il est évident qu’un père de famille n’a pas à contester une décision de justice, ni à s’opposer à qui est mandaté pour la faire respecter, et encore moins à s’attacher à ses enfants. Sauf à être un forcené, tel le Guignol de Coppée.

Coppée (François), La Bonne souffrance, Paris, Alphonse Lemerre, 1898, p. 41.

Coppée (François), La Bonne souffrance, Paris, Alphonse Lemerre, 1898, p. 41.

 


La République des Pyrénées, n° 7448, p. 1

À la une de La République des Pyrénées (nº 7448), c’est la réminiscence historique d’entrée de gamme qui est mise en avant dans la principale sous-tribune :

« Fort-Chabrol en Gironde

« Retranché avec ses deux enfants comme otages dans une maison isolée au milieu de la forêt de Cestas un forcené tue un gendarme et tire à vue sur tout ce qui bouge »

On a le fort Chabrol qu’on peut. Cestas est moins exotique que Camerone ou Điện Biên Phủ, mais la vedette est toujours un « forcené »…


Sud-Ouest, n° 7609, p. 1

Le même « forcené » fait la une du grand quotidien régional Sud-Ouest (nº 7609), où on croit bon de surcroît en faire un tireur d’élite. Les nombreux chasseurs du cru ne peuvent qu’être impressionnés par la prouesse attribuée au sniper méconnu du Sayet. À la page 20, un article détaille « le siège de la maison du forcené de Cestas ». Sud-Ouest ne nous en autorise malheureusement pas la reproduction ici…

« Une balle en plein cœur à 200 mètres

« À Cestas, un forcené barricadé dans sa maison abat un gendarme et menace de tuer ses enfants »

 

Revue de presse – Pays-Bas

Amsterdam

De Telegraaf, n° 25281, p. 1

De Telegraaf (nº 25281), le plus important quotidien néerlandais, établi à Amsterdam, publie en page 11 une correspondance de Paris, semblant résumer ce que son auteur a pu lire dans la presse française :

De Telegraaf, n° 25281, p. 11

Traduction P@ternet

« Un homme assiégé tue un policier

« De notre correspondant

« PARIS, mercredi
« Une force de police d’au moins cent personnes, entre autres équipée de deux chars légers et d’une automitrailleuse blindée, a établi un cordon infranchissable en plein air autour de la maison isolée d’un maçon français de cinquante-huit ans [sic], André Fourquet, qui, hier après-midi, de sa maison, a tiré avec un fusil de chasse sur un gendarme et l’a tué.
« Pendant huit jours, Fourquet a hurlé à tous ceux qui s’approchaient du bois de Cestas, près de Bordeaux, où est située sa maison, de s’éloigner. Le maçon tirait immédiatement sur les téméraires, sans toucher quiconque jusqu’à présent.
« Souffrant depuis des années de crises de dépression, l’homme était connu de la police. La femme de Fourquet l’avait récemment quitté, de sorte que seuls l’homme et ses deux enfants Francis (onze ans) et Aline (neuf ans) restaient dans la sombre maison.

Fièvre

« Hier matin, Fourquet a réclamé une infirmière à l’un des policiers parce que la petite Aline avait de la fièvre. Après concertation avec les autorités, la demande du maçon a été rejetée, de crainte de fournir un otage suplémentaire à Fourquet. Peu après, il a abattu un officier de police sans sommation. L’homme a été grièvement blessé et est mort au cours de l’après-midi.
« Hier soir, le siège devait se poursuivre autour du père fou et de ses deux petits enfants. »


Terneuzen

De Vrije Zeeuw, nº 5920, 12 février 1969, p. 1De Vrije Zeeuw (nº 5920), quotidien régional de Zélande, au sud-ouest des Pays-Bas, édité à Terneuzen, publie ce qui est probablement une dépêche d’agence à la une.

De Vrije Zeeuw, nº 5920, 12 février 1969, p. 1

Traduction P@ternet

« Un Français s’est barricadé dans une maison

« Dans la région de la ville française de Bordeaux, un homme de trente-cinq ans, André Fourquet, s’est enfermé dans une maison avec trois enfants après avoir tiré mortellement sur un policier.

« La maison est entourée de cinquante policiers.

« Fourquet, conducteur de pelle mécanique, tire sur tout ce qui se bouge autour de son domicile. Il a menacé de tuer ses deux enfants, dix et onze ans, si la police attaque. Sa fille aînée, quatorze ans, s’est échappée de la maison.

« La police croit que Fourquet veut se venger de sa femme, qui s’est séparée de lui. »

 

Revue de presse – Suisse

Neuchâtel

Feuille d’avis de Neuchâtel, nº 35, 12 février 1969, p. 1La Feuille d’avis de Neuchâtel (nº 35), quotidien suisse de langue française édité à Neuchâtel, chef-lieu du canton éponyme, publie une dépêche de l’Agence France-Presse à la page 20.

Feuille d’avis de Neuchâtel, nº 35, 12 février 1969, p. 20

 

Revue de presse – Canada

Calgary
The Calgary Herald, p. 1

The Calgary Herald, quotidien canadien anglophone publié à Calgary, plus grande ville de la province canadienne de l’Alberta, publie une dépêche d’agence en page 2.

The Calgary Herald, p. 2


Prince George

The Citizen, Vol. 13, nº 30, 12/02/1969, p. 1The Citizen (Vol. 13, nº 30), quotidien canadien anglophone édité à Prince George, en Colombie-Britannique, publie la même dépêche de l’agence de presse Reuters, amputée de son dernier paragraphe, à la page 7.

The Citizen, Vol. 13, nº 30, 12/02/1969, p. 7

 

Revue de presse – États-Unis

Associated Press logo

L’équipe dépêchée sur place par l’agence Associated Press réalise un montage silencieux d’une cinquantaine de secondes à destination des chaînes de télévision américaines.


Hartford

The Hartford Courant, vol. CXXXII, nº 103, 12/02/1969, p. 1À l’est des États-Unis, The Hartford Courant (vol. CXXXII, nº 103), le plus important quotidien du Connecticut, édité dans la capitale Hartford, publie une dépêche de l’agence Associated Press en page 6.

The Hartford Courant, vol. CXXXII, nº 103, 12/02/1969, p. 6


San Antonio
San Antonio Express, n° 103, p. 1

Au sud-est des États-Unis, à San Antonio, au Texas, le San Antonio Express (nº 103) publie la même dépêche, amputée de son dernier paragraphe, en page 3-C, avec le titre « Vest Fails To Stop Bullet ».

San Antonio Express, n° 103, p. 3-C


Long Beach
Press-Telegram, 12/02/1969, p. 1

Sur la côte ouest des États-Unis, à Long Beach, en Californie, trois heures de décalage horaire permettent au Press-Telegram de publier une dépêche plus tardive de l’Associated Press en page A-4.

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Press-Telegram, 12/02/1969, p. A-4

2 commentaires

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  1. Quelle horreur !!! Je me souviens bien ! ELLE est morte aussi maintenant cette saleté de même que sa fille qui a empêché les films. Et les malheurs continuent dans ce pays en déconfiture complète. Je collectionne tous les CAS. Il faut penser aussi aux grands-parents paternels (les mères) dont je suis qui tremblent que leur fils n’en fasse autant à cause d’un divorce injuste.

  2. J’en sais beaucoup sur cette affaire, préparant actuellement un scénario pour une bande dessinée dont la thématique de la garde alternée des enfants sera au centre avec une mise en parallèle de ce drame précis. J’ai pas mal enquêté de mon côté. Il s’est encore passé des choses… Jusqu’en 2014, date de la mort de Chantal….

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