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Genre dans le trouble !

Jean Gabard (© D.R.)

La « théorie du genre » affirme que toute différence de comportement entre les hommes et les femmes est le résultat de la construction sociale. Aujourd’hui dans l’actualité, cette idéologie s’est développée dans les années 1970, surtout aux États-Unis. Stimulée par les succès des mouvements féministes et confortée par le sentiment de culpabilité et/ou le silence des hommes, elle apparaît maintenant incontestable face aux aberrations des théories naturalistes traditionnelles. Le militantisme de ses adeptes, minoritaires dans la société mais idéalement placés dans les milieux universitaires et les médias, a permis d’obtenir son implantation et son imposition comme idéologie bien-pensante. Elle est aujourd’hui entérinée par les directives européennes comme outil de lutte et d’action contre les discriminations. Elle fait partie des programmes officiels des universités et entre maintenant dans ceux des classes de lycée.

Cette révolution pourfendue depuis toujours par des mouvements réactionnaires peu crédibles commence cependant à inquiéter aussi certains humanistes. En effet les conséquences de cette idéologie sur la société ne sont pas anodines [1].

Qu’en est-il alors de cette théorie ? Repose-t-elle vraiment sur des bases scientifiques ou n’est-elle qu’un simple postulat à la mode ?

Les féministes du « genre » peuvent aujourd’hui apporter la preuve que des thèses naturalistes sont fausses. Qui, aujourd’hui, pourrait d’ailleurs défendre de telles inepties ? Prouver que des thèses naturalistes sont absurdes donne-t-il cependant la preuve que le postulat inverse est juste ?

Les féministes du « genre » peuvent constater qu’il existe des liens entre l’éducation et des comportements mais ils ne peuvent absolument pas démontrer que la culture est la seule cause des différences entre les hommes et les femmes.

Il existe, en effet, au moins une autre explication irréfutable : les différences biologiques, et notamment hormonales, parfaitement vérifiables aujourd’hui. À la naissance le petit garçon est, par exemple, littéralement « bombardé » de testostérone afin de devenir homme. Au moment de l’accouchement, la femme voit son taux d’ocytocine augmenter considérablement afin de faciliter « l’accordage » avec le petit enfant…

S’il est vrai, comme le dit Élisabeth Badinter, que « le mythe ravageur de l’instinct maternel » à servi pendant longtemps « à persuader les femmes que c’est à elles de faire le sale boulot », comment dénier d’autre part qu’avoir un corps d’homme ou de femme influence nos comportements ? Comment dénier l’effet que peut avoir sur les filles leur potentialité de mettre des enfants au monde ? Le fait de naître d’une personne du même sexe (pour les filles) ou d’une personne du sexe différent (pour les garçons) structure de même différemment notre psychisme quelle que soit la culture. Élisabeth Badinter, elle-même, parle d’un « privilège » pour les femmes ! Comment peut-on encore le dénier ? Freud a, certes, fait des erreurs, mais il n’a pas inventé l’inconscient !

Il n’existe peut-être aucune preuve scientifique de ce qui vient d’être avancé, car par définition l’inconscient ne se maîtrise pas. Ce postulat est-il cependant moins logique qu’une idéologie affirmant que cette structuration différente du psychisme est impossible ?

La théorie de genre n’est en fait qu’une idéologie en réaction contre une autre idéologie, autoritaire et sexiste. Elle a permis, dans les années 1970, de contrer les arguments naturalistes de la société patriarcale traditionnelle et de servir ainsi la justice. En perdant une partie de sa raison d’être, elle se cramponne à ses slogans simplistes et devient une utopie. Elle fait de toute différence une injustice comme si l’asymétrie était toujours associée à une forme de domination. Elle est aujourd’hui utilisée pour « victimiser » des femmes et mobiliser des militants en panne de motivations. Dénier la différence des sexes fait en effet de l’homme le coupable idéal de toute inégalité de résultat (comme s’il n’y avait pas déjà assez de délit à dénoncer) : si la femme se trouve moins performante, l’homme est accusé de l’avoir discriminée ; si elle pense avoir des capacités supérieures, l’homme est rendue responsable de sa mauvaise éducation et enjoint de faire un travail sur lui pour se bonifier.

En déniant la différence des sexes, et donc en s’évitant ainsi de la gérer, cette idéologie accentue les problèmes inévitables liés à l’altérité et exacerbe les conflits entre les sexes. Il ne s’agit plus de vivre ensemble mais d’éliminer l’autre gênant, et donc « mauvais », en attendant d’en faire un « nouveau ».

Plus dramatique encore, en déniant la différence des sexes, cette idéologie ne donne pas aux fonctions symboliques non interchangeables de père et de mère la possibilité de s’exercer. Elle ne permet pas aux enfants d’être véritablement éduqués et les laisse dans l’angoisse de l’unité et de la toute-puissance.

En recherchant l’unité de sexe comme d’autres ont recherché l’unité de race ou de classe, cette idéologie risque de nous entraîner vers l’utopie totalitaire et la confusion !… Ne sommes-nous pas, d’ailleurs, déjà dans l’indifférence ?

Je suis donc opposé à cette idéologie du genre, qui s’appelle à tort une « théorie », et pourtant :

  • Je suis opposé à la théorie contraire : la théorie naturaliste.
  • Je ne suis pas chrétien mais plutôt agnostique et défend la laïcité.
  • Je ne suis pas « masculiniste » mais préfère être le plus démocrate possible que féministe.
  • Je ne suis pas d’extrême-droite et vote pour les candidats qui me semblent présenter le plus de chance de défendre la justice sociale ou souvent, malheureusement, le moins de risque de trop préserver les intérêts des favorisés. J’aurais tendance à les trouver plutôt à gauche (à part lors d’un certain deuxième tour, en 2002 !)…
  • Je ne suis pas réactionnaire. Je ne suis ni nostalgique du passé ni dans l’adoration de la crise d’adolescence malheureusement encore actuelle. Il me semble au contraire vital de sortir des réactions primaires aux erreurs de la société patriarcale traditionnelle.
  • Je ne suis pas pour une société d’Ancien Régime hiérarchisée. Je ne suis pas non plus dans l’utopie des fanatiques de l’égalité mais je défends l’égalité en droits, possible et indispensable. Je me prononce donc clairement contre le racisme, le sexisme, l’homophobie et toutes les atteintes à la dignité de l’homme, dont le non-respect des différences.
  • Je rejette toute forme de dictature et souhaite la liberté, qu’il ne s’agit pas de confondre avec la toute-puissance. Je ne suis pas partisan d’une raison qui voudrait maîtriser les désirs mais d’une raison qui essaie de les gérer.

Je suis donc opposé à la pensée binaire. Par facilité, elle n’accepte pas la contradiction et le dialogue, et se situe dans une logique de guerre.

L’homme existe dans la relation et celle-ci n’est possible que dans l’altérité.

Notes
  1. Ces dérives et les conséquences de ces dérives sont étudiées dans mon essai Le féminisme et ses dérives – Rendre un père à l’enfant-roi, Paris, Les Éditions de Paris, en librairie le 3 novembre 2011.

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