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L’affaire de Cestas (J+12)

Grâce à plusieurs camarades français et étrangers, de nombreux documents nous sont parvenus pour enrichir notre dossier sur le drame de Cestas. N’hésitez pas à relire les articles plus anciens pour y découvrir des nouveautés.

 

Revue de presse – France

Journal officiel de la République française (Débats parlementaires – Assemblée nationale), nº 9, 1er mars 1969, p. 477Le Journal officiel de la République française (édition Débats parlementaires – Assemblée nationale, nº 9) publie le texte de la question écrite posée par Pierre Lagorce le 22 février (p. 477).

Pierre Lagorce (© D.R.)

Pierre Lagorce (© D.R.)


Le Parisien libéré, nº 7621, 1er mars 1969, p. 1Le Parisien libéré (nº 7621) publie une interview du docteur Arnaud.

Un document exclusif et bouleversant sur le drame de Cestas

Pour la 1re fois, le médecin qui tenta de sauver Fourquet et ses enfants raconte…


Paris Match, nº 1034, 1er mars 1969, p. 1Paris Match (nº 1034) consacre sa une à la tragédie de Cestas et publie sur douze pages (68-79) la relation des « 15 jours de cauchemar » par Pierre Joffroy, illustrée de nombreuses photographies, notamment celles prises par Gérard Leroux le 14 février dernier.

 

Revue de presse – Espagne

Madrid

Blanco y Negro, nº 2965, 1er mars 1969, p. 1Blanco y Negro (nº 2965), hebdomadaire culturel publié à Madrid, publie la traduction espagnole de l’article sus-mentionné de Pierre Joffroy aux pages 56-59.


Triunfo, Año XXIII, nº 352, 1er mars 1969, p. 1Triunfo (nº 352), autre hebdomadaire madrilène, publie un long article illustré aux pages 46-51.

Traduction P@ternet

[Légende photographique p. 46] « La ferme de Cestas, à Bordeaux, où Fourquet s’est barricadé avec ses enfants. Fourquet avait été en prison. Quand il est revenu à la ferme, il a dit à un voisin : “Je suis déjà ici”, ajoutant avec fierté : “Un Fourquet ne meurt pas en prison !” Le 11, il a tiré sur l’un des gendarmes qui essayaient d’approcher la maison. Les agents, avec des gilets pare-balles, ont essayé de parlementer avec Fourquet au moyen d’un mégaphone depuis une auto-mitrailleuse. Mais il était trop tard. Quand il a vu apparaître le premier véhicule, il a exécuté ses menaces.

« FRANCE

« LE DRAME DE CESTAS

« Assiégé pendant deux semaines dans sa ferme, André Fourquet a tué ses deux enfants avant de se suicider

« “C’était une exécution capitale. Le prêtre, les médecins, les ambulances avaient été avertis. Ne manquaient que la guillotine et le procureur…”

« Ce jugement d’un chauffeur de taxi de Bordeaux, quelques heures après le dénouement du drame de Cestas (Gironde), résume, en quelque sorte, le sentiment de l’opinion publique française. La fin tragique d’André Fourquet et ses deux enfants a profondément touché l’ensemble du pays, qui suivait depuis deux semaines, jour par jour, heure par heure, le “siège” de la ferme où Fourquet s’était barricadé avec ses deux enfants.

« “Si les gendarmes attaquent, ils trouveront trois corps”, répétait André Fourquet sans cesse.

« Le lundi 17, à l’aube, les gendarmes ont donné l’assaut à la ferme. Avant même de l’atteindre, trois détonations résonnaient à l’intérieur. L’“affaire” Fourquet était finie…

« LA JUSTICE EN QUESTION

« Dans toute la France s’est soulevée une vague d’indignation. La démission du ministre de la Justice, René Capitant, a été réclamée. Plusieurs questions ont été posées au gouvernement. On veut que soient établies les responsabilités. Qui a donné l’ordre de prendre la ferme par la force, quand il n’y avait pas de doute que Fourquet exécuterait ses menaces de tuer ses enfants et lui-même ? Ne pouvait-on attendre ? N’y avait-il pas d’autres moyens de réduire Fourquet en sauvant les deux enfants ? “La justice a pensé au criminel au lieu de penser à l’innocent”, a écrit un commentateur populaire. Une procédure de divorce est à l’origine de l’affaire Fourquet. Dans son épilogue, les moyens utilisés pour faire respecter une injonction judiciaire. Fourquet n’a cessé de répéter que son attitude était due à l’injustice de la justice.

« “Ce qui me révolte, c’est l’injustice, a-t-il affirmé à un journaliste qui a réussi à atteindre la ferme à la veille du drame. Depuis quatre ans, ma femme, dont je suis séparé depuis deux ans et divorcé depuis un an, mène une vie dissolue. Et quand le divorce a été prononcé, ils lui ont confié la garde des enfants. C’est la première injustice. La seconde, c’est quand, en 1968, j’ai pris les enfants pour un weekend et que les gendarmes de Pessac sont venus les chercher à six heures de l’après-midi et non sept, alors que la loi me permettait de les avoir avec moi jusqu’à sept heures. Je leur ai dit de partir, que je rendrais les enfants à temps. Bien sûr, j’avais une arme à la main et cela m’a coûté six mois de prison. Je considère que c’est une injustice. Et le gendarme que j’ai tué… c’est la justice qui est responsable, qui a détruit un foyer. Elle a favorisé une femme qui n’a pas fait son devoir. Je n’avais rien à me reprocher. Si la justice avait été vraiment juste, rien de ce qui s’est passé ne serait arrivé.”

« DEUX SENTENCES

« L’“affaire” Fourquet remonte à loin. Conducteur de “bulldozer”, trente-neuf, André Fourquet s’est marié très jeune avec Micheline Berton (trente-sept ans). Trois enfants : Chantal, quatorze ans ; Alice, treize ans, et Francis, dix.

« “C’est la dernière fois que vous voyez la rue, dit Fourquet à ses enfants, parce que nous allons mourir”

[Légende photographique p. 49] « Le commandant Cardeilhac, le médecin qui a traité la petite Aline, et le lieutenant-colonel Gérard, qui dirige les opérations, reviennent de la maison de Fourquet. Il a accepté qu’on lui apporte du lait et du pain, et le petit Francis sort de la ferme pour aller les chercher. Sur l’autre photo, on peut voir les silhouettes de Fourquet et Cardeilhac en train de parlementer à la ferme.

« “Il était autoritaire, dit sa femme, mais si sympathique au premier abord… Puis sont venus les enfants. Le bruit qu’ils faisaient l’exaspérait. Il est arrivé qu’il ne supportait pas la radio.”

« Disputes conjugales, crises… Fourquet était assez violent. Et, selon son épouse, jaloux. “Il m’a insultée, frappée, il lui est même arrivé de m’interdire d’aller à Bordeaux pour voir mes parents.” Selon Fourquet, sa femme le trompait. Un jour, Micheline a quitté la maison, la ferme de Cestas, une petite ville à 25 kilomètres de Bordeaux. Quelques mois plus tard, cédant aux instances du Président de la Cour de conciliation, elle est revenue. Nouvelles crises, nouveaux mauvais traitements de Fourquet. Sept mois plus tard, Micheline a quitté la maison pour de bon. Fourquet a commencé à lui écrire assidûment. Des lettres où la tendresse se mêlait avec la violence. Micheline ne reviendra pas. Elle lance une procédure de divorce. Les enfants sont confiés à une institution religieuse. Le 15 octobre 1967, André Fourquet va les chercher et, pour la première fois, se barricade avec eux dans la ferme de Cestas. Les gendarmes interviennent. Grâce à une ruse, Fourquet sort de sa forteresse et est arrêté. Six mois de prison, au cours desquels le divorce est prononcé : la garde des enfants est confiée à la femme de Fourquet. C’est au cours de ces épisodes que Fourquet a fait la connaissance du commandant Cardeilhac, officier de gendarmerie, qui jouera un rôle majeur dans le drame qui vient de se produire à Cestas. Le commandant Cardeilhac comprend la tragédie de Fourquet, son immense amour pour ses enfants, son mélange de haine et d’amour pour sa femme, que Fourquet considère comme perdue. Le commandant conseille Fourquet, lui prête de l’argent.

« “NOUS ALLONS MOURIR”

« Fourquet sort de prison. Il retourne à sa ferme de Cestas. “Je suis déjà ici”, dit-il à un voisin. “Un Fourquet ne meurt pas en prison !”, ajoute-t-il avec fierté. Mais Fourquet ne supporte pas sa nouvelle vie : divorcé, séparé de ses enfants, qu’il a le droit de voir une fois par mois.

« Le samedi 1er février, Fourquet va les chercher pour le weekend. “C’est la dernière fois que vous voyez la rue Binaud, leur dit-il, parce que nous allons mourir.” Ils achètent des provisions dans des magasins. Dans la ferme, Fourquet a stocké trois fusils et plus de trois cents cartouches. “Nous ne serons plus jamais séparés”, dit Fourquet à ses enfants. Les deux petites, Aline et Francis, ressentent une véritable admiration pour lui. L’aînée, Chantal, se sent plus proche de sa mère. Le dimanche, Fourquet s’entraîne au tir avec les deux petits. Il se prépare pour le siège. Sur le toit de la maison, il place un drapeau tricolore et un noir. “Cela ne vous ennuie pas de mourir avec moi ?” Les deux petits répondent que non. Chantal comprend qu’un drame se profile. Le dimanche soir, elle s’échappe de la ferme. Sept heures de marche à pied jusqu’à Bordeaux. Elle alerte sa mère et les gendarmes. Le commandant Cardeilhac pense : “Une autre de Fourquet”. Le lundi, une surveillance discrète autour de la ferme est établie. Dans la presse française, la nouvelle passa presque inaperçue. À Cestas, tous pensent que la chose prendra fin comme en octobre 1967. Fourquet finira par sortir de la ferme. Pendant combien de temps les vivres vont-elles durer ? Au fil des jours, l’histoire commence à prendre une dimension nationale.

« LE SIÈGE

« Et le mardi 11, tout se complique. Des gendarmes tentent d’approcher la ferme et Fourquet tue l’un d’eux, à 200 mètres de distance, avec un fusil à lunette. Le commandant Cardeilhac parlemente avec Fourquet au moyen d’un mégaphone : Fourquet exige que sa femme revienne. Si on essaie de prendre la ferme d’assaut, il se tuera avec ses deux enfants. D’autre part, Aline est malade. Un médecin, qui souhaite rester anonyme, s’est proposé pour visiter la petite. Fourquet accepte. Le docteur X… reste un peu plus d’une demi-heure à la ferme : Aline n’a rien de grave. Elle est faible. Les provision sont épuisées, Fourquet et ses enfants mangent des croûtes de pain rassis. Tous les trois sont prêts à mourir. Le médecin expose les conditions auxquelles se rendra Fourquet (qui ignore encore qu’il a tué un gendarme ; il le croit blessé). Que sa femme revienne : “Je la veux ici, pour l’abattre devant tout le monde. Elle ou nous. Qu’elle vienne. Ou elle vient, ou je détruis tout, avec nous à l’intérieur. Nous allons mourir ensemble. J’ai été poussé à bout. Eh bien ! ils vont voir. Jamais, jamais elle n’aura les enfants !” Fourquet accepte que le commandant Cardeilhac apporte du lait et du pain.

« Le lendemain, mercredi 12, nouvelle visite du médecin. Ambiance glaciale. Fourquet a réparé son transistor et a appris la mort du gendarme. Maintenant, il sait qu’il ira en prison s’il se rend. Emprisonnement à perpétuité ?

« Jeudi 13 : Le procureur de la République de Bordeaux a annulé la décision qui avait accordé la garde des enfants à l’épouse de Fourquet et a ordonné que les enfants soient confiés à une institution de bienfaisance. Le docteur X… le fait savoir à Fourquet, mais celui-ci refuse de quitter la ferme. Il pense qu’il va être condamné à mort pour avoir tué le gendarme. Les enfants, quant à eux, sont complètement solidaires de leur père.

« Vendredi 14 : nouvelle visite du médecin, sans résultats. Fourquet réclame toujours le retour de sa femme. Au moyen d’un mégaphone, on fait entendre deux enregistrements à Fourquet, l’un du procureur de la République, l’autre du bâtonnier de Bordeaux, l’assurant qu’il peut faire confiance à la justice s’il se rend. Le bâtonnier s’entretient avec lui pour expliquer comment sa défense sera menée au procès. Fourquet ne cède pas. “Il est prisonnier de son personnage”, déclare l’avocat. Il sait qu’il est devenu une “vedette” nationale, que tous les médias parlent de lui abondamment. À Cestas, de plus, il y a une nuée de journalistes et de photographes. Les curieux viennent sur place de plus en plus nombreux chaque jour. La police a mis en place des mesures de contrôle strictes. Personne ne peut approcher de la ferme.

« À L’ASSAUT

« Samedi 15 : à Bordeaux, les juges décident de délivrer le mandat d’arrêt contre André Fourquet. À la gendarmerie de déterminer maintenant les moyens à utiliser pour l’exécuter. “Deux juges et un haut fonctionnaire, commente Le Figaro, ont pris en âme et conscience une responsabilité écrasante.”

« Le dimanche, un lieutenant-colonel de la gendarmerie essaie, en vain, de parlementer avec Fourquet. “C’est notre dernière tentative avant l’assaut”, dit-il. Fourquet, cependant, reçoit un journaliste de Sud-Ouest pendant une demi-heure : “Tout est de la faute de la justice, dit-il. Elle est responsable de tout. Je n’avais rien à me reprocher. Ma femme m’a trompé ouvertement, et le jugement de divorce lui a pourtant confié les enfants. Je ne peux pas l’accepter, et eux non plus.” “Eux”, les deux enfants, ont affirmé aux journaliste qu’ils avaient également tiré sur les gendarmes et qu’ils étaient prêts à “mourir avec papa”.

« Lundi, à l’aube, commence l’assaut. À huit heures cinq, les agents, équipés de gilets pare-balles, de pistolets-mitrailleurs et de fusils lance-grenades, ont entouré la ferme, tandis que les voitures blindées s’approchaient de la maison pour tenter une dernière négociation et lancer la formule de rigueur (“Au nom du procureur de la République, je vous exhorte à vous rendre. La loi avant tout.”). Au moment où le premier blindé s’engageait sur la route menant à la maison, deux coups de feu ont été entendus à l’intérieur de la ferme. Puis un troisième. En entrant, les gendarmes ont découvert les enfants au lit, une balle dans la tête. Fourquet s’était tiré une balle dans la bouche. Transportés par ambulance à Bordeaux, Fourquet et Francis sont morts peu de temps après. Aline, en début d’après-midi.

« À Bordeaux, le soir même, tout le monde a commenté l’événement, fait état un “envoyé spécial”. “Au palais de justice, les avocats ne cachent pas leur indignation : Pourquoi cette précipitation ? Pourquoi attendre deux semaines pour décider si vite ?”

« JUSTICE ET PSYCHIATRIE

« Toute la France s’est posée la même question : avait-on épuisé tous les autres moyens ? “Je pense – a déclaré, déchiré, le commandant Cardeilhac à la télévision – que tout n’avait pas vraiment été essayé.” C’est l’opinion générale. On a parlé d’une “opération commando”, de “gaz paralysants”. “Actuellement – a déclaré un psychiatre parisien, expert devant les tribunaux – il y a des produits chimiques capables de maîtriser un individu sans danger : les pouvoirs publics le savent très bien et ils sont facilement dissimulables. Ce qui est arrivé était tout à fait prévisible. Vouloir discuter avec Fourquet était inutile et dangereux. Les aliénés relèvent de la compétence des psychiatres, et il est clair que Fourquet était un aliéné.”

« Pouvait-il y avoir le moindre doute que Fourquet exécuterait ses menaces ? “Non, répond un autre psychiatre dans Le Monde. Depuis plus de quinze jours, un homme a été présenté avec grand bruit comme un paranoïaque dangereux en phase aiguë. Le meurtre d’un gendarme confirme la gravité de son état.”

« Mais, d’autre part, Fourquet accepte le dialogue. Pourquoi n’a-t-on pas demandé l’aide d’un psychiatre et même, paraît-il, l’a-t-on rejetée ? “D’éminents psychiatres parisiens, a dit aussi le psychiatre, ont indiqué leur diagnostic aux autorités responsables et ont proposé de se déplacer à Cestas pour essayer avec André Fourquet ce qui a déjà été essayé avec succès avec beaucoup d’autres. Leurs propositions ont été rejetées (…). Un certain nombre de procès récents ont démontré que les rouages ​​de la justice ne sont plus compatibles avec les progrès de la psychiatrie moderne. Était-il nécessaire d’immoler quatre personnes, dont deux enfants, pour que les plus hautes autorités découvrent l’existence de la médecine en général et la psychiatrie en particulier ?”

« Dans l’immédiat, c’est le fonctionnement des tribunaux du divorce qui est en cause. Au fond, c’est une erreur de jugement qui est la cause du drame de Cestas. On commence à en souligner les défauts : surabondance de “dossiers”, manque de ressources, pénurie de juges… “Comment puis-je facilement remplir ma tâche de magistrat conciliateur quand défilent devant moi trente couples en une seule matinée ?”, se demandait un magistrat lors d’un congrès tenu en 1967. “Cette affaire tragique, écrit Le Figaro, met en évidence un fait fondamental : devant la justice, il n’y a pas de “cas sans importance”. Pour modeste qu’elle soit, chaque affaire est une affaire sérieuse…”

« “Nous ne serons plus jamais séparés”, dit Fourquet à ses enfants. Il avait réussi à stocker trois fusils et plus de trois cents cartouches

[Légende photographique p. 51] « André Fourquet, conducteur de “bulldozer”, s’était marié très jeune avec Micheline Berton, deux ans plus jeune que lui. Le couple a eu trois enfants : Chantal, quatorze ans ; Aline, treize ans, et Francis, dix. “Il était autoritaire, dit sa femme, mais si sympathique au premier abord… Puis vinrent les enfants. Le bruit qu’ils faisaient l’exaspérait.” Plus tard viendront les disputes conjugales. La séparation, les discussions sur la garde des enfants. Et, à la fin, le dénouement de la tragédie : Fourquet, Aline, Francis et un gendarme ont perdu la vie. Sur les photos, le couple et les deux plus jeunes enfants. »

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